La rotation se poursuit à Wall Street, on revisite des thèmes longtemps dédaignés, hier ne fait pas exception, il suffit de constater les performances du jour du Nasdaq100 (NDX -0,51%), du Stoxx Europe 600 (SXXP +0,74%) et de notre bon vieux Swiss Market Index (SMI +1,16%). Le marché suisse des actions, c’est actuellement un peu «from zero to hero», Roche et ses compères ne sont plus au coin, elles sont de retour au premier rang de la classe pendant que les stars de la tech sont fusillées du regard, probablement momentanément mais on verra ça plus tard. D’ailleurs si l’on prend un chouia de recul, le Nasdaq Composite reste confortablement en tête des performances cette année avec +19,4% ytd, contre +15,9% au S&P500 (SPX), tout est relatif.
Le narratif du moment n’a guère changé. Le marché s’inquiète des rendements des investissements massifs dans les centres de données que les entreprises de logiciels réalisent pour développer leurs capacités en intelligence artificielle. Une crainte apparaît également: si le secteur des logiciels réduit ses investissements dans les centres de données, la demande de puces pour centres de données dédiées à l’IA pourrait reculer, ce qui pénaliserait les fabricants de semi-conducteurs. On pose donc quelques profits sur la table de la tech depuis début novembre, quoi de plus normal? En parallèle la prudence semble de mise dans les salles de marchés en ce début de semaine, aujourd’hui seront publiées les statistiques de créations d’emplois au mois d’octobre ET novembre aux Etats-Unis, jeudi ce sera le tour de l’indice des prix à la consommation de novembre, deux des principaux indicateurs macro qui influencent la politique monétaire de la Fed.
On retiendra de la séance de ce lundi que le SMI récupère le niveau de 13'000 points à la cloche, il n’est pas suracheté et peut désormais viser 13'199 pts, son top en séance du 7 mars et accessoirement son plus haut historique. Sa configuration technique semble bonne, une seconde golden cross s’est produite le 4 décembre, Santa aurait-il décidé de passer les fêtes dans les alpes helvétiques?
À l’attention de ceux qui doutent de la rotation en cours, je suggère de jeter un œil à l’ETF AIQ (Global X ETF sur l’IA). Depuis le 1er novembre il a rendu 6%, sur la même période l’indice S&P500 équipondéré (SPW) en a gagné 3. Le SMI progresse pour sa part de 6,5%, from zero to hero…
La volatilité remonte légèrement, le VIX gagne 5% à 16,50 hier, un niveau historiquement faible cela dit. Le rendement du 10 ans US ne bouge guère, il évolue ce matin à 4,17%, tandis que la pression sur le dollar ne semble pas vouloir faiblir, la paire EUR/USD cote ce matin 1,1749, target technique 1,1919, le top en séance du 17 septembre.
En se plongeant dans les indicateurs internes de marché, on constate que le marché des actions apparaît plutôt sain et calme, ce qui le rend probablement mieux armé pour affronter les nombreux risques à venir, sans pour autant laisser espérer une envolée spectaculaire ceci-dit. Au-delà de la macro de la semaine, vendredi sera marqué par la dernière échéance trimestrielle d’options de l’année, en même temps qu’un important rééquilibrage des indices mondiaux. Malgré ces éléments de vigilance, la répartition plus large des hausses et la solidité des fondamentaux maintiennent les investisseurs relativement confiants, mais sans réel enthousiasme (un excellent signe, qui indique une absence quasi-totale d’euphorie sur les parquets de trading). Le positionnement actions est resté globalement stable la semaine dernière et demeure légèrement surpondéré, à des niveaux proches de ceux du pic de marché de fin octobre. Les investisseurs discrétionnaires ont réduit leur exposition, qui reste juste au-dessus de la neutralité, tandis que les stratégies systématiques sont également passées légèrement au-dessus du neutre, sans excès. En cette fin d’année, les investisseurs hésitent à prendre davantage de risque, mais ne voient pas non plus de raisons claires d’en réduire. Les spreads de crédit restent contenus des deux côtés de l’Atlantique, ce qui contribue à maintenir une volatilité faible (source: Bloomberg).
On reste dans les indicateurs de marchés avec la participation au rallye qui s’améliore et un nombre croissant de titres en hausse, mais les indices de référence ne signent pas de nouveaux sommets. Cela s’explique par les difficultés persistantes des grandes valeurs technologiques et des actions liées à l’intelligence artificielle, qui freinent la progression globale. La volatilité reste faible, en partie à cause de l’importance des échéances d’options à venir, même si les catalyseurs sont nombreux. Pour que le sentiment s’améliore réellement, certains niveaux techniques clés devront tenir, notamment sur Nvidia, les valeurs liées à l’IA et la moyenne mobile à 50 jours du Nasdaq 100 (clôture hier à 25'067 points contre la 50 dma à 25'209 pts).
Selon Tier1Alpha, le SPX est revenu dans une zone de gamma neutre, ce qui signifie que le positionnement sur options n’est pas fortement orienté. Enfin, l’échéance massive des options de décembre, prévue vendredi, constitue l’événement clé: environ 5200 milliards de dollars de positions notionnelles sur les produits liés au SPY et au SPX arriveront à échéance ou seront reconduits, un record historique. Cette échéance devrait retirer une grande quantité de gamma du marché et ouvrir la voie à une dynamique des prix plus naturelle, tout en permettant une remise à plat significative du positionnement en options à l’approche de 2026.
On se penche sur la macro de ce lundi: l’indice Empire State de l’activité manufacturière pour le mois de décembre crée la surprise en passant en territoire négatif, reculant de 23 points à -3,9. En revanche, l’indice de l’emploi progresse, tandis que les prix payés et reçus reculent pour le deuxième mois consécutif. Par ailleurs, l’indice des conditions futures d’activité bondit et atteint son plus haut niveau depuis janvier. Du côté du logement, l’indice NAHB du marché immobilier augmente légèrement sur un mois et ressort un peu au-dessus des attentes. Concernant les déclarations de responsables de la Fed, Miran répète que maintenir une politique monétaire trop restrictive entraînerait des pertes d’emplois. Williams estime pour sa part que la politique monétaire est bien positionnée et que les risques sur le marché du travail ont augmenté, tandis que les risques liés à l’inflation se sont atténués.
Deux secteurs pourraient être sous la loupe aujourd’hui, la défense et l’automobile. Le premier car les pourparlers de paix en Ukraine semblent progresser, le second avec le recul mondial des législations contre le moteur thermique.
Le président des Etats-Unis déclare que la fin de la guerre en Ukraine est «plus proche que jamais», alors que les négociateurs ont proposé à Kyiv d’importantes garanties de sécurité. Les concessions territoriales restent un point de friction. Volodymyr Zelensky indique avoir conclu un accord avec les États-Unis selon lequel ces garanties seront soumises au vote du Congrès afin de devenir juridiquement contraignantes.
Au menu macro-économique de ce mardi, le rapport sur l’emploi aux Etats-Unis à 14h30.
L'Europe va revenir en partie sur l'interdiction des moteurs thermiques en 2035. UBS annonce le départ de son directeur des opérations, qui part diriger la néobanque N26. Holcim va acquérir une participation majoritaire dans Cementos Pacasmayo au Pérou. La FDA homologue deux tests de diagnostic pour des cancers du sein de Roche. Ford va déprécier 19,5 milliards de dollars en réduisant ses projets dans l'électrique. Le Nasdaq a déposé hier auprès de la SEC un dossier pour mettre en place un système de négociation des actions 23 heures sur 24, rapporte Reuters. ServiceNow complète l'acquisition de Moveworks.
Cette nuit et ce matin en Asie, l’aversion au risque a pris les commandes, les indices traitent tous en baisse. Tokyo perd 1,56% à la cloche, Hong Kong rend 1,54%, Shanghai recule de 1,11%, Séoul chute de 2,24% et le Nifty50 égare 0,38%. Le future SPX perd 0,5%, son compère du NDX baisse de 0,7%, l’or est revenu à 4278 dollars l’once pendant que le baril de WTI Light Crude s’enfonce dans les limbes de l’oubli de la demande et cote 56,09 dollars.