Gonet: l'actualité des marchés au 11 décembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +1,05%, S&P 500 +0,67%, Nasdaq +0,33%, Russell +1,32%, SOX +1,29%, Eurostoxx -0,18%, SMI -0,07%.

C’est jour de Fed à Wall Street hier et cela se passe plutôt bien dès 20h et le discours de Jerome Powell, puis arrive la clôture et paf les résultats d’Oracle qui douchent l’enthousiasme général, voyons cela d’un peu plus près.

La Réserve Fédérale des Etats-Unis abaisse son taux directeur d’un quart de point, à 3,5%-3,75%, pour la troisième réunion consécutive, afin de protéger l’emploi face à un ralentissement jugé plus marqué qu’estimé. Mais cette décision intervient dans un contexte de divisions inhabituelles: trois dissensions, une première en six ans. Deux responsables estiment qu’aucune baisse n’est justifiée en raison d’une inflation encore élevée, tandis qu’un autre souhaite une coupe de 50 points de base. Je vous laisse deviner qui, petit indice, il fait partie de la cour de qui vous savez. Le boss de la Fed Jerome Powell indique que la Banque Centrale est désormais en position « d’attendre et voir », laissant entendre que d’autres baisses seront difficiles à justifier. Les projections montrent d’ailleurs qu’une majorité de responsables n’anticipent pas plus d’une baisse supplémentaire en 2026. Powell justifie néanmoins une action immédiate malgré le manque de données récentes lié au shutdown, évoquant une possible contraction de l’emploi depuis le printemps.

Le marché réagit plutôt bien, les actions reprennent le chemin de la hausse, les obligations restent comme d’habitude plus mesurées, la volatilité se replie, les volumes d’échanges augmentent sur le NYSE et le podium du jour du SPX se compose des industrielles, des materials et de la consommation discrétionnaire. Les géants de la tech sont partagés, on notera le repli de 4,1% supplémentaires de Netflix, qui semble devoir intégrer CNN au deal de rachat de Warner si elle veut rester dans la course, c’est le grand blond qui l’a dit. Microsoft (MSFT -2,74%), Meta (META -1,04%) et Nvidia (NVDA -0,64%) sont délaissées, en revanche on recherche Amazon (AMZN +1,69%), Broadcom (AVGO +1,64%) Alphabet (GOOG +1,02%) et Apple (AAPL +0,58%). Notez la surperformance notable de l’indice S&P500 équipondéré hier (SPW +1,37% contre +0,67% au SPX), qui nous indique que les intervenants achètent de tout après la Fed, c’est plutôt bon signe et à garder en tête ce matin, lorsqu’on remarque que le future Nasdaq recule de 1,2%. Le marché nous a déjà rappelé quelques fois ces derniers temps qu’il y a une vie après la tech, pensons-y avant de sortir les tickets de vente de tout et n’importe quoi.

Le dollar est envoyé dans les cordes par les déclarations de Jay Powell, le Dollar Index (DXY) revient à 98,67, il tente en ce moment-même de casser sa moyenne mobile à 100 jours (@98,65). La paire EUR/USD est de retour à 1,1700, elle a nettement cassé sa propre 100 jours pour sa part, objectif technique potentiel 1,1919 (top en séance du 17 septembre). Quant aux rendements obligataires, ils refusent de plonger, le 10 ans recule certes mais probablement pas assez aux yeux des taureaux. 4,13% ce matin, la 100 jours évolue deux ticks au-dessus, chaud devant d’un point de vue technique sur cette partie-ci. On jette un œil aux Fed Funds qui semblent quelque peu perdus dans la traduction ce matin, aucune baisse concrète n’est pronostiquée en l’état, après si on additionne les probabilités réunion après réunion, on peut probablement en conclure que le marché prédit une à deux coupes supplémentaires l’an prochain, c’est à affiner.

On revient à la Fed qui répond hier soir à la tension palpable sur la liquidité en déployant un programme flexible d’achats de bons du Trésor, que certains économistes apparentent déjà à un mini-programme d'assouplissement quantitatif, de la douce musique aux oreilles du marché.

Passons maintenant au côté obscur de la force aux résultats d’Oracle. Le groupe fondé par Larry Ellison reste sous surveillance des investisseurs depuis qu’il a opéré un virage massif vers l’intelligence artificielle, marqué par des dépenses colossales et une communication très offensive autour des milliards de commandes annoncées. Les performances décevantes de sa branche cloud annoncées hier soir montrent toutefois que la trajectoire vers ses ambitions reste longue. La publication, qui a provoqué une chute de 11,5% du titre après la clôture, a aussi accentué les tensions sur le marché obligataire d’Oracle, déjà extrêmement sollicité. Elle nourrit par ailleurs l’impression générale que l’univers de l’IA cache une certaine fragilité.

Voici pourquoi le marché semble déprimé ce matin. On verra bien si cela perdure, quoi qu’il en soit n’oubliez pas que ce qui compte au final pour les actions, bien avant tout le reste, c’est la posture de la Fed, or les annonces d’hier ne sont franchement pas inquiétantes, la Réserve Fédérale semble là où on l’attendait et il y a manifestement une vie après la tech. Il est probablement urgent d’attendre et de se hâter lentement, expression qui, contrairement à ce que tout Valaisan peut croire, ne trouve pas son origine dans le beau pays de Vaud mais chez l’empereur Auguste, qui en aurait fait sa devise. Elle exprimait l’idée d’agir avec diligence mais sans précipitation, en combinant rapidité et prudence (ça c’est pour vous permettre de briller dans votre prochain diner, parce qu’à force de parler du VIX on va vous demander si vous avez mal à la gorge…).

Au menu macro-économique de ce jeudi, aux Etats-Unis les demandes hebdomadaires d’allocations chômage, la balance commerciale de septembre et les stocks de grossistes en septembre.

Essilorluxottica va collaborer avec la fondation Chips-IT dans les lunettes connectées. Deux traitements de Sanofi (Qfitlia et Cablivi) approuvés en Chine dans les maladies hématologiques rares. BBVA et Stellantis obtiennent le feu vert pour leur coentreprise de financement automobile en Argentine. Les mesures de réduction des coûts prises par Porsche AG mettent en péril les emplois au siège allemand, selon le FT. SGS annonce que son président Calvin Grieder quittera ses fonctions en 2026. Pfizer va supprimer des centaines d'emplois en Suisse afin de réduire ses coûts, selon l’agence Bloomberg. Le président des Etats-Unis affirme qu’il s’opposera à un accord impliquant Warner Bros. Discovery si CNN n’en faisait pas partie, ce qui complique l’offre de Netflix. Coca-Cola prépare le départ de son CEO James Quincey, remplacé fin mars par Henrique Braun.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse sauf le Nifty50 qui progresse de 0,46%. Tokyo rend 0,9% à la cloche, Hong Kong égare 0,04%, Shanghai perd 0,7% et Séoul recule de 0,59%. Le future SPX rend 0,8%, son compère du NDX perd 1,2% tandis que l’Europe recule très légèrement dans les premiers échanges, ça semble logique, le vieux continent est nettement moins pourvu en tech que les Etats-Unis. 

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