Deuxième tentative consécutive de l’indice S&P500 (SPX) hier de s’approcher de son record historique avant de perdre de la puissance en deuxième partie de séance. Le podium du jour se compose de la tech (unique secteur du SPX en hausse hier), des industrielles et des financières. Les volumes d’échanges sont plutôt stables, le breadth négatif, l’appétit au risque ne semble pas encore rentré de son weekend en ce lundi. On rachète de la volatilité, le VIX progresse de 8% à 16,66, l’indice S&P500 équipondéré (SPW) recule de 0,59%, la plupart des 7 magnifiques baissent également, faux départ pour Wall Street hier. Le contexte actuel semble favorable aux actions, même du côté du sentiment on n’observe pas de complaisance, en revanche le marché se heurte probablement hier à un principe de réalité, celui de la réunion de la Fed de décembre qui débute aujourd’hui et se termine demain soir, moment où la Réserve Fédéral devrait annoncer une coupe de 0,25% de son taux directeur, qui se situe actuellement dans une fourchette de 3,75% - 4,00%. Jusque-là tout va bien me direz-vous. Absolument, sauf qu’il y a un tout petit hic. Les Fed Funds ne prédisent plus aucune baisse de taux supplémentaire après décembre. Le joyeux royaume des actions se retrouve donc dans la position de l’automobiliste qui vient de faire le plein, sachant qu’il ne rencontrera plus de station-service avant longtemps, dans ce contexte la crainte de panne sèche calme les ardeurs du plus grand nombre avant de prendre la route.
On le sait, les actions raffolent de taux en baisse, c’est là leur principal catalyseur de performances. Or hier le monde de la finance observe un rebond quasi généralisé des rendements d’obligations gouvernementales. Quelque chose a changé dans les esprits, le marché obligataire en prend acte et, si cela se confirme, ça ne devrait pas plaire aux taureaux, mais alors pas du tout. Lentement mais sûrement, les banques centrales du monde entier semblent commencer à s'éloigner de l'idée de taux d'intérêt plus bas. La Banque Centrale d'Australie (RBA) maintient son taux directeur inchangé aujourd'hui et publie une déclaration neutre et sans engagement. Cependant, la gouverneure Michele Bullock tient par la suite plusieurs propos que nous qualifierons de nouveaux, notamment en laissant entendre que des baisses de taux supplémentaires pourraient ne pas être nécessaires. Elle ajoute que la question qui se posait à la banque centrale était essentiellement de savoir si elle devait maintenir son taux directeur à un niveau stable. Le marché des swaps en prend acte et pronostique une hausse de taux en juin, sachant qu’il y a à peine un mois il s’attendait à une baisse. En Europe, Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, déclare hier être «à l'aise» avec les anticipations du marché quant à une prochaine hausse des taux par la Banque centrale européenne, même si elle n'intervient pas immédiatement. Cette déclaration entraine une hausse des rendements des obligations allemandes à deux ans. En Suède, les opérateurs estiment à environ 40% la probabilité d'une hausse des taux d'ici mai.
Le Japon devrait bien entendu relever son taux directeur, les opérateurs anticipant une hausse d'au moins 50 points de base d'ici un an. Au Canada, les marchés intègrent également la perspective d'un resserrement de la politique monétaire. La Banque du Canada devrait maintenir ses taux cette semaine, mais les marchés tablent désormais sur une hausse complète d'ici octobre. D'autres économies, comme le Royaume-Uni et la Suisse (dans une mesure nettement moindre), envisagent en revanche un assouplissement de leur politique monétaire.
On revient aux Etats-Unis avec le rendement du 10 ans US qui remonte brièvement à 4,19% hier, ce matin il traite à 4,18%, juste au-dessus de sa moyenne mobile à 100 jours qui évolue actuellement à 4,15%. Au-delà des doutes croissant dans le marché que la Fed devrait s’en tenir à une coupe demain puis marquer une pause, techniquement le récent rebond du rendement est assez impressionnant, il traitait à 3,95% le 28 novembre, la 100 jours est en train d’être cassée, la 200 jours constitue la prochaine résistance, elle évolue en ce moment à 4,25%. Bien évidemment, le discours de Jerome Powell de demain soir revêt une importance majeure dans ce contexte.
Le Dollar Index (DXY) s’est stabilisé depuis le 3 décembre, peut-être pour les mêmes raisons que celles qui poussent les rendements obligataires à la hausse actuellement. Le DXY traite ce matin à 99,10, il tente de casser sa 50 jours, qui évolue à 99,20. La paire EUR/USD se bat pour sa part avec sa 100 jours, qui se situe à 1,1643 contre l’EUR/USD à 1,1646.
On notera au passage le rebond de 8% du MOVE hier, le pendant obligataire du VIX, qui clôture à 72,30, un niveau absolument inoffensif mais l’évolution du MOVE est à surveiller.
Cette semaine est aussi importante pour les valeurs liées à l’Intelligence Artificielle, avec les résultats d’Oracle demain soir après la clôture qui seront au centre de l’attention. Les actions IA sont devenues chères pour beaucoup et les marchés veulent vérifier si la demande dans les data centers, moteur du rallye technologique, reste solide. Les analystes attendent une croissance des ventes d’environ 15% pour Oracle, portée par le cloud et les logiciels IA, ce qui servirait de signal pour l’ensemble du secteur, notamment Microsoft. Mais une inquiétude majeure pèse: le contrat gigantesque entre Oracle et OpenAI, d’un montant de 300 milliards de dollars à partir de 2027, alors qu’OpenAI est probablement non rentable et déjà engagée dans d’autres dépenses massives. Si OpenAI ne peut pas honorer ce contrat, cela toucherait Oracle et renforcerait la crainte d’une bulle IA. En cas de bons résultats et de perspectives rassurantes, le Nasdaq, proche de son record, pourrait progresser, mais une déception pourrait provoquer une chute d’environ 6% ou plus, selon Barron’s. Les résultats de Broadcom jeudi offriront également un aperçu crucial de la demande en puces. Cette semaine pourrait donc entraîner des mouvements de marché significatifs dans ce secteur.
Au menu macro-économique du jour, aux Etats-Unis, les chiffres de l'enquête JOLTS de septembre seront publiés à 14h30.
Le traitement actif contre la néphrite lupique de reçoit l'autorisation de l'UE. Novartis finalise le rachat de Tourmaline Bio. Larry Ellison aurait affirmé à qui vous savez que l'accord entre Netflix et Warner Bros nuirait à la concurrence, rapporte le WSJ. Le locataire de la Maison-Blanche autorise Nvidia à vendre sa puce H200 en Chine mais lui impose une taxe de 25%. PepsiCo trouve un accord avec l'activiste Elliott et s'engage à baisser ses prix et à se restructurer. McDonald's évaluera à l'avenir la valeur apportée par ses franchisés selon de nouveaux standards mondiaux. Ares Management va remplacer Kellanova dans le S&P 500. Les premières lunettes intelligentes de Google seront disponibles l'année prochaine.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis Tokyo, qui grappille 0,14% à la cloche. Hong Kong perd 1,39%, Shanghai recule de 0,37%. Séoul rend 0,27% et le Nifty50 abandonne 0,29%. Le future SPX traite en légère hausse, l’Europe ouvre en progression de 0,2% et l’or s’est replié légèrement en-dessous des 4'200 dollars l’once.