Alors qu’apparaissent quelques signes «d’IA fatigue», d’autres pans des marchés financiers présentent des niveaux d’entrée attrayants. Abrupts ou maitrisés, les réallocations de capital sont l’essence même de la finance, sans pour autant suivre de timing précis ni prendre des formes strictement identiques entre les époques.
Selon le proverbe, la vie serait un éternel recommencement. Qu’on adhère ou non à l’idée, on peut facilement argumenter que la vie de l’investisseur est effectivement assez proche de cela. Le terme «recommencement» n’est certes pas totalement adéquat car il impliquerait que les marchés financiers reproduisent leurs mouvements de manière identique au fil du temps, ce qui les rendraient prévisibles… Ce n’est pas le cas.
En revanche, si l’on élimine le facteur temps et que l’on cesse de chercher en permanence des symétries parfaites entre les époques pour nous cantonner uniquement aux comportements des investisseurs à long terme alors oui, beaucoup de similitudes apparaissent.
Le thème du moment, et ce depuis deux ans, est l’IA. L’immense majorité des conversations tourne autour de ce sujet, que l’on y voit une opportunité, un risque, une bulle…Tout ou presque est devenu IA chez les financiers. Il est vrai qu’à la vue des montants déployés, des revenus générés, du cash brulé et bien sûr de l’aspect transformant de cette technologie, il serait stupide de nier sa prépondérance dans le paysage boursier. Qu’on soit confiant ou apeuré concernant le futur niveau des marchés actions, il y a fort à parier que l’IA y sera pour quelque chose.
L’éternel recommencement pour l’investisseur s’illustre régulièrement par le fait que nous regardons souvent les marchés financiers de trop près.
Pourtant, à un moment donné, on va en avoir marre de l’IA. D’autres grands acteurs du segment des semi-conducteurs vont peut-être devenir des capitalisations d’un trillion de dollars, les puces vont peut-être remplacer l’or noir en termes d’importance dans l’organisation de nos sociétés mais à un moment donné nous passerons à autre chose. Que cette transition se matérialise par l’éclatement brutal d’une bulle, par une normalisation progressive du prix des composants et des services liés aux datacenters ou par un lent désintérêt boursier des investisseurs, il arrivera un moment où l’on parlera moins d’IA tout simplement car le thème présentera moins d’opportunités de gains boursiers et sera devenu plus mature.
Rien ne dit que les investisseurs s’enthousiasmeront immédiatement pour quelque chose de nouveau. Nous avons déjà connu des époques, plus ou moins longues, où la technologie progresse naturellement mais sans pour autant proposer de rupture majeure comme l’internet, les smartphones et donc l’IA. Si tel devait être le cas, il y a alors fort à parier que certains thèmes d’investissement classiques et bien connus reprendraient de la hauteur.
En 2026, les opérateurs ont pour l’instant délaissé deux de leurs véhicules fétiches de ces dernières années, à savoir l’or et le bitcoin. Pourtant ces deux actifs, bien que très différents (n’en déplaise à certains), continuent de répondre à des problématiques qui ne semblent pas prêtes d’être résolues. Quelqu’un croit-il sérieusement que la dette des pays développés peut être ramenée à des niveaux «raisonnables»? Hormis quelques rares exceptions comme le franc suisse, croit-on vraiment en une revalorisation des principales monnaies traditionnelles?
Plusieurs thématiques actions semblent évidentes à jouer pour les prochaines années tant elles répondent là aussi à des réalités difficilement contournables. Le changement climatique ou l’évolution démographique des pays développés offrent des perspectives de long terme à de nombreux segments de nos économies, sans qu’il ne s’agisse pour le coup d’IA.
L’éternel recommencement pour l’investisseur s’illustre régulièrement par le fait que nous regardons souvent les marchés financiers de trop près, obnubilés par des thèmes que nous espérons très profitables à court et moyen terme. Puis nous reprenons un peu de hauteur après quelques frayeurs (ou parfois de lourdes pertes) et redécouvrons les vertus de la diversification, souvent d’ailleurs auprès d’actifs / segments bien connus.
Le philosophe français Régis Debray, personnage haut en couleurs, écrit que «les lendemains chantants ayant déchanté, nous restent les sommets pour nous enchanter».
Un joli clin d’œil à la nature humaine appliquée aux aléas boursiers. L’éternel recommencement en finance est surtout celui de la quête d’un profit très court termiste par les investisseurs et ce peu importe l’exactitude des ressemblances entre les époques.