Sympathique film français sorti en 2010 (oui cela fait donc bien 16 ans…), «tout ce qui brille» racontait l’histoire de deux jeunes filles de banlieue qui tentaient d’intégrer la jeunesse dorée parisienne et finissaient par être rattrapées par les désillusions de l’apparence. Alors oui, comme le dit le proverbe, tout ce qui brille n’est pas de l’or. L’or et plus généralement les métaux précieux, il en est question en ce début d’année. La hausse quasiment verticale de l’argent en janvier s’est conclue par un krach non moins vertical durant la dernière séance du mois. Comme bien souvent dans ce genre de configuration, des réactions et explications diverses et variées sur le pourquoi du comment ont fleuri. L’une d’elles mène au fraichement nommé Kevin Warsh, futur patron de la Fed, dont l’annonce de la nomination aurait poussé moult investisseurs à déboucler abruptement leurs positions. Avec un Kevin plus faucon que colombe aux commandes dès le mois de mai prochain, le «paradigme» concernant l’affaiblissement du dollar, la perte d’indépendance redoutée de la banque centrale et l’accumulation effrénée de dette publique venant décrédibiliser les bons du trésor ce serait fini ou du moins sous contrôle!
On ne souhaite rien de moins à M. Warsh mais permettons-nous de nuancer un peu. Tout d’abord il parait sage de séparer la trajectoire du métal jaune depuis 2025 de celle de l’argent. L’augmentation du prix de l’or durant les derniers trimestres a effectivement obéit à une certaine logique dès lors que ses acheteurs embrassent la théorie de l’affaiblissement progressif du billet vert. Ce dernier a particulièrement souffert des décisions peu conventionnelles prises par la maison blanche l’année dernière, notamment l’instauration de tarifs douaniers. De nombreux investisseurs jugent que la crédibilité de la devise américaine est désormais moins forte, plombée notamment par un niveau de dette publique dont l’augmentation s’est accélérée depuis le Covid. De toute évidence, l’attitude du président Trump n’a rien arrangé, qu’il s’agisse de la détérioration du climat international ou même de ses déclarations (certes très changeantes) au sujet d’un dollar moins fort. Tout financier connait la célèbre déclaration de John Connally faite aux européens en 1971 «le dollar est notre monnaie mais votre problème». Autant de bonnes raisons pour que certaines banques centrales décident d’augmenter leurs achats d’or et aussi, disons le bien, une occasion (en or?) pour de nombreux particuliers de rebalancer un peu leur portefeuille en direction du métal jaune, à travers des ETF notamment.
Pour l’argent par contre, la hausse des derniers mois et notamment durant le mois de janvier est nettement moins «académique» dira-t-on. Toute logique n’est certainement pas à jeter dans l’intérêt de diversifier un portefeuille multi actifs en s’exposant à l’argent. De nombreuses thématiques ayant trait notamment aux énergies renouvelables ou à l’électrification présentent des arguments concrets en faveur de son prix. De plus, le narratif détaillé précédemment concernant l’or et la perte de confiance envers le dollar pourrait tout aussi bien inciter l’investisseur à «parquer» quelques deniers en argent…Mais de là à assister à la hausse que nous avons connue au cours des trois derniers mois…
Alors pourquoi un tel emballement sur un actif finalement peu sexy, qui ne verse pas de dividende, qui ne sonne pas «branché» comme les cryptomonnaies et qui n’a pas de CEO star pour stimuler son cours? Pourquoi également un retournement d’une telle violence? Et bien peut être tout simplement car nous étions jusqu’à très récemment entré dans une période où l’on entendait parler d’ETF, de banque centrale ou de la valeur des pièces en argent trouvées dans le grenier de la maison familiale quand nous allions au supermarché, chez le coiffeur ou quand nous prenions un taxi.
La nomination de M. Warsh a peut-être pris une certaine frange du marché à contrepied même si nous jugerons sur pièce (d’argent?) l’attitude et le discours que le futur patron de la Fed nous livrera. Mais cette nouvelle, si importante soit elle, ressemble plus à un prétexte qu’à un «cygne noir» pour les métaux précieux. Autrement dit, c’est probablement bien plus la frénésie spéculative et l’effet de levier qui ont provoqué en bonne partie la hausse puis le krach du 30 janvier sur l’argent. Mais au fait où est le problème?
Les marchés sont quasiment tous au plus haut, le président américain se permet de donner des conseils de trading, l’information circule à la vitesse de la lumière et tout le monde peut acheter un ETF à effet de levier en 2 cliques, peu importe son niveau de connaissances financières. En d’autres termes, ces phénomènes ne sont que le reflet des marchés financiers de notre époque. Ces derniers proposent désormais tous les outils pour spéculer et jouer aux apprentis sorciers et ce, sur de très nombreux sous-jacents…dont l’argent. Il faut donc le prendre en compte et ne pas dénigrer cette réalité. Nous le savons, il y a investir et spéculer. Les deux activités ont le même terrain de jeu, très vaste et toujours plus friand d’ingénierie et de technologie.
Cela nous conduit à une question plus générale: devrait-on, dans un souci de modernité et d’alignement avec notre époque, intégrer dans un portefeuille multi actifs classique, avec un horizon temps long, une poche permanente de paris «spéculatifs»? Ou est-il plus juste de se cantonner à ce que nous appelons «faire de l’investissement», c’est-à-dire gérer des portefeuilles multi actifs sur la base d’une stratégie de long terme en y ajoutant des paris tactiques de plus court terme? Le débat est plus philosophique qu’autre chose et surtout la frontière entre paris tactiques et spéculation est parfois mince. De plus, le profil de risque de chacun joue un rôle clé. De nombreux individus réclament ou du moins suggèrent régulièrement à leur banquier des investissements dans les «thèmes du moment». Qu’il s’agisse d’argent, d’uranium, de terres rares ou encore d’actifs privés. S’y opposer est un risque pour le gestionnaire et s’y exposer en constitue un autre.
Cependant, il parait compliqué de nier une certaine évidence de notre époque qui est que l’information et les outils financiers mis à la disposition de monsieur et madame tout le monde se sont démocratisés, impactant clairement le fonctionnement des marchés, tout comme l’activité de gestion de portefeuille. Attention donc de ne pas être trop «or» du temps ni d’oublier que les plus facétieux d’entre nous pourraient arguer que «plaie d’argent n’est pas mortelle».