Bulle ou âge d’or?

Julien Serbit, Prime Partners

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L’envolée des cours des valeurs technologiques suscite de nombreuses craintes quant à un scénario d’une bulle prête à exploser. Attention cependant de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

 

 

Nos réseaux sociaux nous l’indiquent, tout va s’effondrer, nous n’aurons bientôt plus que nos yeux pour pleurer. L’explosion de la bulle IA est imminente et notre avidité d’investisseur qui en veut toujours va nous empêcher de sortir à temps. Heureusement, on se rassure encore auprès «d’experts» dont personne n’a jamais dû entendu parler qui eux nous expliquent qu’en suivant attentivement leurs précédents conseils sur des valeurs comme Sandisk ou Micron, leurs followers sont devenus riches et qu’il faut donc s’abonner à leur compte immédiatement pour faire de même. 2 salles 2 ambiances comme on disait à l’époque.

Depuis une grosse dizaine d’années ceux que nous appelons désormais les «hyperscalers» ont accumulé énormément de liquidités grâce au développement florissant de leur business model et une judicieuse diversification, notamment dans le cloud.  Aujourd’hui, ces immenses acteurs de la technologie investissent massivement dans la construction de l’infrastructure nécessaire au déploiement à très grande échelle de l’IA dont ils espèrent tous être de grands gagnants. Rien de nouveau sous le soleil. 

Les sociétés qui sont à la réception de ces gigantesques cash flows voient leur carnet de commande exploser et ne peuvent parfois même pas répondre à la demande, induisant des pénuries de certains composants dont les prix bondissent. Malgré tous les «cassandres» aux arguments effrayants et aux comparaisons faciles, une bulle ce n’est pas exactement cela. Un engouement des investisseurs pour quelques dizaines de sociétés dont les revenus explosent est nettement moins alarmant que quand ces derniers ne sont que de belles promesses.

La correction tant redoutée ne pourra se matérialiser qu’à la suite de la prise de conscience d’une majorité d’acteurs qu’ils font fausse route au sujet de l’opportunité boursière de l’IA.

Tout le monde sera d’accord pour dire qu’à un moment donné les commandes de composants liés à l’IA et aux datacenters vont connaitre un plateau. La croissance des ventes des sociétés concernées ralentira et les investisseurs les sanctionneront, peut être avec excès initialement. Le rythme actuel n’est pas tenable, tout le monde le sait. Tout le monde sera également d’accord pour dire qu’il y a un grand point d’interrogation sur les retombées concrètes pour les hyperscalers de leurs immenses capex. Là encore, dès lors que les gagnants commenceront à se distinguer des perdants, la sanction boursière sera sans doute conséquente. Gardons tout de même en mémoire qu’en 2022, pour bien d’autres raisons, nos fameux hyperscalers avaient perdu de 30% (Microsoft) à 65% (Meta)…Preuve que c’est possible.

Prophétiser l’imminence d’une correction sur les valeurs technologiques, notamment celles des semi-conducteurs, sur la base de leurs performances récentes, si paraboliques soient elles, est un raccourci un peu simpliste pour la plupart d’entre elles. Ces sociétés sont surtout au bon endroit au bon moment et se retrouvent à recevoir les flux entrants les plus importants que nous n’ayons peut-être jamais vus. Elles vivent leur âge d’or, ni plus ni moins. Certaines d’entre elles seront-elles les Moderna de la technologie d’ici quelques mois? Personne ne peut l’affirmer à ce stade. On notera tout de même qu’à l’inverse de la biotech star de la période Covid, l’obsolescence technologique perpétuelle des produits qu’elles commercialisent devrait induire une certaine pérennité des ventes, même si évidemment le rythme de ces dernières ne sera plus aussi élevé que dans la phase actuelle.

Un élément à venir va nous donner plus de précision quant au futur boursier de l’écosystème lié à l’IA. Les méga IPO prévues cette année (Space X, Open AI et Anthropic) vont braquer les projecteurs sur les revenus sonnants et trébuchants de ces acteurs et probablement mettre fin à certains fantasmes des investisseurs. Outre l’aspect plus concret de la rentabilité du secteur, ces IPO vont aussi donner l’opportunité d’investir directement dans les «pure players» de l’IA et non plus seulement dans les entreprises que nous qualifions actuellement «des pelles et des pioches» de l’intelligence artificielle. Sans nécessairement provoquer une correction des indices américains, il parait plausible que ces nouveaux entrants amènent à des rotations importantes dans les portefeuilles.

La correction tant redoutée ne pourra se matérialiser qu’à la suite de la prise de conscience d’une majorité d’acteurs qu’ils font fausse route au sujet de l’opportunité boursière de l’IA. Les carnets de commandes d’un grand nombre de sociétés technologiques, notamment dans les semi-conducteurs, ne vont pour le moment pas dans ce sens. En revanche, la transparence à venir des revenus et de la profitabilité des compagnies stars de l’IA lors de leur introduction en bourse va constituer un test d’envergure pour les marchés, devenus, reconnaissons-le, addicts à l’IA. À ce stade rien, n’indique que le rallye technologique se poursuivra sur son rythme actuel durant le deuxième semestre tout comme rien n’indique le contraire.

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