Les jeunes depuis plus longtemps que d’autres se souviennent peut-être de Rocky Balboa gravissant une montagne en courant. Cette scène se passe dans Rocky IV, on est alors en 1985, le champion se prépare à affronter l’infâme Ivan Drago, on sait tous comment cela va se terminer mais on fait semblant de douter, c’était chouette les années 1980.
De retour en 2026 à Wall Street. Scénario absolument identique avec, dans le rôle de Sylvester Stallone, le joyeux royaume des actions qui ne doute plus de rien, a décrété unilatéralement que la guerre est terminée et reprend ses bonnes vieilles habitudes après avoir scrupuleusement nettoyé les parquets de trading des derniers ours qui s’y accrochaient.
Le marché est obnubilé par la guerre, il ne pense plus qu’à ça et le narratif du moment semble de plus en plus clair. L’espoir d’une fin de conflit proche prévaut désormais, les belligérants semblent vouloir se revoir à Islamabad, le cours du baril de WTI Light Crude a reculé à 91,91 dollars, il reste nettement plus cher qu’avant le début du conflit mais ne chipotons pas voulez-vous, on ne vas tout de même pas s’embarrasser de détails de cette nature. Tiens, tant qu’on y est on pourrait aussi se mettre à évaluer l’onde de choc économique à terme que provoquera inéluctablement la hausse généralisée du prix de l’énergie autour du globe, ou encore s’inquiéter des résultats trimestriels de sociétés qui commencent à tomber, sachant que les attentes sont plus élevées que d’habitude, elles ne prévoyaient pas le conflit en cours. Et ce n’est pas tout, les nombreux esprits chagrins pourraient aussi rappeler que le put de la Fed s’est évaporé, la première banque au monde a cessé d’inonder le marché de liquidités, cette drogue qui a tant porté la hausse des actions depuis mars 2009. Non, franchement, les empêcheurs de monter en rond feraient mieux de partir en retraite à l’hospice du Grand Saint-Bernard afin de se remettre les idées en place.
C’est dans ce contexte de candeur générale que les principaux indices d’actions de Wall Street réalisent de nouveaux records historiques à la cloche hier soir. Le S&P500 (SPX) casse le niveau de 7'000 points en fin de séance, il est sur le point d’entrer en territoire suracheté, notons au passage que le breadth est légèrement négatif sur l’indice, un peu plus d’actions clôturent en baisse qu’en hausse, ce qui nous apprend qu’une fois encore ce sont les géants de la tech qui font le travail, en portant la cote à bouts de bras. La performance du jour du S&P500 équipondéré (SPW) illustre cela à merveille, le SPW ne progresse que de 0,01% contre +0,8% au SPX. Remarquons enfin qu’une death cross se profile pour le SPX à un horizon de 4 jours. En parlant de tech, le Nasdaq100 (NDX) casse pour sa part le niveau de 26'000 points en clôture, il atteint lui aussi un niveau inexploré, entre en territoire suracheté mais sa death cross est désormais remise en question, sa moyenne mobile à 50 jours est en train de se retourner à la hausse. Imperturbable, le SOX (semi-conducteurs) réalise son cinquième record historique de suite, les chaussettes m’en tombent. La volatilité poursuit son calvaire, le VIX perd 1% à 18,17, il semble ralentir sa course ceci-dit, il faut dire qu’il se situe déjà au troisième sous-sol, c’est à suivre.
Quelque chose dans cette hausse échappe à votre serviteur. Dans un tel contexte, il est bien souvent judicieux de consulter les indicateurs internes de marché, qui font fi de toute logique, sentiment et autres émotions. L’indicateur de prime de liquidité du SPX vient d’envoyer un signal «risk-on», c’est-à-dire un signal favorable aux actions. Cet indicateur compare les volumes échangés sur l’ETF du S&P 500 (SPY) à ceux des actions individuelles de l’indice. Quand les volumes se concentrent sur l’ETF, cela traduit de l’incertitude; à l’inverse, quand les investisseurs reviennent vers les actions individuelles, la confiance revient. Le signal actuel correspond précisément à ce basculement: après une phase de stress, le marché redevient plus confiant. Historiquement, lorsque cet indicateur passe d’un niveau très élevé à un niveau nettement plus bas (selon une mesure sur 84 jours), les performances du S&P 500 sont ensuite solides et régulières, surtout en période de tendance haussière comme aujourd’hui. À l’inverse, cet indicateur peut aussi servir d’alerte «risk-off». Lorsque la dynamique s’inverse (passage de niveaux très bas à des niveaux plus élevés, dans un marché sous sa moyenne à 200 jours), cela précède souvent une correction. Dans ce cas, le S&P 500 a historiquement baissé dans la grande majorité des situations à court terme (environ 81% du temps sur deux semaines). En résumé, le signal actuel est plutôt constructif pour les actions et incite à rester exposé, tout en gardant cet indicateur en tête comme outil de couverture en cas de retournement.
Au chapitre obligataire, le rendement du 10 ans reste stable à 4,27%, son prochain support se situe à 4,20% (50 jours). Le combat continue autour de 1,1800 pour la paire EUR/USD, tandis que l’or cote 4828 dollars l’once.
On se penche sur la macro du moment. Les dernières données montrent une image contrastée mais globalement résiliente de l’économie américaine. L’indice manufacturier Empire State surprend positivement grâce à un rebond des nouvelles commandes et des expéditions, même si les coûts des intrants augmentent nettement alors que les prix de vente restent stables. À l’inverse, le moral des promoteurs immobiliers recule en avril à son plus bas niveau depuis septembre. Les prix à l’importation progressent modérément, moins que prévu. Le Beige Book de la Fed fait état d’une activité en légère à modeste expansion dans la majorité des régions, tout en soulignant une incertitude accrue liée au Moyen-Orient, qui complique les décisions des entreprises en matière d’embauche, de prix et d’investissements. Enfin, du côté de la Fed, le discours dominant reste celui du statu quo, avec des taux jugés à un niveau approprié.
À court terme, l’attention se porte sur plusieurs indicateurs clés attendus aujourd’hui, notamment les inscriptions hebdomadaires au chômage, l’indice manufacturier de Philadelphie et la production industrielle, ainsi que sur plusieurs prises de parole de responsables de la Fed. Demain sera plus calme sur le plan des statistiques, mais marqué par de nouvelles interventions de banquiers centraux. Enfin, un rendez-vous important se profile avec l’audition de Kevin Warsh le 21 avril, dans le cadre de sa nomination potentielle à la présidence de la Fed.
Barry Callebaut publie une hausse de son bénéfice net semestriel malgré un repli du chiffre d'affaires, le titre chute de 12%, casse d’un coup son canal haussier entamé il y a un peu moins d’un an et traite à 1110 francs. Techniquement le niveau de 1000 francs semble intéressant, pour les braves (observation n’est pas égale à recommandation). Doug Field, ancien de Tesla et Apple, quitte Ford dans le cadre d'une réorganisation, révèle le WSJ. Johnson Controls envisage la cession d'activités valorisées jusqu'à 4,5 milliards de dollars, selon Bloomberg. Alphabet pourrait engranger 100 milliards de dollars de plus-value grâce à son investissement dans SpaceX, encore selon Bloomberg.
TSMC confirme une dynamique exceptionnelle au premier trimestre 2026, avec un bénéfice en hausse de 58%, dépassant les attentes du marché et atteignant un nouveau record (quatrième trimestre consécutif de croissance record). Le chiffre d’affaires progresse également fortement (+35% sur un an) et dépasse les prévisions. Cette performance est largement portée par la demande soutenue en puces liées à l’intelligence artificielle, notamment de la part de grands clients comme Apple, Nvidia (désormais principal client) et AMD. Les activités liées au calcul haute performance (IA, 5G) représentent désormais la majorité des revenus. Les technologies les plus avancées dominent largement l’activité: les puces de 7 nm ou moins représentent environ 75% du chiffre d’affaires, dont une part croissante en 3 nm, illustrant le leadership technologique du groupe. Malgré les inquiétudes liées aux tensions géopolitiques et à l’énergie, TSMC ne prévoit pas d’impact à court terme sur ses opérations. Pour répondre à la demande, l’entreprise continue d’investir massivement, notamment avec une nouvelle usine à Taïwan, et prévoit des dépenses d’investissement au sommet de sa fourchette annuelle (jusqu’à 56 milliards de dollars), signe de sa confiance dans la poursuite de la croissance. Pas encore d’indication du pré-marché, en revanche il faut garder en tête que le titre progresse de 23,7% cette année, contre 4% au NDX, à suivre…
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse hormis le Nifty50 qui égare 0,31%. Tokyo bondit de 2,38%, Hong Kong progresse de 1,58%, Shanghai avance de 0,7% et Séoul prend 2,21%. Le future SPX continue sur sa lancée et grappille 0,2% pendant que l’Europe progresse de 0,3% dans les premiers échanges.