Gonet: l'actualité des marchés au 14 avril

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow +0,63%%, S&P 500 +1,02%, Nasdaq +1,23%, Russell +1,52%, SOX +1,68%, Eurostoxx -0,36%, SMI -0,28%.

Wall Street s’offre une séance de cinéma français hier soir avec le merveilleux «Tout ça pour ça» de Claude Lelouch. Figurez-vous que l’indice S&P500 (SPX) est de retour à son niveau d’avant la guerre, cela laisse songeur.

La saison des résultats trimestriels de sociétés démarre du pied gauche (Goldman Sachs, LVMH)? Qu’importe ! le marché se concentre sur l’espoir d’une paix, ou d’une détente, ou de négociations, ou ce que vous voulez mais hier on a envie que ça aille bien sur les parquets de trading et cela se voit à tous les étages des classes d’actifs. Les actions, les obligations, les monnaies, les matières premières, tout le monde sans exception se détend en ce lundi.

Le SPX confirme son retour en canal haussier ainsi que la cassure de sa moyenne mobile à 200 jours, il se situe désormais très légèrement au-dessus de son niveau de clôture du 27 février, qui précédait l’attaque des Etats-Unis et Israël contre l’Iran. C’est là tout un symbole, rien ou presque n’est résolu dans ce conflit mais le marché, cet éternel optimiste semble s’être habitué à ce dossier, aussi brûlant et inflationniste soit-il. Le podium du jour du SPX se compose des financières, de la tech et de la consommation discrétionnaire. Au sein de la tech, hier ce sont les logiciels qui brillent avec une hausse du secteur de près de 5%, portée notamment par Oracle (ORCL +12,7%). Il est rigolo le marché, il revient dans des valeurs récemment vouées à mourir dans d’atroces souffrances parait-il, à cause de la méchante IA qui allait les remplacer. Bon, ceci dit lorsqu’on jette un œil au graphique d’Oracle on réalise que le chemin est encore très long qui la mènera à la rédemption.

Le Nasdaq100 (NDX) se comporte peu ou prou comme le SPX, il est même de retour en territoire positif sur l’année, pendant que papy Dow Jones traine la patte, la faute à Goldman Sachs (GS -1,9%) qui lui enlève un peu plus de 100 points de hausse après ses trimestriels et cela malgré la publication par la banque d’un bénéfice supérieur aux attentes pour le premier trimestre. Si le chiffre d’affaires global dépasse les prévisions, certaines activités de la banque sous-performent au début de 2026, le marché semble en mode «pas de prisonniers», on va vérifier cela rapidement, les résultats vont tomber de plus en plus nombreux sur les prompteurs avec notamment aujourd’hui Citigroup, Wells Fargo, JP Morgan, Johnson & Johnson ou encore BlackRock. C’est la neuvième séance consécutive de hausse pour l’indice phare de la technologie, force est de constater une nouvelle fois que l’adage «acheter au son du canon…» s’est parfaitement vérifié. À ce détail près, qu’il se termine par «…vendre au son du clairon.», on va suivre ça de très près. 9 séances de suite dans le vert pour le NDX, on n’avait plus vu ça depuis 2023 ce qui, en pensée boursière, correspond à quelques millénaires. On notera au passage que la pression acheteuse de ce lundi vient principalement de couvertures de shorts, de quants et de CTAs (Commodity Trading Advisors).

Les résistances techniques sont proches pour les deux principaux indices de New York. On regarde 7000 points pour le SPX contre 6886 pts hier soir à la cloche. Côté NDX c’est 26'000 pts, l’indice termine sa séance d’hier à 25'383 points. Les volumes de trading restent faibles, en revanche le breadth s’améliore dans un ratio de 2-1 positif, pendant que la volatilité recule légèrement, le VIX se pose à 19,12.

Côté obligataire le rendement du 10 ans US se replie à 4,28%, il regarde son prochain support à 4,20%, c’est par là que passe actuellement sa 50 jours. La paire EUR/USD remonte à 1,1777, tout cela va très vite (trop?), 1,1800 semble compliqué à franchir en l’état. L’or profite de la faiblesse du billet vert et remonte à 4779 dollars l’once, sa 50 jours l’attend à 4901$. Quant au pétrole, il rend du terrain face à l’optimisme du moment, le baril de WTI Light Crude reçule à 96.36$.

Penchons-nous au chevet des actions de logiciels, qui ont été fortement pénalisées par les craintes que les outils d’intelligence artificielle ne perturbent profondément le secteur. Les investisseurs commencent manifestement à mieux distinguer les entreprises qui profiteront de l’IA de celles qui en souffriront. Nous arrivons probablement à un stade où les analystes ont eu le temps d’examiner les sociétés de logiciels individuellement et de faire le tri. Pour autant que ce soit le cas, il semble donc qu’Oracle ait été sous-estimée par le plus grand nombre depuis quelques temps. Hier on observe aussi de belles performances de ServiceNow, en hausse de plus de 7% et Adobe, qui enregistre sa plus forte progression en pourcentage depuis un an. L’ETF iShares Expanded Tech-Software Sector ETF gagne environ 5,4%.

Cela se détend tellement un peu partout que même le très sérieux et fidèle Scott Bessent déclare hier que la Fed a raison de temporiser et de regarder les conséquences de la guerre en Iran avant d’agir (lisez : avant de baisser ses taux). On croît rêver, le patron de Scott Bessent risque de s’étrangler avec un bretzel en apprenant cela, à moins que le principal intéressé n’estime qu’il est temps de quitter le navire, mais ça c’est une autre histoire. En tous les cas, les propos de Monsieur Bessent contribuent à affaiblir le greenback hier soir.

Résumons : l’ambiance se détend significativement en ce début de semaine, les traders gazouillent, tout un chacun se sent plus léger dans les salles de marchés. Attention toutefois à ne pas baisser la garde, on sait ce qu’il advient dans un tel cas. Le dossier du détroit d’Ormuz peut à tout moment ramener l’aversion au risque au premier plan, la Chine reste bien calme mais semble perdre patience à ce sujet et, qui sait, le Real pourrait gagner un match…

Le blocus du détroit d’Ormuz décidé par Donald Trump vise à asphyxier économiquement l’Iran en bloquant ses exportations de pétrole, tout en affirmant la puissance militaire américaine sur un point névralgique du commerce mondial. Mais cette offensive peut avoir des effets immédiats bien au-delà de Téhéran : flambée des prix du pétrole, perturbations du transport maritime et pression accrue sur l’économie mondiale, dont dépendent aussi bien la Chine que l’Europe. À court terme, l’Iran apparaît comme le plus fragilisé, privé de sa principale source de revenus. Toutefois, les États-Unis sont eux aussi exposés, car la hausse des prix de l’énergie alimente l’inflation et crée un risque politique interne. L’enjeu devient donc une épreuve d’endurance : un régime iranien autoritaire, habitué aux sanctions, pourrait tenir plus longtemps qu’une démocratie américaine où la pression des citoyens face au coût de la vie peut rapidement se retourner contre le pouvoir.

Au menu macro-économique de ce mardi, l’indice des prix à la production aux Etats-Unis à 14h30 et plein de discours de membres de la Fed (Goolsbee 18h15, Barr 18h45, Collins 19h). Christine Lagarde s’exprimera également, à 23h.

Les États-Unis et l’Iran discutent d’un nouveau cycle de négociations en face à face avant l’expiration du cessez-le-feu la semaine prochaine, selon l’agence Bloomberg. Un pétrolier sanctionné par les États-Unis et lié à la Chine traverse actuellement le détroit d’Ormuz, mettant à l’épreuve le blocus naval imposé par Donald Trump. Lors de la réunion du week-end, les États-Unis ont proposé une « suspension » de toute activité nucléaire pendant 20 ans, tandis que l’Iran a de nouveau avancé une proposition de gel pouvant aller jusqu’à cinq ans, rapporte le New York Times.

LVMH vigilant mais confiant après un premier trimestre en ligne avec les attentes. Le titre coté aux Etats-Unis a perdu 3,1% en réaction aux chiffres. Publicis confirme ses objectifs 2026 après le premier trimestre. Sika annonce un chiffre d'affaires trimestriel pénalisé par le conflit au Proche-Orient. La FDA étend l'homologation de Travere (Novartis) contre une maladie rénale rare. Le CEO de United Airlines, Scott Kirby, a soulevé l'hypothèse d'une fusion avec American Airlines lors d'un entretien avec Donald Trump fin février, selon Reuters. Booking confirme que des pirates ont accédé aux données de ses clients. Le Venezuela et Chevron vont procéder à un «échange d'actifs», selon Javier La Rosa, dirigeant de Chevron. Amazon serait proche d'un accord avec Globalstar pour concurrencer le réseau Starlink d'Elon Musk, révèle Bloomberg. Geely Automobile affirme que son nouveau système hybride surpassera l'efficience des véhicules japonais.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo progresse de 2,43% à la cloche, Hong Kong gagne 0,74%, Shanghai monte de 0,95%, Séoul s’adjuge 2,74% et le Nifty50 est fermé. Le future SPX est en légère hausse pendant que l’Europe traite en progression de près de 1% dans les premiers échanges.

Ja està dit! Si un miracle se produit ce soir, demain je vous fais l’actu en Catalan…

A lire aussi...