La semaine passée permet au sentiment du marché de reprendre son souffle. L’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines entre les Etats-Unis et l’Iran, suivie de négociations prévues au Pakistan durant le weekend, déclenchent un net rebond des principaux indices, accompagné d’un repli du cours de l’or noir ainsi que du dollar, pendant que l’or retrouve ses esprits et que les rendements obligataires se détendent un chouia. Il n’en fallait pas plus à la volatilité pour redescendre faire une sieste à la cave, le VIX rend 20% sur la semaine et repasse en-dessous du niveau de 20.
Techniquement, l’indice S&P500 (SPX) est solidement de retour dans son canal haussier, il en profite pour casser sa moyenne mobile à 200 jours, bel effort à souligner. En revanche la formation d’une death cross à moins d’une semaine menace toujours. Les volumes d’échanges restent faibles et vendredi le breadth (l’écart entre les titres clôturant en hausse par rapport à ceux en baisse) est franchement déplorable, pendant que l’indice S&P500 équipondéré (SPW) perd 0,75% alors que le SPX n’abandonne que 0,11%. C’est donc le sourcil relevé que l’on se tourne vers les géants de la tech, qui masquent la pression vendeuse vendredi en réalisant une fort belle séance. Microsoft et Alphabet mises à part (elles boudent), la joyeuse bande des mastodontes de la cote tire toute la cote ou presque vers le haut. Voyez le secteur des semi-conducteurs (SOX) qui réalise un second record historique consécutif à la cloche, avec Nvidia (NVDA +2,57%) qui montre le chemin à tout le peloton. Le baobab technologique masque donc une forêt nettement vendeuse, qui fait un peu comme d’habitude, soit alléger le risque en fin de semaine, deux jours fermés dans le contexte actuel relèvent du risque que le plus grand nombre ne souhaite manifestement pas prendre. Techniquement le Nasdaq100 (NDX) se comporte comme le SPX à la différence près que sa death cross est imminente.
Ce fort rebond des indices boursiers observé la semaine dernière semble davantage lié à un rachat de positions baissières (short squeeze) qu’à un véritable retour durable de l’appétit pour le risque. L’espoir généré par l’annonce d’un cessez-le-feu semble quasiment évaporé ce matin, les nouvelles ne sont pas encourageantes, les négociations d’Islamabad ont échoué et la situation à Ormuz ne se débloque pas, bien au contraire. Le contexte fondamental reste fragile, les prix du pétrole demeurent élevés, ils évoluent nettement au-dessus des niveaux d’avant crise, en raison de perturbations durables de l’offre (logistique, stocks faibles, tensions dans le Golfe). Cela limite le potentiel de hausse des actions et entretient des pressions inflationnistes.
Par ailleurs, les investisseurs particuliers adoptent une attitude défensive, vendant lors des rebonds plutôt qu’achetant les baisses, tandis que les perspectives économiques et de résultats d’entreprises restent incertaines, notamment en fonction de l’évolution du conflit et des taux d’intérêt. À ce sujet c’est aujourd’hui que débute la saison une des résultats de sociétés 2026, Goldman Sachs coupe le ruban à l’heure de notre déjeuner, on va suivre cela de très près, les attentes des analystes sont plutôt élevées, elles ne prévoyaient pas une guerre entre Etats-Unis et Iran. Gardons aussi à l’esprit que le marché est en phase de repositionnement plutôt que dans une dynamique claire de prise de risque. L’évolution dépendra surtout d’un facteur clé : la normalisation (ou non) du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz, qui influencera les prix du pétrole, l’inflation et les taux. À cela s’ajoutent d’autres sources de risque, comme les tensions sur le crédit privé et les effets de l’intelligence artificielle, qui provoquent de forts mouvements sectoriels (hausse des semi-conducteurs, pression sur les logiciels) et peuvent accentuer l’instabilité des marchés.
On l’aura compris, comme le dit Florentino Perez plus ou moins tous les jours: «c’est pas gagné…».
Au chapitre obligataire, ce matin le rendement du 10 ans US remonte à 4.,34%, la hausse du pétrole de 7% (le baril de WTI Light Crude est de retour à 103,15 dollars) est une mauvaise nouvelle pour le plus grand nombre, pendant que le dollar retrouve des couleurs, la paire EUR/USD revient à 1,1687, elle se bat toujours comme une chiffonnière avec ses trois moyennes mobiles en même temps. L’or recule ce matin, pénalisé par la hausse des rendements obligataires et le regain de forme du billet vert, l’once traite à 4728 dollars, sa 100 jours évolue à 4685 dollars.
C’est bien connu, les mauvaises nouvelles volent en escadrille. Si l’on prend le temps de décortiquer la macro de fin de semaine passée, on ne peut que se dire que l’inéluctable est en train de se produire sous nos yeux et aussi dans le déni le plus total de la Maison-Blanche. Vendredi est publié l’indice CPI (Consumer Price Index) aux Etats-Unis, qui nous révèle que l’inflation atteint 3,3% sur un an et 0,9% sur un mois en mars, soit sa plus forte progression mensuelle depuis 2022. Le prix de l’essence explose (+21,2% en un mois) et dépasse désormais 4,2 dollars le gallon, tandis que le diesel grimpe encore davantage. Cette flambée touche aussi certains produits alimentaires, notamment les produits frais. Cette situation pèse lourdement sur les ménages et la confiance des consommateurs, qui chute de 11% pour atteindre son plus bas niveau depuis 1952. Tous les profils sont touchés et beaucoup d’Américains attribuent cette dégradation économique au conflit avec l’Iran. Concrètement, les comportements changent: certains réduisent leurs déplacements, privilégient les transports publics, limitent leurs loisirs ou adaptent leur consommation en se tournant vers des produits moins chers. Malgré ces tensions, la Maison-Blanche estime que le choc sera temporaire et continue de défendre sa politique économique. Donald Trump attribue la hausse des prix de l’énergie aux actions de l’Iran, sans proposer de solution immédiate. Globalement, la hausse des coûts de l’énergie se diffuse à l’ensemble de l’économie, affectant le pouvoir d’achat, les transports et les prix des biens, dans un pays particulièrement dépendant de la voiture et du transport routier.
Donald Trump ordonne un blocus naval complet du détroit d’Ormuz à la suite de l’échec des négociations avec l’Iran ce week-end. Les navires ne faisant pas escale dans la République islamique sont autorisés à passer. Téhéran avertit que tout navire militaire s’approchant du détroit «sous quelque prétexte que ce soit» est considéré comme une violation du cessez-le-feu. Le président des Etats-Unis déclare qu’il ne se soucie pas de savoir si l’Iran reviendra ou non à la table des négociations.
Cette semaine, en plus des trimestriels de Goldman Sachs nous aurons notamment droit à ceux de LVMH (ce soir), AMSL, Publicis, Kering, Ericsson, JP Morgan, Johnson&Johnson, Netflix, PepsiCo et Abbott.
Au menu macro-économique de ce lundi, les ventes de logements existants aux Etats-Unis au mois de mars, à 16h.
Partners Group réitère ses prévisions de collecte brute entre 26 et 32 milliards de dollars pour l'exercice 2026. Les pilotes Lufthansa appelés à la grève sur fond de litige relatif aux retraites. Tesla annonce le déploiement imminent de son système de conduite autonome aux Pays-Bas. Blackstone envisage une introduction en bourse de 2 milliards de dollars pour sa société d'acquisition de centres de données. McDonald's va intégrer des boissons énergisantes et des sodas artisanaux à ses menus, selon le WSJ. TSMC devrait enregistrer un quatrième trimestre consécutif de bénéfices records face à une demande insatiable en IA.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices se replient. Tokyo abandonne 0,74% à la cloche, Hong Kong recule de 1,2%, Shanghai égare 0,04%, Séoul se replie de 0,86% et le Nifty50 rend 0,98%. Le future SPX perd 0,6%, l’Europe ouvre en repli de 1,3%, grosse ambiance en ce lundi matin pluvieux, curieux de voir l’ouverture du VIX…