Le syndrome du mille-pattes est aussi connu sous le nom de loi de Humphrey qui stipule que prêter une attention consciente à une action faite sans y penser comme respirer, ou à une habitude acquise comme marcher, peut interférer avec la capacité à l’accomplir.
Sur les marchés financiers, le syndrome du mille-pattes s’oppose dans ses effets aux esprits animaux théorisés par Keynes. Le syndrome du mille-pattes est un détraqueur de tendance. Il affecte aujourd’hui les ménages américains en modifiant leur comportement d’investisseur. Le syndrome du mille-pattes traduit l’idée que l’effet de richesse induit par la hausse des marchés n’est plus perçu par les ménages comme un acquis aussi naturel que l’air que l’on respire. Le doute s’est installé.
C’est une mauvaise nouvelle au regard du rôle central joué par les particuliers dans la dynamique boursière depuis deux ans. On le mesure à l’importance prise par les flux retail dans le volume quotidien traité sur les marchés actions américains (18% au premier semestre 2025 selon JP Morgan et Jeffries); et surtout à la stratégie d’investissement dite «buying the dip» (achat sur repli) plébiscitée par les particuliers l’année dernière. Elle explique largement la puissance du rebond des marchés américains après «Liberation day».
La baisse de l’or, celles des valeurs technologiques et du Bitcoin ont plus fragilisé le bilan des particuliers que celui des investisseurs institutionnels.
Le syndrome du mille-pattes s’épanouit dans des environnements bien spécifiques. Le contexte américain marqué par dégradation du marché de l’emploi et la hausse de l’endettement des ménages constitue un terrain clairement favorable.
Sur l’emploi américain, le chiffre de janvier sorti très au-dessus des attentes (130’000 vs 35’000 attendus), masque une réalité plus sombre que traduit la très forte révision de nombre d’emplois créés sur toute l’année 2025. Avec une baisse de 1,029 millions, c’est la plus forte révision depuis 2009. Il n’y aura eu finalement que 181’000 emplois créés en 2025, ce qui est historiquement très faible pour une année d’expansion économique. La hausse de la productivité ne peut pas tout expliquer.
Sur l’endettement, le dernier rapport trimestriel de la Fed de New York sur la dette des ménages et le crédit confirme la poursuite de la hausse amorcée en 2023 des défauts de paiement à plus de 90 jours des particuliers («serious deliquencies») sur la plupart des postes suivis: student loan, credit card et auto loan notamment.
Le syndrome du mille pattes n’est pas la cause de la correction actuelle des marchés, mais il affaiblit considérablement leur potentiel de rebond. C’est un point clef dans un contexte boursier fragilisé par la prise de conscience du caractère disruptif de l’application de la technologie IA à de nombreux secteurs économiques. La baisse de l’or, celles des valeurs technologiques et du Bitcoin ont en effet plus fragilisé le bilan des particuliers que celui des investisseurs institutionnels. Moins exposés aux cryptos (le marché reste encore à 85% un marché retail), à la tech (baisse graduelle de l’exposition observée début 2025), ces derniers sont également entrés plus tôt sur l’or (2023 «et 2024 pour les banques centrales, contre mi-2025 pour les particuliers).