- En 2025, les volumes mondiaux de buyouts et d’exits atteignent leur deuxième niveau le plus élevé de tous les temps.
- Le volume des buyouts en Europe germanophone, la Suisse comprise, a plus que doublé – les quatre plus importantes transactions européennes de l’année ont été réalisées en Allemagne.
- Les distributions aux investisseurs restent toutefois limitées, ce qui entraîne un nouveau recul des levées de fonds mondiales dans le segment des buyouts.
- «12 is the new 5»: Bain formule une nouvelle règle empirique pour la croissance nécessaire des entreprises en portefeuille.
Le private equity retrouve de l’élan à l’échelle mondiale. En 2025, l’activité transactionnelle s’est nettement redressée, aussi bien du côté des nouvelles acquisitions que des cessions de participations existantes. Les volumes mondiaux de buyouts et d’exits ont chacun atteint leur deuxième plus haut niveau historique. Après trois années de relative atonie, cette évolution marque un véritable point d’inflexion. C’est ce que souligne la 17e édition du «Global Private Equity Report» publiée par le cabinet international de conseil en stratégie Bain & Company. Selon l’étude, la dynamique enregistrée en 2025 jette les bases d’une reprise durable pour l’année en cours et au-delà.
32'000 participations encore en portefeuille, pour 3800 milliards de dollars
Cette reprise ne doit toutefois rien au hasard. La concurrence pour l’accès au capital s’intensifie et les investisseurs exigent des rendements élevés. Parallèlement, le secteur du private equity – à l’image de l’économie mondiale – est confronté à de profonds bouleversements géopolitiques et technologiques. Malgré l’amélioration du marché des transactions, les retours aux investisseurs demeurent historiquement faibles.
À l’échelle mondiale, les fonds détiennent aujourd’hui environ 32'000 participations non cédées, représentant une valeur totale de 3800 milliards de dollars. La durée moyenne de détention des participations atteint désormais sept ans, contre cinq à six ans dans les années 2010 – signe d’un ralentissement des cycles de sortie.
Claudia Bianchi, associée chez Bain & Company, coautrice du rapport et responsable de la pratique Private Equity en Suisse, estime que le secteur se trouve à un moment charnière: «Les conditions pour de nouveaux investissements et des exits s’améliorent par rapport aux dernières années, grâce à la baisse des taux d’intérêt et à une conjoncture robuste dans de nombreux pays. Néanmoins, l’allongement des périodes de détention et l’insuffisance des distributions aux investisseurs rendent la levée de nouveaux fonds plus complexe que jamais. Pour réussir demain, les fonds devront renforcer de manière systématique et structurée leur capacité de création de valeur.»
Les méga-deals propulsent une hausse de 44% des volumes de buyouts
En 2025, les fonds de buyout ont su tirer parti de l’amélioration du contexte de marché pour accélérer leurs investissements. Selon le rapport, le volume mondial des opérations de buyout (hors acquisitions complémentaires) a progressé de 44%, atteignant environ 904 milliards de dollars.
Cette forte croissance s’explique en grande partie par quelques mégatransactions, notamment l’opération publique-privée d’Electronic Arts, d’un montant proche de 57 milliards de dollars – la plus importante transaction de buyout jamais réalisée. Au total, treize opérations ont dépassé les 10 milliards de dollars, dont onze aux États-Unis. En Europe, la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche se sont particulièrement distinguées: le volume des buyouts y a bondi de 136%, pour atteindre environ 61 milliards de dollars. Les quatre plus grandes transactions européennes de l’année ont toutes concerné l’Allemagne.
L’activité de cession a également connu un net rebond. En 2025, le volume mondial des exits d’entreprises financées par des buyouts a atteint environ 717 milliards de dollars, soit une hausse de 47% par rapport à l’année précédente. Là encore, quelques grandes opérations ont concentré une part significative du marché: sept méga-exits de plus de 10 milliards de dollars ont représenté à eux seuls plus de 20% du volume total. En revanche, le nombre total d’exits a légèrement diminué.
Des levées de fonds toujours sous pression
La progression limitée du nombre d’exits a freiné les distributions aux investisseurs, qui sont restées inférieures aux attentes. Dans ce contexte, la levée de fonds continue de ralentir. En 2025, les fonds de buyout ont collecté environ 395 milliards de dollars de nouveaux capitaux, soit une baisse de 16% par rapport à l’année précédente. Le nombre de nouveaux fonds lancés a reculé de 18%, marquant une quatrième année consécutive de diminution.
Les investisseurs privilégient désormais les acteurs établis, capables d’afficher de manière constante des performances de premier quartile. «Le private equity est arrivé à maturité. Comme toute industrie mature soumise à une forte pression concurrentielle, il doit désormais répondre à des attentes nettement plus élevées de la part de ses investisseurs», observe Bianchi. «Les investisseurs recherchent des stratégies claires, différenciées et reproductibles, capables de générer durablement des rendements de premier plan. Le levier clé reste une croissance robuste de l’EBITDA des entreprises en portefeuille.»
Une nouvelle équation du rendement: «12 is the new 5»
Fort de son expérience dans de nombreux projets de private equity, Bain & Company résume l’évolution du modèle de création de valeur par une formule: «12 is the new 5».
Durant la «décennie dorée» des années 2010, une croissance annuelle moyenne de l’EBITDA d’environ 5% suffisait pour générer des rendements attractifs. Les taux d’intérêt étaient faibles, l’effet de levier élevé et les multiples de valorisation en hausse. Aujourd’hui, les coûts de financement se situent entre 8 et 9%, l’accès à la dette est plus restreint et les multiples demeurent à des niveaux élevés. Dans ce nouvel environnement, une croissance annuelle moyenne de 10 à 12% de l’EBITDA sera nécessaire pour atteindre des rendements comparables.
«La création de valeur repose désormais bien davantage sur l’excellence opérationnelle, la croissance des revenus et la transformation stratégique des entreprises en portefeuille», souligne Bianchi. Les fonds qui réussiront seront ceux qui feront de la génération d’alpha une compétence centrale, en misant sur la spécialisation, la différenciation et des modèles décisionnels fondés sur les données.
Sa conclusion est claire: «Les meilleurs fonds continueront à surperformer et à convaincre les investisseurs. Mais ils devront faire preuve d’une clarté stratégique accrue, d’une capacité d’exécution irréprochable et d’une discipline rigoureuse dans la création de valeur pour s’imposer durablement dans ce nouvel environnement.»
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