Edmond de Rothschild AM investit dans son expansion géographique

Emmanuel Garessus

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Christophe Caspar, CEO d’Edmond de Rothschild AM, investira aussi dans les marchés privés et, avec des ETF actifs, dans la gestion quantitative.

 

Edmond de Rothschild Asset Management a annoncé mercredi une cinquième année consécutive de collecte nette positive qui amène les actifs sous gestion à 107 milliards d’euros. En 2025, la collecte atteint 5,4 milliards d’euros et sur cinq ans 17,5 milliards. Le groupe souligne une collecte diversifiée entre les classes d’actifs et les régions géographiques. Il note une orientation des flux aux deux tiers vers les titres cotés et un tiers vers le non coté.

L’année 2026 sera, selon le communiqué, celle du lancement de nouvelles stratégies quantitatives. Christophe Caspar, CEO d’Edmond de Rothschild AM, répond aux questions d’Allnews sur sa stratégie, les résultats 2025 et les perspectives de la gestion d’actifs d’Edmond de Rothschild:

Quels sont les moteurs de votre croissance?

Avec 5,5 milliards de collecte nette, l’exercice 2025 a été l’une des meilleures des cinq dernières années. Les deux tiers de la collecte proviennent des marchés cotés (actions, obligations) et un tiers des marchés privés. Nous profitons d’une croissance équilibrée en termes de classes d’actifs, en 2025 principalement grâce aux actifs cotés après des années plus favorables aux marchés privés. La récolte de 1,7 milliard d’euros dans le non coté est très satisfaisante dans un contexte difficile. Sur le plan géographique, les collectes sont assez diversifiées, notamment grâce à la France, l’Italie, l’Espagne et le Japon.

Quel a été votre développement en Suisse?

La collecte est positive en Suisse mais en retrait par rapport aux années précédentes. Une de nos stratégies porte ici sur l’un de nos fleurons, la stratégie BRIDGE en dette privée d’infrastructures, laquelle dépend des gains de gros mandats. Dans cette classe d’actifs, nous faisons partie du Top 5 en Europe et du Top 10 mondial. Les investissements en infrastructures appartiennent à nos expertises clés.

Quel est votre objectif de croissance dans l’asset management?

L’objectif est de faire de la gestion de qualité avec de bonnes performances et de croître plus vite que le marché, lequel croît à un rythme de 2 à 2,5%. Nous avons donc clairement gagné des parts de marché par rapport à notre concurrence.

«Avec 5,5 milliards de collecte nette, l’exercice 2025 a été l’une des meilleures des cinq dernières années..»

Edmond de Rothschild AM  s’est profilé dans la gestion de conviction avec des stratégies spécialisées qui ont pour but de créer de la valeur au-delà des indices de référence. Nous n’avons pas du tout de gestion passive et la gestion monétaire est réservée à notre clientèle privée.

Malgré le vent contraire qu’affronte la gestion active, nous faisons le choix de stratégies spécialisées et différenciées qui nous ont permis d’enregistrer 17 milliards de collecte sur cinq ans.

Quelle est votre rentabilité dans l’asset management?

Notre bénéfice a augmenté de plus de 30% en 2025 et il a nettement dépassé nos objectifs budgétés. Nos résultats sont solides et résilients. Depuis deux ou trois ans, les marchés cotés ont pris le relais des marchés privés en ce qui concerne la collecte.

Au moment où Schroders est racheté par Nuveen, quelle est la place d’Edmond de Rothschild AM dans la gestion d’actifs?

Comme CEO de cette activité depuis 7 ans, la question m’a souvent été posée sur notre place en tant que gérant de taille moyenne, avec quelque 107 milliards. Nos résultats démontrent notre capacité à présenter de très bons résultats: 17 milliards collectés en gestion purement active en 5 ans et une croissance deux à trois fois supérieure à l’industrie.

Mais des conditions sont nécessaires pour y parvenir. Nous devons être très ciblés et très performants dans nos domaines de compétence. Cela signifie que nous devons offrir une bonne performance et une qualité de service de pointe ainsi que d’être innovant avec des équipes motivées à l’affût de nouvelles activités.

Nous ne voulons pas multiplier le nombre de nouveaux fonds mais être spécifiques. La stratégie de dette Corporate hybride a été lancée il y a trois ans et atteint plus d’un milliard d’euros en trois ans si bien que nous sommes les deuxièmes les plus grands au monde sur ce segment.

Sur le plan géographique, nous avons décidé d’investir significativement dans de nouveaux recrutements en 2025 en Allemagne, en Belgique, dans les pays scandinaves et dans les marchés privés, où nous venons d’engager Anne-Laurence Roucher pour diriger cette activité qui gère 25 milliards.

Dans le cadre du recentrage, quels fonds avez-vous supprimé?

A mon arrivée, ma première mission a été de définir nos activités de base et celles dont nous allions nous séparer. Nous sommes passés de 100 fonds ouverts à 35. Nous avons arrêté ou fusionné des stratégies qui ne répondaient pas à nos critères en parvenant à poursuivre notre croissance. Il en a résulté des tailles de fonds supérieures et la mise en place des bonnes équipes. Chacun sait que la taille attire la taille.

«Avec notre taille moyenne, le nerf de la guerre consiste à bénéficier de plusieurs stratégies clés qui fonctionnent très bien.»

Nous disposons ainsi de plusieurs fonds au-dessus de 1 milliards de francs aujourd’hui. Le fonds Big Data en actions globales utilise la Data comme thème transversal sans être purement technologique. Lancé il y a plus de 10 ans, il atteint plus de 3 milliards. Avec notre taille moyenne, le nerf de la guerre consiste à bénéficier de plusieurs stratégies clés qui fonctionnent très bien plutôt que de risquer un effet de dispersion.

Est-ce que Big Data est votre plus important fonds en actions?

Oui. Outre le fonds Big Data, nous avons un fonds de dette financière subordonnée, avec 2,6 milliards d’euros, un fonds de dette Corporate hybride, au-delà du milliard, et un autre fonds obligataire supérieur au milliard.

Nous nous concentrons sur une trentaine de fonds au sein d’une poignée de stratégies. Par exemple, au sein de la stratégie d’actions européennes, nous avons aussi bien des petites et moyennes capitalisations qu’un fonds européen ex-UK et un fonds pan-européen.

Nous avons lancé un nouveau fonds en 2025 appelé Mission Europa portant sur une thématique à long terme, celle de la souveraineté européenne.

En termes de performance, combien de fonds sont dans le premier quartile?

Environ 70% de nos fonds figurent dans les premier et deuxième quartiles sur trois ans, la période la plus adaptée aux objectifs des institutionnels.

Quel est le rôle des partenariats dans votre stratégie?

Nos partenariats sont noués essentiellement en dehors de l’Europe et visent à tirer profit de la notoriété de notre marque. Ils s’inscrivent aussi dans notre stratégie de recentrage. Nous ne voulons pas multiplier le nombre de bureaux de représentation, donc les partenariats font du sens.

Nous avons un partenariat au Japon depuis plus de 20 ans avec Nikko Securities qui nous permet de distribuer nos fonds à 140'000 Japonais, un autre en Amérique latin, avec SURA Investment management, et, depuis 2025, au Luxembourg, avec la banque étatique Spuerkeess.

Dans quel axe stratégique investissez-vous principalement en 2026?

Le premier axe de croissance porte sur l’expansion géographique. Nous avons renforcé nos équipes de vente en Allemagne, dans les pays scandinaves, en Italie et nous nous apprêtons à renforcer la Belgique. Ensuite, nous voulons davantage vendre dans des réseaux de distribution à travers des conseillers (IFAs et CGP).

«L’objectif est de lancer des ETF actifs basés sur cette gestion quantitative à la fin de l’année ou en 2027.»

Au niveau des produits, nous voulons encore développer notre plateforme de marchés privés avec l’arrivée d’Anne-Laurence Roucher en tant que Responsable. Et nous avons acquis, en novembre dernier, une équipe de gestion quantitative Actions de trois experts -deux de plus nous rejoindront bientôt-, qui complétera notre offre. Cette équipe mettra à profit les techniques du machine-learning pour la gestion de portefeuille pour les institutionnels. L’objectif est de lancer des ETF actifs basés sur cette gestion quantitative à la fin de l’année ou en 2027.

Est-ce un pas vers la gestion passive et les ETF?

Nous voulons investir dans des ETF actifs et non dans la gestion passive. L’ETF est l’enveloppe destinée à une stratégie de risque modéré. Nous gardons la gestion satellite spécialisée telle que Big Data, dette Corporate hybride, en la complétant avec une gestion Core quantitative que nous déclinerons avec différents types de véhicules, UCITS ou mandats ou ETF actifs.

Quels sont vos objectifs d’ici 5 ans avec ce nouvel axe de développement dans les ETF quantitatifs?

Nous voulons collecter plus de 5 milliards d’euros d’ici 5 ans.

Est-ce qu’en raison des difficultés actuelles des marchés privés, nous assistons à la fin de leur démocratisation?

Effectivement, l’environnement s’est durci. Mais dans le private equity nous sommes concentrés sur les petites et moyennes capitalisations dans ce domaine précis, avec souvent un angle impact. Malgré tout, nous avons levé un demi milliard en 2025 dans les marchés privés sur un total de 4,5 milliards dans le private equity. Notre résultat reste positif. Et nous sommes parvenus à effectuer des Exits à des multiples intéressants, de 3 à 5 fois la mise originale.

Nous pensons que la demande est bien présente sur les marchés privés, mais il faut y répondre de façon intelligente.

Quelle est votre réponse aux interrogations sur les stratégies 60/40?

Depuis plus de 20 ans, le portefeuille ne se limite plus aux actions et aux obligations, mais il intègre des actifs réels tels que les l’immobilier coté, les infrastructures, les métaux précieux. L’annonce d’un changement de paradigme total revient chaque année. Il y a trois ans, la Chine était par exemple devenue non investissable. Puis elle est revenue dans les benchmarks.

Le 60/40 reste une allocation à long terme qui garde son sens, qui n’est qu’ajustée légèrement chaque année. Les meilleures performances de la gestion diversifiée viennent des stratégies qui procèdent au rééquilibrage régulier d’une allocation stratégique. J’y ajouterais une partie non cotée pour un client à même d’accepter de l’illiquidité à travers des marchés privés.

Quelles sont les dernières tendances de la demande d’investissement?

Nous pensons que les marchés émergents disposent d’un bon potentiel tant en actions qu’en obligations. Dans les actions européennes, nous aimons bien les capitalisations moyennes.

Le thème de la souveraineté nous paraît très important. Il dépasse la seule notion de défense, et s’étend aux infrastructures, au digital et au «near-shoring». Avant le covid, nous avions lancé un fonds sur l’immobilier industriel qui reste un thème d’avenir pour répondre au besoin d’entrepôts de taille moyenne près des villes.

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