Le discours d’hier du président des Etats-Unis au WEF est très attendu. Les inquiétudes sont palpables avant l’intervention, au final on retient un renoncement partiel aux prétentions territoriales des Etats-Unis sur le Groenland ainsi qu’aux surtaxes douanières annoncées la semaine passée par le locataire de la Maison-Blanche, moyennant un accord-cadre satisfaisant avec l’Otan.
La Maison-Blanche ne commente pas les détails du cadre de négociation envisagé sur le Groenland et indique que son périmètre n’est pas encore définitivement arrêté. Selon la porte-parole Karoline Leavitt, si un accord aboutit, les États-Unis atteindront leurs objectifs stratégiques concernant le Groenland à très faible coût et de manière durable. Hier Donald Trump précise qu’il n’utilisera pas la force militaire pour prendre le contrôle du Groenland. Ce revirement soulage les dirigeants européens, qui redoutaient une escalade commerciale et une confrontation avec Washington susceptible de fragiliser l’OTAN. Le week-end précédent, Trump menaçait d’imposer des droits de douane de 10% à huit pays dès le mois suivant, puis de 25% en juin, si aucun accord sur le Groenland n’était trouvé. Hier soir il annonce suspendre ces tarifs afin de permettre à ses principaux conseillers de négocier. Le ministre danois des Affaires étrangères salue cette évolution et estime que la journée se termine mieux qu’elle n’a commencé. Des pistes de compromis émergent, notamment un accès américain aux ressources minières et à des terrains destinés à des bases militaires.
Trump et le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, discutent de l’importance stratégique de la sécurité dans l’Arctique. Les échanges portent sur une coopération renforcée entre alliés, tandis que des négociations plus ciblées entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis visent à empêcher toute implantation économique ou militaire de la Russie ou de la Chine au Groenland.
Les «bonds vigilantes» prennent acte de ces annonces et se détendent un chouia. Si l’on agrège les classes d’actifs actions, obligations d’entreprises, bons du Trésor US et Bitcoin, le rebond d’hier s’élève à 0.8% contre une perte de 2.6% la veille, le compte n’y est donc pas encore, le marché est trop peu naïf pour se contenter de ce qui fut dit hier, mais l’on peut dire aujourd’hui que l’hémorragie, pour autant qu’il y en eut une, est désormais contenue, mais le patient ne quitte pas encore les soins intensifs, le marché reste en mode «observation».
Le rendement du 10 ans US, qui évoluait à 4.31 le 20 janvier, est de retour ce matin à 4.24%, juste un tick au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours, techniquement cela devient très intéressant. Avant de la traverser vers le haut comme du beurre il y a trois jours, la 200 dma l’avait tenu en respect depuis le 31 juillet. Va-t-il du coup parvenir à retraverser cette moyenne mobile apparemment bien solide? L’avenir devrait probablement répondre à cette question, dans l’intervalle on se concentre sur les actions et un indice S&P500 (SPX) qui récupère sa 50 jours hier, son podium du jour est composé de l’énergie, des materials et de la santé. Le breadth du jour est nettement positif, les volumes de trading en hausse et le SPW (le S&P500 équipondéré) surperforme l’original en gagnant 1.67% sur la journée, un signe que la pression acheteuse est générale hier.
Voyez aussi le secteur des semi-conducteurs qui s’offre une superbe journée, bien aidé par le discours du patron de Nvidia Jensen Huang, pour une fois pas le plus médiatisé du jour et qui nous ressert le discours habituel en expliquant que l’intelligence artificielle représente la plus grande vague d’investissements en infrastructures de l’histoire, comparable à l’électricité ou à Internet. Selon lui, ce n’est pas une bulle mais un changement de plateforme durable, nécessitant des milliers de milliards de dollars dans l’énergie, les puces, les centres de données et les applications, et créant beaucoup d’emplois concrets. Il appelle enfin les pays, notamment en Europe, à considérer l’IA comme une infrastructure stratégique nationale et à développer leurs propres capacités.
Je note d’ailleurs que le Nasdaq100 (NDX) rebondit pile sur sa 100 jours (@24'997 pts), clôture à 25'326 pts. La 100 jours est en train de devenir un support solide.
Les petites capitalisations sont aussi activement recherchées hier, l’indice Russell2000 (RTY) atteint un nouveau record historique en clôture, et dire qu’il est à peine suracheté.
On se penche sur la macro du jour. L’audience de la Cour suprême (SCOTUS) concernant la gouverneure de la Réserve fédérale Lisa Cook montre que de nombreux juges expriment un certain scepticisme quant à la solidité du dossier et à l’urgence avancée par l’administration, tout en faisant part de leurs inquiétudes sur l’indépendance de la Fed. Le ton général est globalement conforme aux attentes. À noter que la Fed entre dans une période de réserve («quiet period») avant la réunion du FOMC de janvier prévue la semaine prochaine. Par ailleurs, Scott Bessent indique que le choix de Donald Trump pour la Fed pourrait être annoncé dès la semaine prochaine. Trump déclare à CNBC qu’il hésite encore entre «trois candidats», tout en laissant entendre qu’il a déjà arrêté son choix. Les promesses de ventes de logements en décembre reculent de 9,3% sur un mois, ce qui constitue la plus forte baisse depuis avril 2020. Les dépenses de construction pour le mois d’octobre, en revanche, dépassent les attentes. L’adjudication d’hier porte sur 13 milliards de dollars d’obligations du Trésor américain à 20 ans et se déroule à un rendement inférieur de 1 point de base au taux attendu, signe d’une bonne demande. Aujourd’hui sont publiées la troisième estimation du PIB du troisième trimestre, le rapport sur les dépenses et les revenus des ménages, incluant l’inflation PCE, pour octobre et novembre, ainsi que les inscriptions hebdomadaires au chômage. Demain ce sera le tour des indices PMI «flash» de S&P Global pour les États-Unis et les chiffres définitifs de janvier de l’enquête de l’Université du Michigan sur le moral des consommateurs et leurs anticipations d’inflation.
Le Wall Street Journal publie un article en exclusivité expliquant que l’administration américaine cherche activement à provoquer un changement de régime à Cuba d’ici la fin de l’année, encouragée par l’éviction du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro. Elle tente d’identifier des responsables cubains prêts à négocier une sortie du communisme, estimant que l’économie de l’île est proche de l’effondrement après la perte du soutien vénézuélien. Washington accroît la pression par des menaces économiques, la coupure de l’approvisionnement en pétrole et des sanctions visant les missions médicales cubaines à l’étranger, tout en laissant entrevoir une possibilité d’accord. Mais les obstacles sont nombreux: le régime reste solidement répressif, sans opposition structurée, et La Havane rejette toute négociation sous contrainte, malgré une situation économique et sociale très dégradée (source: WSJ).
L’or marque une pause. L’once revient de 4888$ hier à son plus haut à 4825$ ce matin, le temps est propice à faire un point sur cette classe d’actifs au comportement récent ô combien surprenant. Les investisseurs, inquiets de la baisse des rendements obligataires, des valorisations boursières élevées, des tensions géopolitiques et des pressions politiques sur la Fed, se ruent vers l’or comme valeur refuge. Après avoir dépassé 4’000 dollars l’once il y a trois mois, son prix se rapproche désormais des 5’000 dollars. Cette hausse est portée par la crainte d’une dévalorisation des monnaies, la baisse des taux qui rend l’or plus attractif face aux obligations et aux placements monétaires, les achats massifs des banques centrales cherchant à diversifier leurs réserves et à réduire leur dépendance au dollar, ainsi que par la nervosité liée à des marchés actions jugés très chers, notamment dans la technologie. À cela s’ajoute un effet de momentum, les fortes hausses de l’or ayant historiquement tendance à se prolonger.
Volkswagen a généré un flux de trésorerie net d'environ 6 milliards d'euros dans sa division automobile en 2025, un peu plus que prévu. Le Congrès est sur le point d'obtenir le pouvoir d'examiner l'export de puces d'IA vers la Chine, ce qui contrarierait les projets de la Maison-Blanche, notamment au sujet des H200 de Nvidia. Apple va tenter à nouveau de faire de Siri une vraie IA. Le groupe développerait par ailleurs une broche portable dotée d'une intelligence artificielle, selon The Information. Meta généralise les publicités sur Threads, sa plateforme rivale de X.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices saluent poliment les nouvelles en provenance de Davos. Tokyo gagne 1.73% à la cloche, même le rendement du 10 ans JBG se détend. Hong Kong grappille 0.17%, Shanghai fait pareil avec +0.14%, Séoul prend 0.87% et le Nifty50 avance de 0.26%. Une joie toute mesurée donc sur ce continent, sauf peut-être à Tokyo. Le Future SPX récupère 0.5%, l’Europe ouvre en hausse de 1%, ça va mieux sur les parquets de trading en ce jeudi matin radieux à Genève (le brouillard et la pluie ne sont que des vues de l’esprit).