Depuis pile un an il gesticule, menace, aboie et fait des ravages à plus ou moins tous les étages. Et dans ce bourbier géopolitico-économico de moins en moins lisible, la caravane boursière, placide, poursuit son chemin vers le nord (avec un gros trou d’air début d’avril lors de la présentation de ses tarifs douaniers). Donald Trump semble en orbite, inarrêtable, il attaque tous azimuts, ce matin on apprend qu’il menace de taxer le champagne français à hauteur de 200% au prétexte que le vilain petit Emmanuel ne voudrait pas rejoindre son Conseil de la paix pour Gaza que le président des Etats-Unis voudrait officialiser après-demain, à Davos. Mais restons concentrés sur le marché qui, jusqu’à ce weekend poursuivait sa croisière en s’amusant des frasques du grand blond.
Depuis hier les nuages s’amoncellent au-dessus du sentiment général. La raison? Les gardiens du temps obligataire commencent à perdre patience à nouveau. Cela s’est produit deux fois depuis son retour aux affaires, à chaque occasion il a été forcé de rétropédaler fissa. Donald Trump comprend parfaitement le langage de l’argent, ce matin il semble bien que les «bonds vigilantes» aient décidé de le rappeler une nouvelle fois à l’ordre, voyons de quoi il retourne.
Rappelons en préambule que le marché obligataire est déjà aux aguets depuis un bon petit moment, l’indépendance de la Fed est remise en question, une catastrophe potentielle pour les intervenants qui détestent l’idée que les politiques mettent leur nez inexpérimenté dans leurs affaires. Ajoutez à cela un nouveau narratif totalement impensable il y a encore quelques mois, l’Europe commence à se dresser face aux Etats-Unis dans le dossier du Groenland, Trump est parvenu à se mettre à dos un de ses plus importants créanciers. La demande pour la dette des Etats-Unis diminue rapidement depuis hier, cela a pour effet de faire remonter son rendement et donc son coût. Corollaire, le paysage budgétaire va se dégrader encore un peu plus, un phénomène qui peut très rapidement se transformer en boule de neige et, dans le pire des cas provoquer une crise de liquidités, comme à la fin 2008. Nous n’en sommes pas encore là, loin de là, en revanche il est indiscutable que le marché obligataire fronce les sourcils comme rarement, gardons aussi en tête que l’on attend encore et toujours la décision de la Cour suprême des Etats-Unis au sujet de la légalité des droits de douane déjà en place. Le dossier Lisa Cook n’est lui aussi pas tranché. Bref, c’est un bazar rare que Donald Trump a créé, on se rassure un peu en se souvenant que seul le marché obligataire est parvenu à le mettre au pas depuis son retour aux affaires.
La pression vendeuse a fait un retour remarqué depuis vendredi après-midi, lorsque le président américain a menacé d’ajouter 10% de taxes douanières aux pays qui lui mettent des bâtons dans les roues dans son projet d’annexer le Groenland. Et dire que les Pays-Bas y ont envoyé 1 soldat, ça fait cher le militaire…Les bons du Trésor sont vendus, le rendement du 10 ans US est passé de 4,13% vendredi à 4,28% ce matin, un mouvement puissant. Techniquement le niveau de 4.20% était important, la 200 jours se situe actuellement à 4.23%, elle aussi est désormais dans le rétroviseur du marché, le niveau de 4,40% semble tendre les bras aux intervenants, c’est là le principal indicateur à suivre ces prochains jours.
Wall Street n’a pas le loisir de profiter du basculement du sentiment général vers le côté obscur hier, c’est jour de congé aux Etats-Unis qui se souviennent du pasteur King. En revanche point de congé en Europe, qui se prend la lame vendeuse en pleine figure. L’Eurostoxx 50 baisse de 1,72%, le DAX allemand 1,34%, le CAC40 français 1,78%, le SMI 1,02%. Les secteurs les plus touchés sont la tech, la consommation discrétionnaire et les industrielles. L’unique secteur capable de terminer sa journée dans le vert est celui des services de communication.
Côté monnaies on donne le dollar à qui en veut encore, même l’euro, principal concerné, repart à la hausse contre le billet vert, la paire EUR/USD revient à 1,1697, elle casse en ce moment-même sa 100 jours (@1,1665). à la BNS on n’envisage probablement pas de sabrer le champagne ces prochains jours, le franc est en forme olympique, ô surprise, il est de retour à 0,7927 contre le greenback et 0,9271 contre l’euro, son chart reprendre à s’y méprendre à une via ferrata, restez bien accrochés.
Cela ne surprendra personne de constater que l’or traite à 4720 dollars l’once ce matin, un record. L’argent n’est pas en reste, qui atteint 94,67 dollars l’once, là encore un niveau inexploré.
Les futures américains d’actions font grise mine, le S&P500 (SPX) indique un repli de 1,5% à l’ouverture de 15h30, côté Nasdaq100 (NDX) c’est actuellement 1,7%. L’Europe ouvre en repli de 0,5%, l’aversion au risque est bel et bien de retour sur les marchés, les ours probablement aussi.
C’est donc naturellement que l’on se tourne vers les indicateurs de volatilité, VIX en tête, qui est un lève-tôt et gagne déjà 19% à 18,84, un niveau encore bien bas ceci-dit.
Les indicateurs immobiliers américains se dégradent: en janvier, l’indice de confiance des constructeurs (NAHB) recule, atteint l’un de ses plus bas niveaux depuis septembre et baisse pour la première fois depuis août. Tous les sous-indices diminuent et 40% des promoteurs baissent leurs prix pour le troisième mois consécutif, une situation inédite depuis 2020. À l’inverse, la production industrielle de décembre dépasse les attentes, montrant une économie encore solide sur ce point. Sur le plan monétaire, le débat sur le futur président de la Réserve fédérale évolue après que Donald Trump affirme vouloir conserver son conseiller économique Kevin Hassett à son poste actuel, ce qui renforce les anticipations en faveur de l’ancien gouverneur de la Fed, Kevin Warsh. Les déclarations des responsables de la Fed se multiplient avant la période de silence: la vice-présidente Bowman estime que la Fed ne doit pas évoquer de pause dans les baisses de taux sans expliquer clairement les changements économiques et qu’elle doit rester prête à ramener les taux vers un niveau neutre.
Au Japon, les inquiétudes concernant la situation budgétaire accentuent la baisse des obligations d’État japonaises (JGB). Les rendements à long terme augmentent de plus de 25 points de base. Les actions reculent et le yen s’affaiblit légèrement. Selon le responsable des marchés japonais chez Citi, la Banque du Japon peut relever ses taux jusqu’à trois fois cette année si la faiblesse du yen se poursuit.
Au menu macro-économique de ce mardi, le taux de chômage en novembre au Royaume-Uni (sorti en ligne avec les attentes) et l'indice ZEW allemand de janvier (11h00).
Le NYSE (Intercontinental Exchange) va lancer une plateforme de titres tokenisés basée sur la blockchain. Google constate que les demandes des développeurs ont plus que doublé en cinq mois pour Gemini, selon The Information. Le fondateur de Lululemon cherche à évincer Advent dans une bataille pour le contrôle de l'entreprise, selon Semafor.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Tokyo abandonne 1,11% à la cloche, Hong Kong recule de 0,24%, Shanghai égare 0,01%, Séoul rend 0,39% et le Nifty50 descend de 0,7%.
Deux indicateurs sont à suivre en priorité aujourd’hui: le rendement du 10 ans US et le VIX.