Le marché est à nouveau en mode «vendre l’Amérique». Le dossier du Groenland reste ouvert, hier Donald Trump, interrogé par un journaliste sur jusqu’où il est prêt à aller pour acquérir le Groenland, répond: «vous verrez». Mais il adopte aussi un ton plus conciliant. «Je pense que nous trouverons un arrangement qui rendra l’OTAN très heureuse et qui nous rendra très heureux». Ces propos traduisent le souhait de certains de ses conseillers de parvenir à un compromis avec le Danemark, qui contrôle le Groenland, et d’apaiser les tensions avec les dirigeants européens.
Il n’en fallait pas plus au marché obligataire pour légèrement desserrer son étreinte sur la dette US. Le rendement du 10 ans, qui était monté jusqu’à 4,31% en séance hier, revient ce matin à 4,27%. Oh tout n’est pas réglé, les «bonds vigilantes» n’ont pas encore baissé la garde mais ce matin la nervosité d’hier se ressent moins. Le président des Etats-Unis donne un discours à Davos aujourd’hui, qui sera suivi de près par les intervenants. En l’état, le message envoyé par le marché obligataire est que la visibilité sur l’avenir reste floue, il demande donc une rémunération élevée pour financer les emprunts américains.
Cela semble se calmer donc sur les parquets de trading, le hic c’est que ça se complique en parallèle, suivez mon regard en direction du Japon où les rendements obligataires ont accéléré leur hausse depuis le début de l’année. Le rendement du 10 ans JGB (Japanese Goverment Bonds) traite ce matin à 2,27%, lundi il grimpe jusqu’à 2,35%, sachant qu’en mars 2023 il se languissait à 0,15%. Le climat de confiance artificielle qui prévalait depuis l’annonce de mesures de relance ambitieuses par la nouvelle Première ministre se fissure brutalement. Les rendements des obligations d’État japonaises bondissent, en particulier sur les échéances longues, signe que le discours officiel ne convainc plus les marchés. La défiance est double, à la fois politique et monétaire. D’un côté, le nouveau gouvernement, tenté de stimuler une économie atone par la dépense publique, se heurte aux craintes d’un emballement d’une dette déjà massive. De l’autre, la Banque du Japon a certes amorcé un virage vers une politique plus restrictive, mais de façon trop prudente et trop tardive. L’inflation, longtemps inexistante, s’installe désormais autour de 3%, bien au-delà de l’objectif de la banque centrale.
Là où cela se complique, c’est que les dettes américaine et japonaise sont liées par le «carry trade», cette pratique qui consiste à emprunter dans une devise à faible taux d’intérêt pour investir dans une autre devise offrant un taux d’intérêt plus élevé. Bref, il s’agit d’emprunter pas cher pour placer cher. Le hic, c’est que la hausse récente des rendements obligataire japonais, couplée avec les velléités de hausses de taux de la banque du Japon, rendent le carry trade beaucoup moins intéressant, ce qui implique des débouclements massifs de positions longues en US Treasuries. La pression vendeuse sur les bons du Trésor des Etats-Unis pourrait donc augmenter, même si la tension diminue entre l’Europe et Washington dans le dossier du Groenland.
Une forte hausse de la volatilité des obligations d’Etat japonaises pourrait se propager aux marchés mondiaux, en particulier aux bons du Trésor américain. Selon Citigroup, cette situation pourrait contraindre certains investisseurs, notamment les fonds «risk parity», à réduire fortement leur exposition au risque. Ces fonds pourraient vendre jusqu’à un tiers de leurs positions, ce qui représenterait potentiellement jusqu’à 130 milliards de dollars de ventes d’obligations aux Etats-Unis. Notez au passage que la liquidité du marché japonais des obligations s’est récemment dégradée. Citigroup estime que d’autres marchés sont vulnérables à cette volatilité, notamment la Corée du Sud et le Royaume-Uni. Les analystes considèrent désormais le Japon comme un exportateur majeur de volatilité obligataire mondiale, depuis que la Banque du Japon a mis fin au contrôle de la courbe des taux et réduit ses achats d’obligations. Concrètement, un choc de 10 points de base sur les obligations japonaises pourrait entraîner une hausse de 2 à 3 points de base des rendements américains, allemands et britanniques. Le risque est d’autant plus élevé que les investisseurs japonais sont les principaux détenteurs étrangers de dette américaine, ce qui rend les bons du Trésor américains de plus en plus sensibles aux mouvements du marché obligataire japonais.
Retour à Wall Street qui rentre hier d’un long weekend et se prend immédiatement les pieds dans le tapis. Le marché vend l’Amérique, ses obligations, sa monnaie et ses actions. Les volumes d’échanges augmentent Downtown Manhattan, le breadth du jour est sans appel avec un 4 – 1 négatif sur le SPX et un 2 – 1 négatif sur le NDX. Le podium du jour de la honte du SPX se compose de la tech, de la consommation discrétionnaire et des financières. L’indice phare du New York Stock Exchange traverse sa moyenne mobile à 50 jours (@6829 pts vs 6796 pts en clôture), pas mieux du côté du NDX qui traverse sa propre 50 jours comme du beurre et vient se poser très près de sa 100 jours à la cloche. La volatilité grimpe logiquement, le VIX revient légèrement au-dessus de 20.
Sur la partie des monnaies le dollar est attaqué de toutes parts, la paire eur/usd traite ce matin à 1,1705, son principal support est à 1,1594 (200 jours), sa prochaine résistance majeure à 1,1919 (top en séance du 17 septembre).
L’or poursuit sa marche triomphale vers les nuages, l’once s’approche de moins en moins lentement et de plus en plus surement des 5000 dollars, ce matin elle évolue à 4863 dollars. La faiblesse du billet vert participe de cette hausse, en revanche le rebond des rendements obligataires devrait mécaniquement freiner la relique barbare, il n’en est rien et cela nous en dit beaucoup quant à l’état d’esprit général.
N’oublions pas la Cour Suprême des Etats-Unis, qui devrait trancher le cas Lisa Cook aujourd’hui. En revanche dans le dossier de la légalité des tarifs déjà en place elle n’a pas d’agenda, or un mois de vacances se profile à l’horizon des juges, prochaine audience prévue le 20 février, dans l’intervalle on patientera.
Au menu macro-économique de ce mercredi, l'inflation britannique de décembre (sortie légèrement au-dessus des attentes) et les chiffres de l'immobilier US (16h00).
Alstom voit ses revenus du troisième trimestre croître et ses entrées de commandes progresser fortement. Bartolomeo Rongone, directeur général de Bottega Veneta (Kering) part diriger Moncler. Hein Schumacher nommé nouveau CEO de Barry Callebaut. UBS pourrait chercher son futur CEO à l'extérieur de la banque, selon son patron actuel. Netflix perd 5% hors séance après ses résultats trimestriels. United Airlines publie des résultats du quatrième trimestre supérieurs aux attentes. Le CEO de Nvidia, Jensen Huang, prévoit de se rendre en Chine afin de rouvrir le marché, rapporte Bloomberg. Les autorités américaines font appel contre Meta dans le dossier Instagram/WhatsApp.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo perd 0,41% à la cloche, Hong Kong prend 0,37%, Shanghai grappille 0,08%, Séoul monte de 0,49% et le Nifty50 égare 0,13%. Le future SPX récupère 0,3%, l’Europe ouvre en repli de 0,2%, on va continuer de monitorer de près l’évolution des marchés obligataires US et Japonais.