En ce début d’année marqué par un bouleversement géopolitique majeur qui peut laisser craindre le début de quelque chose, le marché ressemble à s’y méprendre à un gentleman anglais d’un certain âge qui accueille toute nouvelle avec flegme, sans rien laisser transparaître d’une éventuelle émotion. Certes notre gentleman s’adapte à la nouvelle donne, mais aucun signe d’un quelconque début d’inquiétude à signaler, comme l’illustre l’état quasiment catatonique du VIX, l’indice de la volatilité du S&P500 (SPX), qui se morfond sous la barre de 15, autant dire qu’on ne transpire guère sur les parquets de trading hier lundi. Le marché s’adapte au coup du grand blond au Venezuela en recherchant hier les actions de sociétés pétrolières et de leur industrie de soutien. On fait notamment la part belle à Chevron (CVX +5,1%), seule major à être restée au pays malgré les multiples nationalisations des années septante. Mais hier on recherche aussi Goldman Sachs (GS +3,73%) et Caterpillar (CAT +2,96%). JP Morgan (JPM +2,63%) suit de près, les intervenants se positionnent en vue d’un redémarrage de la production de pétrole au Venezuela. Car il faut savoir que, malgré qu’il détienne les plus importantes réserves en or noir du globe (17%), le pays en est un piètre producteur avec un minuscule petit pourcent, principalement destiné à la Chine. C’est donc la fête aux Valero, Schlumberger, Phillips 66 et Chevron hier, et le Dow Jones de se joindre aux agapes en réalisant un nouveau record historique à la cloche.
En parallèle, un autre secteur est en pleine forme, la défense qui profite logiquement des événements du weekend, tandis qu’en Europe Rheinmetall annonce que l’Allemagne prolonge une commande de munitions pour ses véhicules de combat Puma. Le comportement actuel de l’administration américaine semble remettre une pièce dans la machine de ce thème-là. Mais hier les acheteurs s’intéressent également aux petites capitalisations, aux titres dits de valeur et à tout ce qui a trait au momentum. La tech est recherchée mais pas principalement aux Etats-Unis.
Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, des financières et de la consommation discrétionnaire. On notera la performance de +0,91% du SPW, l’équivalent équipondéré du SPX, qui confirme que la pression acheteuse est générale hier, cela se vérifie en observant le breadth, nettement positif, même les volumes d’échanges s’y mettent. D’un point de vue technique, la moyenne mobile à 50 jours du SPX semble bien fonctionner, elle se situe à 6809 points contre une clôture hier à 6902 pts. Même constat, encore plus clair d’ailleurs, sur le RTY, le Russell des 2000 plus petites capitalisations des Etats-Unis alors que l’indice Stoxx Europe 600 (SXXP) réalise un début d’année en boulet de canon, il casse les 600 points à la cloche, la première fois de son histoire. Les investisseurs semblent démarrer 2026 avec un optimisme marqué, mais plusieurs signaux laissent penser que les marchés actions pourraient déjà surchauffer. Le SXXP se situe désormais en zone surachetée, avec une hausse très large qui concerne notamment quatre secteurs (ressources de base, banques, services financiers et services aux collectivités) tous les quatre également en surchauffe.
Aux États-Unis, la situation est un peu différente: le SPX est revenu près de ses sommets après une correction liée à l’IA en décembre, sans être techniquement suracheté, mais les valorisations semblent élevées, en particulier dans la technologie et les risques de bulle restent un sujet de discussion. Bank of America souligne que le marché américain est cher selon presque tous les critères et recommande de privilégier des secteurs plus défensifs comme la santé et l’immobilier. De manière plus générale, la forte surperformance des valeurs cycliques par rapport aux défensives paraît excessive, surtout alors que certains indicateurs de l’industrie américaine se contractent, ce qui accroît le risque de correction si la croissance ne repart pas franchement. À court terme, les marchés restent très sensibles aux statistiques sur l’emploi américain à venir, qui pourraient soit prolonger la hausse, soit déclencher de la volatilité, d’autant plus que celle-ci est actuellement très basse. Enfin, plusieurs incertitudes majeures se profilent pour 2026 : élections américaines de mi-mandat, changement à la tête de la Fed, fragilités du marché du travail, tout cela qui plaide pour une approche disciplinée et prudente malgré les bonnes performances récentes.
Dans ce contexte, rien de tel que de consulter les indicateurs internes de marché. Sentimentrader nous rappelle l’existence de quatre indicateurs peu suivis qui envoient actuellement des signaux plutôt favorables pour les actions: tout d’abord le ratio entre actions volatiles et actions de qualité montre un comportement «risk on», signe que les investisseurs acceptent davantage le risque, ce qui est généralement positif pour les marchés. Pour sa part l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan reste à des niveaux de pessimisme extrêmes, un contexte qui, historiquement, a souvent précédé des rebonds boursiers. Ensuite le ratio d’open interest sur les options du S&P100 a atteint un niveau rare, qui n’est pas très parlant à court terme mais s’est révélé nettement haussier sur un horizon d’un an. Enfin, l’analyse de long terme des «buying climaxes» du S&P500, habituellement négative à court terme, délivre cette fois un signal rare qui, malgré un échantillon réduit, a été suivi par de bonnes performances. Pris isolément, aucun de ces indicateurs ne constitue un signal d’achat, mais leur convergence suggère que les investisseurs continuent, pour l’instant, de privilégier le scénario haussier, selon les analystes de Sentimentrader donc.
Au menu macro-économique de ce mardi, les chiffres préliminaires de l'inflation dans plusieurs pays européens, dont la France et l'Allemagne, domineront l'actualité, avec les indicateurs PMI définitifs dans les services pour décembre.
Novo Nordisk lance la pilule amaigrissante Wegovy aux Etats-Unis. Eni et Repsol ont du mal à récupérer 6 milliards de dollars de paiements gaziers au Venezuela, selon le FT. Holcim acquiert Alkern. Nvidia lance un modèle IA pour la conduite autonome et espère lancer un robotaxi en 2027. AMD a annoncé la sortie d'une nouvelle puce destinée aux centres de données. General Motors a augmenté ses ventes de véhicules de 6% aux USA en 2025, à 2,85 millions d'unités. Microsoft acquiert Osmos pour renforcer l'ingénierie autonome des données dans Fabric. Samsung Electronics présente sa nouvelle gamme d'ordinateurs portables équipés d'une intelligence artificielle.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse à part le Nifty50 qui perd 0,36%. Tokyo prend 1,32% à la cloche, Hong Kong avance de 1,38%, Shanghai monte de 1,5% et Séoul gagne 1,52%. Le future SPX traite en léger repli, l’Europe fait de même dans les premiers échanges. L’or reprend quelque hauteur, l’once est de retour à 4467 dollars$, tandis que le pétrole stagne à 58 dollars le baril de WTI Light Crude. Côté obligataire, le rendement du 10 ans US est stable à 4,17%, il voit ses prochains supports à 4,18% (100 dma), 4,12% (50 dma) puis 4,00%.