L’économie américaine garde la main, malgré les incertitudes

Garrett Melson, Natixis Investment Managers

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La croissance devrait ralentir modérément, sans pour autant s’enliser dans une dynamique récessive.

Au terme d’une année marquée par des retournements de situation et des récits de marché successifs, l’économie américaine se retrouve, dans l’ensemble, au même point qu’il y a un an. La croissance, après avoir rebondi du ralentissement provoqué par la politique économique en début d’année, reste résiliente mais semble s’être rapprochée de sa tendance de long terme. L’inflation demeure supérieure à l’objectif de la Fed tout en poursuivant sa trajectoire désinflationniste. Le chômage continue de progresser lentement, signe d’un marché du travail figé dans une dynamique de faible embauche et de faible rotation, incitant la Réserve fédérale à réorienter ses priorités vers l’emploi. Le marché immobilier, lui aussi enlisée, pâtit encore d’une faible accessibilité et de taux hypothécaires durablement élevés, ce qui freine la demande, tandis que la montée des stocks achevés pèse sur les prix et la construction. En parallèle, la vague d’investissements liés à l’intelligence artificielle continue d’alimenter un marché haussier dominé par la technologie, tandis que la solidité du dollar rappelle que l’exceptionnalisme américain n’appartient pas encore au passé.

Malgré les soubresauts de politique économique qui ont agité les marchés et l’économie réelle, les États-Unis ont une nouvelle fois repris le leadership face à leurs pairs. L’incertitude, mot-clé de l’année, s’est progressivement estompée dans l’esprit des investisseurs, même si de nombreuses questions demeurent quant à l’avenir de la politique commerciale, migratoire ou réglementaire. Si le contenu précis du programme politique reste flou, l’incertitude qui a secoué le monde en début d’année tenait surtout à des motivations et des convictions idéologiques encore mal comprises. Un acronyme résume désormais l’esprit de 2025: TACO – «Trump Always Chickens Out». Non comme une critique du président, mais plutôt comme le constat que les marchés peuvent s’appuyer sur le scénario déjà éprouvé du premier mandat. Le programme de Trump peut être plus large et plus ambitieux, mais il apparaît désormais avant tout transactionnel.

Les marchés se préoccupent de profits, non de politique, et les entreprises américaines démontrent encore leur capacité d’adaptation, quel que soit l’occupant de la Maison-Blanche. Donnez-leur des règles du jeu, même mouvantes, et elles trouveront les moyens de s’adapter et de faire croître leurs marges. Les garde-fous autour des décisions politiques existent toujours, et cela suffit à offrir la visibilité nécessaire aux entreprises et aux investisseurs pour avancer.

Cela ne signifie pas pour autant que les risques ont disparu. Malgré la volatilité récente et les inquiétudes récurrentes sur la concentration des performances boursières, les investisseurs semblent avoir adopté un scénario de reflation: stabilisation du marché du travail, raffermissement de la croissance, politique budgétaire légèrement expansionniste et Fed accommodante. Un environnement qui rappelle étrangement celui de l’an passé, lorsque le consensus paraissait trop optimiste sur le potentiel de croissance. La stabilité apparente du marché du travail masque une accumulation de déséquilibres: le chômage remonte, la création d’emplois ralentit et la progression des salaires s’essouffle, pesant sur les revenus et la consommation – malgré les effets de richesse soutenant les ménages aisés. Les ajustements fiscaux offriront un léger soutien via des remboursements d’impôts accrus, mais cela ne représentera guère plus de 1% des dépenses annuelles des ménages, tandis que les droits de douane en absorberont une partie. Par ailleurs, la faiblesse persistante du secteur immobilier pourrait finir par affecter l’emploi, les promoteurs réduisant les effectifs face à la hausse des stocks invendus.

Ce contexte ne rime toutefois pas avec récession. La croissance devrait simplement évoluer légèrement sous sa tendance, sans pour autant plonger dans une spirale négative. Une expansion modérée, soutenue par la Fed et l’essor continu de l’IA, pourrait encore offrir un terrain favorable aux actifs risqués et conforter la position dominante des États-Unis, quel que soit le climat politique à Washington.

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