Vous souvenez-vous de l’excellent film d’horreur boursière sorti en mars 2023: «Les aventuriers du prêt perdu»? Et bien figurez-vous que le deuxième volet pourrait être sur le point de sortir, ou pas. Si vous avez manqué le premier épisode, en mars 2023, la Silicon Valley Bank (SVB) fait faillite après une fuite massive de dépôts. La hausse rapide des taux d’intérêt américains a fait chuter la valeur de ses obligations, provoquant d’importantes pertes. Quand la banque tente de lever des fonds pour renforcer son bilan, ses clients, principalement des startups, paniquent et retirent plus de 40 milliards de dollars en une journée. Incapable de faire face, la banque est fermée le 10 mars 2023 par les autorités et placée sous le contrôle de la FDIC. Le gouvernement américain garantit tous les dépôts, même au-delà du seuil habituel de 250’000 dollars, pour éviter une contagion à d’autres banques régionales.
Les valeurs bancaires de Wall Street chutent fortement hier après la découverte de nouveaux problèmes de crédit dans le secteur, relançant les inquiétudes sur la solidité du marché du crédit américain. La banque régionale Zions Bancorporation, basée dans l’Utah, annonce une perte de 50 millions de dollars au troisième trimestre liée à deux emprunteurs commerciaux, ce qui fait plonger son action de 13%. L’indice bancaire régional KBW chute de 6,3%, sa plus forte baisse depuis avril. Ces difficultés font suite aux faillites récentes de Tricolor Holdings (spécialisée dans les prêts automobiles subprime) et de First Brands (pièces automobiles), qui avaient déjà attiré l’attention du marché et du CEO de JPMorgan, Jamie Dimon, sur les risques de crédit cachés, résumés par sa phrase: «quand on voit un cafard, il y en a sûrement d’autres».
Les analystes estiment que les prêts aux institutions financières non bancaires (NDFI), c’est-à-dire des acteurs comme des fonds ou sociétés de crédit indépendantes, sont particulièrement exposés. Ils représentent désormais environ 33% des prêts commerciaux accordés par les grandes banques. Plusieurs établissements, dont PNC, Wells Fargo, KeyCorp ou Western Alliance, ont aussi une forte exposition à ce segment. Si certains cas pourraient relever de fraudes ou de mauvaises pratiques de gestion plutôt que de faiblesses économiques générales, les investisseurs réagissent avec prudence, préférant vendre avant d’en savoir plus. Pour l’instant, rien n’indique que ces incidents annoncent une crise systémique, mais ils ravivent les craintes de tensions dans le crédit, notamment dans les segments à risque comme les prêts subprime, selon Barron’s.
On ne peut blâmer les investisseurs de chercher quelque réconfort dans les valeurs refuges que sont notamment les bons du Trésor Américain, l’or, le franc suisse ou encore le yen japonais. Après tout, les actions américaines traitent proches de leurs plus hauts historiques, le phénomène de l’IA, incomparable avec la bulle dot.com de 2000, interroge tout de même quant aux retours sur investissements massifs, la guerre commerciale entre les deux plus importantes puissances économiques du globe ne peut pas faire de bien, sœur Anne attend toujours un retour flagrant du consommateur chinois, le gouvernement des Etats-Unis est toujours fermé et la situation géopolitique globale préoccupante. On compte beaucoup sur la saison 3 des résultats trimestriels d’entreprises sur les parquets de trading, pour l’instant cela se passe bien, à suivre de près.
Sacré mois d’octobre, qui nous réserve bien souvent des haut-le-cœur boursiers. On constate au passage avec soulagement que le marché a un cœur. Cela étant dit, ces tensions sur le marché du crédit restent pour le moment un épiphénomène, mais croyez bien que tout CEO de grande banque qui se respecte a déjà ordonné à ses équipes de dresser un inventaire précis des cafards éventuels qui, pour autant qu’ils existent, ne vont pas tarder à sortir du placard. Cela explique le retour de forme subit de la volatilité, le VIX gagne 23% à 25,31 hier, en mars 2023 il avait grimpé jusqu’à 30. Ce matin il poursuit sa progression et prend 13% supplémentaires à 28,49. 30 constitue historiquement une sorte de premier niveau, qui nécessite de réelles bonnes raisons pour être franchi, le hic avec le marché c’est que le VIX est porté par le sentiment, or en bourse ce dernier est dicté par soit la cupidité, soit la peur. Cette dernière tente manifestement un retour en force en cette fin de semaine. Dans un tel contexte, rien ne sert de se précipiter si l’on est investi, en revanche si l’on dispose de liquidités de belles opportunités vont se présenter, notamment en produits structurés.
L’indice S&P500 (SPX) clôture hier à 6629 points, sa moyenne mobile à 50 jours évolue actuellement à 6557 pts, elle a bien fonctionné dans son rôle de support depuis vendredi passé et les mots agressifs du grand blond énervé à l’encontre de Pékin. Le podium du jour du SPX se compose de la tech (seul secteur de l’indice à clôturer légèrement dans le vert, malgré le repli du NDX, ce sont le semi-conducteurs, Micron Tech en tête qui permettent cela), la santé et l’immobilier. Le breadth est logiquement négatif, les volumes d’échanges en légère hausse et l’indice des banques régionales américaines (KRX) perd 6,3%, il clôture pile sur le bas de son canal haussier entamé en mai 2023. Les intervenants viennent se réfugier dans les bons du Trésor US, le rendement du 10 ans casse les 4,00%, il traite ce matin à 3,96%, son prochain support se situe à 3,85% (bas en séance du 4 avril), même phénomène sur le 30 ans, qui casse son support de 4,60%, traite à 4,58% et voit son prochain niveau à 4,30%.
Le dollar n’est définitivement plus une valeur refuge, la paire EUR/USD revient au-dessus de 1,1700, elle est parvenue à casser ses moyennes mobiles à 100 et 50 jours en deux séances, son nouveau support se situe à 1,1693.
Et que dire de l’or, qui semble désormais parti non plus pour la lune mais pour mars. L’once traite ce matin à 4343 dollars et enfile les records historiques comme des perles. La relique barbare semble avoir atteint le statut de sacré graal pour des investisseurs qui lui attribuent désormais toutes les vertus : protection contre l’inflation, la guerre commerciale, les guerres, les bulles boursières, les mauvaises odeurs et désormais aussi le risque de crédit. Bon, est-il besoin de rappeler que les arbres, même dorés, ne montent pas au ciel? A ce sujet j’ai vérifié, le coût de protection d’une position longue en métal jaune n’est pas très élevé, pour celles et ceux qui souhaite continuer à surfer cette vague tout en portant un gilet.
On se penche sur la macro de ce jeudi. L’indice manufacturier de la Fed de Philadelphie pour octobre ressort en baisse surprise, à son plus bas niveau depuis avril. L’emploi diminue mais reste positif, la durée moyenne du travail recule et les prix repartent à la hausse après un repli en septembre. Dans l’immobilier, l’indice NAHB progresse de cinq points à 37, dépassant les attentes et atteignant son plus haut depuis avril, tandis que les anticipations futures repassent au-dessus de 50 pour la première fois depuis janvier, malgré des réductions de prix au plus haut depuis octobre dernier. Sur le plan monétaire, Miran réaffirme son souhait d’une baisse de taux de 50 points de base en octobre et juge qu’une pause du resserrement du bilan pourrait être appropriée, tout en soulignant que la croissance de 2026 dépendra des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Waller partage ses inquiétudes sur le ralentissement du marché du travail et estime qu’une nouvelle baisse de taux serait justifiée.
Au menu macro-économique de ce vendredi, la lecture finale de l'inflation européenne de septembre sera publiée à 11h00. Aucun indicateur majeur n'est prévu aujourd'hui aux Etats-Unis, les chiffres mensuels des permis de construire et ceux de la production industrielle étant repoussés.
EssilorLuxottica dépasse les attentes au troisième trimestre. L'action flambait de 12% sur l'OTC US hier soir. L'OPA hostile de BBVA sur Banco de Sabadell est un échec. Novo Nordisk et Eli Lilly chahutés après les appels de Trump a un prix beaucoup plus faible pour les médicaments amaigrissants. Meta serait proche d'un accord de financement de 30 milliards de dollars pour un centre de données géant en Louisiane, selon Bloomberg. Apple devrait lancer une version à écran tactile de son Mac, selon l’agence Bloomberg. TSMC recule légèrement après ses très bons résultats. BYD va rappeler 115’000 véhicules pour des soucis de batteries. Nintendo prévoit de produire 25 millions de Switch 2 d'ici mars 2026.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse sauf l’Inde où le Nifty50 progresse de 0,29%. Tokyo perd 1,44% à la cloche, Hong Kong rend 2,79%, Shanghai abandonne 1,95% et Séoul est inchangée. Le future SPX perd 1,2%, l’Europe glisse de 1,5% dans les premiers échanges.