Septembre a vu deux des banques centrales les plus influentes au monde faire des choix différents, conséquence des différences de dynamique économique des deux régions mais aussi d’une même prudence quant aux perspectives mondiales. La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu des taux stables pour la deuxième fois, indiquant qu’elle est «en bonne position» pour réagir dès la publication de nouveaux chiffres. En revanche, la Réserve fédérale des Etats-Unis a assoupli son cycle en prenant la décision très anticipée d’une réduction de 25 points de base. Elle décrit cette baisse comme une étape de gestion des risques pour répondre à la faiblesse émergente du marché du travail.
Pour la BCE, un marché du travail toujours résilient et une inflation tout légèrement supérieure à l’objectif réduisent la nécessité d’une action immédiate. Pourtant, les révisions à la baisse des prévisions de croissance et le frein provoqué par la hausse des droits de douane aux Etats-Unis signifient que certains arguments en faveur de réductions supplémentaires sont toujours présents. Pour la Fed, la réduction des taux directeurs a suscité une aggravation de l’inquiétude au sujet de l’emploi, mais les décideurs politiques restent méfiants quant à une réduction trop agressive étant donné l’incertitude persistante concernant les droits de douane et l’inflation. Les deux institutions doivent se livrer à un délicat numéro d’équilibriste.
Le contexte macroéconomique: la résilience dans un contexte d’incertitude
Les données économiques soulignent les difficultés auxquelles sont aujourd’hui confrontés les décideurs politiques. Dans la zone euro, les enquêtes PMI récentes et les rapports sur le marché du travail indiquent une résilience, mais l’affaiblissement de la confiance des consommateurs est indubitable. Les propres projections de la BCE montrent désormais que l’inflation se situera en dessous de son objectif de 2% en 2027, en partie en raison de l’appréciation de l’euro et de l’anticipation d’une croissance plus faible. Alors que l’effet des droits de douane à l’importation aux Etats-Unis ne fait que commencer à se faire sentir, parallèlement aux tensions politiques en France et aux questions sur les plans fiscaux allemands, la BCE fait face à de sombres perspectives suggérant que son maintien du statu quo actuel reflète la prudence plutôt que la confiance.
Les investisseurs doivent être prudents: les mauvais chiffres de l’emploi ne sont pas nécessairement des indicateurs immédiats d’une récession.
Aux Etats-Unis, le rapport d’août sur l’emploi a confirmé un ralentissement significatif du recrutement, avec une modération de la croissance de la masse salariale et une augmentation du chômage. Malgré tout, la consommation des ménages reste solide et l’investissement des entreprises semble résilient. Les dernières projections de la Fed ont révisé la croissance légèrement à la hausse. C’est un signe de confiance que l’économie au sens large pourra absorber la faiblesse du marché du travail à court terme. Pourtant, les décideurs politiques sont confrontés à la tâche délicate de soutenir l’emploi sans créer un nouveau problème d’inflation, en particulier dans un environnement où les effets des droits de douane sont difficiles à prévoir.
Les marges de manœuvre en termes de politique renforcent les actifs à risque
Les investisseurs doivent être prudents: les mauvais chiffres de l’emploi ne sont pas nécessairement des indicateurs immédiats d’une récession. Même avec un ralentissement potentiel de la demande de main-d’œuvre, le marché peut continuer à percevoir les réductions de taux comme des efforts stratégiques pour favoriser la croissance, plutôt que des mesures de réaction face à des difficultés économiques.
Ce phénomène est déjà observable avec le S&P 500 atteignant des sommets record malgré un affaiblissement des chiffres de l’emploi, soutenu par la résilience de la consommation des ménages, la stabilité des dépenses d’investissement et une amélioration des indicateurs conjoncturels tels que l’indice ISM des services et les enquêtes régionales de la Fed sur le secteur manufacturier.
La combinaison de l’assouplissement monétaire et de mesures de relance budgétaire et réglementaire pourrait continuer à renforcer une économie des Etats-Unis qui s’est avérée résiliente face aux vents contraires de cette année. Une reprise fondée sur les politiques pourrait aider à relancer les segments moins réactifs de l’économie. Les actions, au-delà des grands leaders technologiques, pourraient alors générer sous peu des gains modestes.
Prévision pour les investisseurs
Pour la BCE et la Fed, les décisions du mois de septembre étaient moins axées sur la mise en place d’une ligne de conduite à long terme que sur une «gestion des risques». Aucune des deux banques centrales n’est prête à prendre des décisions particulièrement énergiques, mais les deux ont souligné leur capacité à réagir si la conjoncture s’aggrave.
Cette position provoque chez les investisseurs un sentiment de maintien du soutien des banques centrales, mais aussi une incertitude persistante, les résultats dépendant fortement de l’évolution de la croissance, de l’inflation et, bien sûr, des événements politiques actuels.
Pour les actions, la marge de manœuvre en termes de politique devrait continuer à fournir un soutien, mais une détérioration supplémentaire des conditions du marché du travail pourrait rapidement remettre en question ce climat. Les politiques monétaires et budgétaires expansionnistes, ainsi que des améliorations dans les secteurs à la traîne tels que les secteurs manufacturier et du logement, pourraient bientôt elles aussi soutenir l’économie des Etats-Unis et amplifier la reprise du marché des actions. En Europe, l’insistance de la présidente Lagarde sur le fait que la BCE est «en bonne position» devrait être réconfortante pour les investisseurs, même si les obstacles que constituent les droits de douane des Etats-Unis continuent à peser lourdement.
En fin de compte, les banques centrales ont sécurisé une certaine marge de manœuvre, mais n’ont pas encore forgé une voie claire vers l’avenir. Pour les investisseurs, la priorité est claire: se concentrer sur la qualité, maintenir la flexibilité et considérer la volatilité plus générale du marché comme un signal pour ajuster leurs positions plutôt que pour se retirer.