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C’est une fin de mois/trimestre sereine que vit Wall Street, dans le calme et avec MC Dow Jones en vedette. Le vénérable indice poste un record historique à la cloche, ses jeunes compères Nasdaq100 (NDX) et S&P500 (SPX) ne sont pas loin des leurs mais l’essentiel est ailleurs, ce mois de septembre 2025 est officiellement le meilleur cru depuis 2010. C’est aussi le cinquième mois consécutif de hausse pour le SPX, à ce sujet Sentimentrader nous fait remarquer ce matin que «cinq mois consécutifs de gains sont historiquement suivis par des prix plus élevés l’année suivante. Le momentum est bien présent sur le marché boursier, de nombreux investisseurs commencent à devenir nerveux après une avancée significative, supposant qu’un repli est imminent. Et les replis, parfois importants, font partie du fonctionnement normal du marché.» Ce faisant, Sentimentrader met le doigt sur un élément important, les replis de marché, les trous d’air, les blips, les consolidations, les corrections (appelez-les comme vous voulez) existent et font partie intégrante du cycle boursier, sachant qu’actuellement, quel que soit le contexte général, le momentum de ce marché semble effectivement fort, d’où le fameux FOMO (Fear Of Missing Out) et l’intraduisible BTFD.
Les indices terminent leur journée proches de leur plus haut du jour, on regarde de près le secteur pharma qui se porte comme un charme après l’annonce d’un accord entre qui vous savez et Pfizer (PFE +6,81%), j’y reviens. Les géants de la tech sont partagés, Nvidia mise à part qui gagne 2,6%. C’est une journée plutôt calme que celle de ce mardi, les volumes d’échanges sont stables, la volatilité remonte un chouia (le VIX en hausse de 1% à 16,28) mais reste historiquement faible, le podium du jour du SPX se compose de la santé, de la tech et des industrielles, le narratif du moment reste le même, qui tourne autour de l’intelligence artificielle et de la Fed, ce matin un nouvel arrivant, inquiétant au demeurant mais pas historiquement (pour le marché s’entend) vient compléter le narratif, la fermeture partielle de l’administration américaine faute de budget, le fameux shutdown.
Si vous avez raté le début: le gouvernement américain se retrouve paralysé faute d’accord budgétaire entre le Congrès et la Maison-Blanche. Chaque année, les agences fédérales dépendent d’un financement voté pour le nouvel exercice fiscal. À défaut d’adoption, l’État doit fermer partiellement. Une mesure transitoire, la «résolution continue», permettrait de prolonger les crédits, mais elle requiert une majorité de 60 sénateurs, dont les républicains ne disposent pas. Si les démocrates avaient accepté des coupes budgétaires en mars pour éviter un blocage, ils refusent désormais de céder. Le bras de fer porte sur la réintégration de vastes dépenses de santé, notamment dans l’Obamacare, supprimées sous Trump et que les démocrates souhaitent rétablir. Les républicains s’y opposent, ce qui a conduit à la fermeture. Le grand blond aux idées noires accuse les démocrates d’être responsables et menace de licencier définitivement les agents fédéraux concernés, contrairement aux mises en pause habituelles. De leur côté, les démocrates dénoncent un projet républicain visant à affaiblir le système de santé et refusent tout compromis. Le vice-président JD Vance accuse en retour l’opposition de vouloir imposer sa ligne en paralysant l’État. Le dernier shutdown, survenu entre décembre 2018 et janvier 2019, avait duré 35 jours. Les tensions actuelles laissent craindre que «c’est pas gagné».
Voyons maintenant les conséquences d’un shutdown:
Effets directs sur les emplois et le secteur public: Lors d’un shutdown, des centaines de milliers d’agents fédéraux sont placés en congé forcé sans salaire jusqu’à la réouverture du gouvernement. Ceux jugés «essentiels», comme les militaires ou les contrôleurs de sécurité, continuent de travailler mais sans être rémunérés immédiatement. Le coût quotidien est important: le Congrès estime la perte de rémunérations à environ 400 millions de dollars par jour en cas de fermeture prolongée. Dans le shutdown actuel, jusqu’à 750’000 employés pourraient être touchés, ce qui pèsera directement sur la consommation et la confiance.
Retard ou suspension des données macro-économiques: Un shutdown bloque la collecte et la publication des principales statistiques économiques fédérales. Le Bureau of Labor Statistics, par exemple, ne diffuse plus le rapport mensuel sur l’emploi ni l’inflation. Cela prive économistes, investisseurs et la Réserve fédérale d’indicateurs essentiels pour suivre la conjoncture. La Fed doit alors se tourner vers des sources alternatives comme les données privées d’ADP, les enquêtes d’États ou les cartes de crédit, ce qui accroît l’incertitude des marchés.
Impact sur la croissance, la consommation et l’investissement: La fermeture du gouvernement entraîne une réduction immédiate de la dépense publique et de l’activité des secteurs dépendants de l’État. Les employés fédéraux non payés limitent leurs dépenses, ce qui pèse sur la consommation intérieure. Selon Goldman Sachs, un shutdown enlève environ 0,15 point de croissance du PIB par semaine. L’agence Bloomberg souligne que l’effet global dépend de la durée: plus la fermeture dure, plus les pertes sont lourdes, même si une partie est rattrapée lors de la réouverture.
Effets sectoriels et perturbations opérationnelles: Le secteur aérien est particulièrement vulnérable, car le shutdown suspend la formation de nouveaux contrôleurs et complique la gestion des effectifs de la TSA, ce qui peut ralentir les contrôles de sécurité et provoquer des retards. L’association américaine du tourisme estime que l’économie du voyage peut perdre jusqu’à un milliard de dollars par semaine. D’autres secteurs sont également touchés: certaines agences comme l’EPA ou la Small Business Administration interrompent les autorisations, inspections ou subventions. Les régulateurs financiers, tels que la SEC, fonctionnent avec des effectifs réduits, ce qui ralentit l’examen des rapports et gèle temporairement le marché des introductions en bourse.
Leçons des shutdowns passés: En 2013, la fermeture de seize jours avait mis environ 800’000 fonctionnaires en congé forcé et réduit la croissance du PIB du dernier trimestre de 0,6 %. Lors du shutdown de 2018-2019, qui a duré 34 jours, l’économie avait perdu environ 3 milliards de dollars de richesse, soit 0,02 % du PIB. Dans les deux cas, une partie de la croissance a été récupérée une fois le gouvernement rouvert, mais l’effet immédiat sur la confiance et la consommation avait été significatif.
Et le marché dans tout cela? Et bien au vu du comportement des futures ce matin, on pourrait craindre un retour de l’aversion au risque. On garde la tête froide et on se penche sur l’histoire boursière, qui nous apprend que la performance moyenne du SPX lors de tous les shutdowns précédents est de +0,05%. Si l’on se concentre sur le passé plus récent et qu’on observe les 5 dernières fermetures du gouvernement, on observe que le SPX a progressé à chacune de ces occasions. Enfin la performance moyenne de l’indice durant les shutdowns ayant duré 15 jours ou plus est de +2,9%. Ce matin le future SPX perd 0,7%, le Nasdaq indique un repli de 0,9% à l’ouverture, le dollar recule à 1,1753 contre euro, le rendement du 10 ans US remonte à 4,16% et l’or a tapé un nouveau plus haut historique à 3875 dollars par once. L’aversion au risque rode sans conteste, ceci dit il est toujours bon de garder l’histoire dans un coin de sa tête et de ne pas oublier le BTFD.
Zoom sur le secteur pharmaceutique. Hier l’administration américaine annonce un accord avec Pfizer pour réduire les prix de ses médicaments dans le programme Medicaid en les alignant sur les tarifs pratiqués dans d’autres pays développés, en échange d’une exonération de trois ans des droits de douane à condition que Pfizer investisse massivement dans la recherche et la production aux États-Unis, et en lançant la plateforme QuivoussavezRx pour la vente directe de médicaments prévue en 2026. L’action Pfizer décolle de près de 7%, d’autres grandes firmes pharmaceutiques américaines, comme AstraZeneca, Eli Lilly et Merck, négocient des accords similaires. AstraZeneca annonce déjà des réductions de prix significatives sur certains médicaments destinés aux patients non assurés, avec une extension prévue à Medicaid et Medicare. Ces initiatives renforcent la visibilité sur les marges futures et réduisent les incertitudes réglementaires, ce qui fait réagir positivement les investisseurs et soutient les cours des actions des principales entreprises pharmaceutiques américaines. L’alignement des prix sur les tarifs internationaux pourrait également diminuer les coûts pour les consommateurs tout en maintenant la compétitivité du secteur grâce aux investissements dans la production locale. Roche gagne 4,6% ce matin, Novartis progresse de 3%.
On se penche sur la macro de ce mardi: En août, les offres d’emploi JOLTS dépassent les attentes et la donnée de juillet est révisée à la hausse. Le taux de départs volontaires tombe à 1,9%, son niveau le plus bas depuis décembre, tandis que le taux de licenciements reste stable, ce qui renforce l’idée d’un marché du travail peu dynamique en termes de turnover. En septembre, l’indice de confiance des consommateurs du Conference Board est inférieur aux prévisions, bien que l’écart entre ceux qui jugent les emplois abondants et ceux qui les jugent difficiles à trouver se resserre. Les anticipations d’inflation reculent de 0,3 point à 5,8%, mais restent largement au-dessus du niveau de 5,0% en début d’année. L’indice PMI de Chicago en septembre surprend par sa baisse. L’indice des prix immobiliers FHFA de juillet recule légèrement, tout comme l’indice S&P Case-Shiller, mais moins que prévu. Du côté des responsables de la Fed, le vice-président Jefferson indique que les risques pour l’emploi penchent à la baisse tandis que ceux pour l’inflation penchent à la hausse. Collins (Boston) estime qu’un assouplissement modéré pourrait être approprié cette année, tout en maintenant une politique légèrement restrictive. Goolsbee (Chicago) souligne que le marché du travail reste stable mais note que les nouveaux tarifs créent de l’incertitude pour les entreprises.
Au menu macro-économique de ce mercredi, l'estimation préliminaire de l'inflation de la zone euro en septembre sera publiée à 11h00. Aux Etats-Unis, nous suivrons le rapport ADP sur l'emploi (14h30) et les indicateurs ISM (16h00), ces statistiques sont produites par des organismes non-gouvernementaux et devraient donc être publiés normalement.
L'actionnaire chinois de Pirelli est ouvert à la vente de sa participation après le bras de fer sur la gouvernance. Sika acquiert un producteur de mortier danois. Givaudan va racheter le fabricant de parfums Belle Aire Creations aux Etats-Unis. Nike en hausse de 4,5% hors séance hier soir après ses résultats trimestriels. Berkshire Hathaway négocie le rachat de la branche pétrochimie d'Occidental Petroleum pour 10 milliards de dollars, selon le WSJ. Tesla annonce que la nouvelle Model Y Performance est désormais disponible aux Etats-Unis.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent presque tous en hausse, du moins pour ceux qui sont ouverts, la golden week chinoise a débuté. Tokyo perd 0,85% à la cloche, Hong Kong et Shanghai sont fermées, Séoul gagne 0,91% et le Nifty50 avance de 0,6%. Le pétrole se languit à 62,77 dollars le baril de WTI Light Crude.