«Réduire, réutiliser, recycler»: la formule est devenue emblématique de l’économie circulaire. Mais toutes les solutions ne se valent pas. Le recyclage, souvent perçu comme son fer de lance, est en réalité une réponse de dernier recours, coûteuse et insuffisante pour enrayer l’accumulation de déchets. Les véritables leviers se trouvent en amont, dès la conception des produits et dans l’innovation des modèles économiques.
Le recyclage, une solution inadéquate
À peine 7% des matériaux utilisés dans l’économie mondiale proviennent du recyclage, une part en recul, tandis que la production annuelle a bondi de 270% en cinquante ans. Les innovations et obligations réglementaires ne suffisent pas: le recyclage ne parvient pas à suivre l’emballement de la demande. Sans baisse durable de la consommation, l’écart ne fera que se creuser.
Le recyclage est aussi une solution coûteuse. Aux États-Unis, le plastique recyclé se négocie environ 25% plus cher que le plastique vierge, tandis qu’en Europe certains plastiques recyclés de qualité alimentaire dépassent de 400 euros la tonne leurs équivalents vierges. Le problème s’aggrave avec la complexification des déchets: textiles composites, plastiques multi-polymères ou appareils électroniques réduisent la valeur récupérable. De plus, les matériaux recyclés sont souvent de qualité inférieure, limitant leur utilisation et leur valeur commerciale.

La puissance des solutions en amont
Pour les experts, déchets et pollution trouvent leur origine dans des choix de conception. La Commission européenne estime que 80% des impacts environnementaux sont déterminés au stade du design. Dans une économie circulaire idéale, le recyclage ne jouerait qu’un rôle marginal.
Les solutions les plus efficaces interviennent en amont: concevoir des produits durables, réparables, modulaires ou biodégradables; développer des modèles de partage et de location qui prolongent la durée de vie des actifs; ou encore proposer des technologies qui permettent aux entreprises et aux consommateurs de produire plus avec moins de ressources.
Un champ d’investissement élargi: de Cloudflare à Galenica
Cette logique se traduit dans certaines stratégies d’investissement, qui privilégient les entreprises capables de mettre en œuvre ou de faciliter des solutions circulaires en amont.
Dans la technologie et l’industrie, Cloudflare et Ashtead Group illustrent bien ce modèle. Le premier propose des services d’infrastructure cloud, permettant aux entreprises d’accéder à des capacités informatiques sans avoir à construire leurs propres centres de données. Le second loue des équipements industriels allant des échafaudages aux convoyeurs, prolongeant leur durée de vie grâce à un entretien centralisé et réduisant le besoin de multiplier les actifs physiques.
Dans la construction et la fabrication, Cavco et Celestica se distinguent. Cavco s’appuie sur la préfabrication de maisons en usine, ce qui limite fortement les pertes de matériaux par rapport aux chantiers traditionnels. Celestica, pour sa part, fournit une production mutualisée de composants électroniques pour divers secteurs – de l’aérospatiale à la santé –, renforçant l’efficacité des chaînes d’approvisionnement et encourageant des conceptions modulaires qui facilitent réparation et prolongation de la durée de vie des produits.
Dans la consommation et l’agroalimentaire, Sprouts Farmers et Sensient mettent en avant deux approches complémentaires. Sprouts privilégie les produits frais, locaux et biologiques, réduisant ainsi emballages, transport et émissions. Sensient fournit des colorants, arômes et ingrédients spécialisés issus de sources végétales et régénératives, destinés à l’alimentation, aux cosmétiques et à la pharmacie.
Enfin, dans la santé et les services environnementaux, Halma et Galenica montrent comment l’innovation peut limiter les inefficacités. Halma développe des technologies de prévention et de surveillance – capteurs d’eau, systèmes anti-incendie – qui réduisent les risques et prolongent la durée de vie des actifs. Galenica, grâce à son réseau de pharmacies et à ses activités logistiques, améliore l’accès aux médicaments tout en réduisant les pertes et le gaspillage dans la distribution.

Diversification et création de valeur durable
Se concentrer exclusivement sur le recyclage restreint considérablement l’univers d’investissement. En élargissant aux solutions en amont, les portefeuilles bénéficient d’un potentiel de rendement accru, d’une diversification sectorielle plus large et d’une résilience renforcée face aux cycles de marché.
En définitive, privilégier le «repenser» plutôt que le «recycler» n’est pas qu’une nécessité écologique: c’est aussi un levier de création de valeur durable, au bénéfice des entreprises, des investisseurs et de l’environnement.