La fin des relations «tarifées»?

Julien Serbit, Prime Partners

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Le point de la validité légale des tarifs douaniers mis en place par l’administration Trump depuis avril est remis en question. Une annulation ne serait pas forcément une bonne nouvelle pour les marchés.

 

Rien de tel qu’un titre un brin provocateur pour éveiller la curiosité du lecteur en cette fin d’été. A l’aube de débuter une période de l’année souvent peu appréciée de beaucoup d’entre nous, nostalgie estivale oblige, et de débuter septembre dont la réputation boursière est guère reluisante non plus sur les marchés boursiers, il semblerait cette année qu’une question risque de tous nous tarauder au cours des prochaines semaines: les tarifs douaniers. Epicentre de toute l’actualité boursière de 2025, ces derniers vont-ils être jugés illégaux par la justice américaine et tout simplement abandonnés?

Sur le papier on pourrait croire un peu naïvement qu’un tel revirement serait une excellente nouvelle pour les marchés financiers. De nombreux arguments favorables et de bon sens peuvent être évoqués dans ce sens. Fin des craintes d’un fort rebond inflationniste aux Etats-Unis, fin du dilemme de la Fed au sujet des taux d’intérêt ou encore un retour à la «normale» pour le commerce mondial, redessinant un cadre à priori plus favorable pour la profitabilité de millions d’entreprises.

Force est de constater que le S&P 500 n’a eu que faire des taxes douanières récemment.

Sur le papier on ne peut que souhaiter que la plus haute instance de justice américaine mette fin à la comédie tarifaire de l’administration Trump. Cependant, quand on regarde les résultats boursiers après huit mois en 2025 et notamment celui des actions américaines depuis ce printemps, force est de constater que le S&P 500 n’a eu que faire des taxes douanières récemment. Alors certes ce n’est qu’un constat «de surface», l’indice vedette américain étant devenu très biaisé vers une dizaine de capitalisations aux tailles monstrueuses dont la concentration dans le secteur technologique est extrême. C’est d’ailleurs la conjonction de l’avènement de l’intelligence artificielle et de la faible sensibilité aux tarifs des entreprises de la technologie qui provoque cela. Toujours est-il que le changement des règles du jeu du commerce mondial voulu par Donald Trump crée des gagnants et des perdants et n’a de loin pas entrainé la débâcle boursière que beaucoup promettaient.

Les différents «deals» plus ou moins forcés, dont se vante régulièrement le président américain auprès de ses supporters et qui impliquent de vastes promesses d’investissement aux Etats-Unis faites par d’autres pays ou encore carrément les «arrangements» ou prises de participation conclus en direct avec de grandes entreprises, Nvidia, Apple ou Intel pour ne citer qu’eux, ont été un soutien pour le momentum des actions. Ces annonces répétées et leur mise en scène théâtrale renforcent l’idée de la toute puissance financière de l’Amérique et de son président qui, dans l’esprit de nombreux investisseurs, ne laissera jamais tomber les marchés, peu importe les méthodes employées.

La fin des tarifs ne viendrait donc pas que couper l’herbe sous le pied du président Trump mais rebattrait à nouveau complètement les cartes des échanges internationaux avec comme risque principal de voir une administration américaine vexée dériver vers des mesures plus autoritaires et se replier sur elle-même. Quid alors de savoir si les effets positifs d’un tel scénario sur l’inflation, la visibilité de la Fed et le commerce mondial seraient perçus comme plus bénéfiques que les différentes «ripostes» probables de l’administration Trump à un tel camouflet avec bien sûr en toile de fond une Amérique déstabilisée politiquement et, il faut bien le dire, d’importants revenus douaniers en moins pour le pays.

Sur un plan plus large, en termes de psychologie des investisseurs, 2025 est un formidable exemple de comment les choses se passent bien souvent dans la tête de ces derniers. Une fois la réaction initiale de panique consécutive au «Liberation day» début avril, les marchés se sont progressivement adaptés à la nouvelle donne régissant les échanges commerciaux avec les Etats-Unis, si déséquilibrée et dénuée de bon sens puisse t elle paraitre. L’ennemi numéro un pour beaucoup d’entre nous quand il s’agit d’investir n’est pas tant les conditions de marché mais bien l’incertitude quant à ces dernières. Au fil des semaines son degré a diminué et bien que les termes précis des taxes prélevées par les douanes américaines soient encore loin d’être finaux sur de nombreux produits, les investisseurs ont commencé leur travail de «discrimination» entre gagnants et perdants.

De plus, pour de nombreuses entreprises exportant aux Etats-Unis, la politique commerciale radicale du président américain a eu des conséquences stratégiques et organisationnelles, qu’il s’agisse de nouveaux investissements sur le sol américain ou d’optimisation de leur processus de production afin d’atténuer le poids des tarifs. Nous le savons, c’est régulièrement dans l’adversité que l’ingéniosité est la plus grande et nul doute que le coup de massue tarifaire agit déjà comme un accélérateur de créativité et de productivité au sein de nombreuses compagnies étrangères dont les Etats-Unis sont un marché clé.

Au final il est plus difficile qu’on ne pourrait le penser d’appréhender les effets sur les bourses mondiales d’une annulation pure et simple des tarifs douaniers américains. L’effet à long terme serait évidemment une bonne nouvelle pour le commerce international mais à plus court terme, les investisseurs seraient à nouveau plongés dans une période bien incertaine concernant le cap de l’économie de la première puissance mondiale. Leur regard se tournerait vers la réaction de Donald Trump et comment la rhétorique MAGA se réarticulerait. Les dernières déclarations du président quant à l’éventualité d’une annulation sont sans équivoque, ce dernier tentant d’alarmer son auditoire sur les conséquences «catastrophiques» d’un tel revirement pour son pays et la menace qu’il représente…L’épisode du Capitole n’est pas si loin, ne l’oublions pas.

Bien avant d’entendre parler de Donald Trump et de tarifs douaniers, Confucius indiquait que «seuls les individus les plus avisés ou les plus obtus ne changent jamais». Les marchés financiers ne sont guère différents dans leur réaction au changement. Tant que le cadre est clair, les investisseurs trouvent des solutions et s’adaptent graduellement dans le temps à l’évolution des choses. En revanche, les modifications abruptes sont nettement moins bien perçues et provoquent généralement d’amples mouvements de repli des bourses dans l’attente de plus de visibilité. Les juges de la cour suprême américaine pourraient donc tenir prochainement entre leurs mains la clé d’un potentiel changement majeur pour les indices boursiers et devront décider ou non s’il est avisé de ne rien changer. 

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