Les actifs risqués, actions et crypto notamment, demeurent largement soutenus depuis quelques semaines par les agissements du président américain et ce malgré toute la volatilité induite par le personnage. Il n’est pas aberrant de croire que l’administration américaine fera tout pour voir les marchés financiers monter durant le mandat de Donald Trump quitte à franchir dangereusement certaines limites.
Celles et ceux qui me lisent de temps à autre connaissent le peu de crédit que j’accorde à la déferlante d’analyses psychologiques «prédictives» que nous pouvons lire sur le président américain depuis sa réélection. Il penserait plutôt ceci ou plutôt cela, s’apprêterait dès lors à agir comme ci ou comme ça… L’épisode récent du 1er août et l’annonce des 39% de droits de douane visant les produits suisses nous a rappelé, s’il le fallait, que non nous ne savons rien du prochain coup de Donald.
Il y a en revanche plus d’intérêt à observer son parcours et sa façon bien à lui de communiquer et de gouverner. Si l’on se penche sur certains des aspects les plus flagrants du personnage, partisans et détracteurs s’accorderont probablement à dire que Donald Trump est avant tout un showman. Sa politique est un spectacle et le restera. Un autre point sur lequel il n’y a aucun débat tient au fait qu’il est un businessman aguerri. Il aime l’argent, le profit, l’enrichissement.
Dès lors, une partie des opérateurs, à tort ou à raison, pense que du fait de sa position, mais aussi de son aptitude à transgresser de nombreuses règles ou du moins à ne pas se plier us et coutumes dirons-nous, une correction importante des actions américaines est tout simplement…inenvisageable. Elle serait une tache inacceptable dans le bilan du président américain, décrédibiliserait sa croisade «MAGA» et évidemment l’appauvrirait, ainsi que son premier cercle et ultimement ses supporters.
L’argument est un peu simpliste mais loin d’être complètement absurde. Certes Donald Trump ne contrôle pas tout mais son influence est tout de même immense depuis son retour. Ses méthodes sont également bien plus abruptes qu’en 2016. Quel président donne des conseils sur les réseaux sociaux en matière de timing d’achat d’actions ou lance sa propre cryptomonnaie (ainsi que celle de son épouse…)? Surréaliste, immoral, dangereux…probablement. Mais bien concret.
Il parait sage de ne pas trop s’accrocher aux «bonnes» pratiques sensées régir les marchés financiers sous l’ère Trump 2.0 et d’envisager des mécanismes de hausse et de baisse moins académiques qu’avec tout autre président. Admettons alors que, prêts à faire face à la volatilité provoquée par les comportements erratiques du président américain, nous décidions de ne plus craindre la moindre correction des marchés. Quels éléments pourraient alors faire dérailler un tel scénario? Une première hypothèse viendrait d’un choc externe, comme en 2020, face auquel l’administration Trumpienne ne pourrait rien. Pas impossible bien sûr mais pas non plus le plus probable, même si, ne l’oublions pas, le président américain est un homme de bientôt 80 ans qui ne se ménage pas, loin de là. Le deuxième élément, bien plus plausible, tient finalement à Donald Trump lui-même.
En effet il est loin d’être exclu qu’un jour il aille trop loin dans l’une de ses actions ou qu’il ait simplement moins de réussite avec les conséquences de ces dernières. Certaines «dérives» semblent à porter de décret et pourraient l’entrainer dans une spirale politique ou judiciaire négative. On pense notamment aux mesures tarifaires «punitives» trouvant leur justification dans des aspects bien éloignés du commerce international. Sur un autre front encore, ses potentiels (et multiples) ennuis judiciaires ne sont pas un si petit caillou que ça dans sa chaussure et demeurent quelque chose à ne pas sous-estimer dans une Amérique pleine de paradoxes et de divisions.
À force de provocations et d’outrages, Donald Trump a largement banalisé ses comportements et les marchés les «digère» avec de plus en plus de facilité. Après les six premiers mois de son second mandat, ses «succès», bien que très relatifs, en termes de commerce international, de géopolitique ou encore d’immigration reposent avant tout sur sa communication et toute l’orchestration qui l’accompagne. Or c’est justement de ça dont les marchés se nourrissent depuis son retour et c’est bien en cela qu’il peut être difficile pour certains d’envisager une débâcle boursière avec un Donald à la mine déconfite.
Là où tous les yeux sont désormais rivés sur une potentielle bulle technologique, soi-disant prête à exploser dans un remake du début des années 2000, un grand nombre d’opérateurs prend comme acquise la politique très spéciale menée par l’administration Trump. Le marché pourrait-il tenir ses niveaux actuels sans la dose de confiance «sous stéroïde» de l’idéologie MAGA véhiculée en permanence par le président à grands coups de projets de dérégulation financière et probablement bientôt de planche à billet?
Tel un souffleur de verre le président américain s’époumone quotidiennement pour faire rentrer dans la tête de ses électeurs et des marchés financiers que rien ne peut arriver à cette Amérique-là, numéro une dans tous les domaines. Qu’il s’agisse d’intelligence artificielle ou de cryptomonnaies, autrement dit d’à peu près tout ce qui monte cette année, l’influence du leader américain est conséquente et le marché risque fort de ne plus pouvoir s’en passer. C’est bien en ce sens que Donald Trump représente lui-même un grand risque pour les marchés financiers et pour leur élan actuel.
Qu’on l’admire ou qu’on le déteste, il paraitrait peu souhaitable pour les marchés de devoir faire face à un changement politique soudain. Là où le monde gagnerait probablement à des choix plus raisonnés et apaisés venant de la première puissance mondiale, les marchés perdraient eux le côté showman et ultra libéral du président actuel. Se sevrer de sa politique spectacle se ferait probablement dans la douleur.
Nul doute que sans choc exogène majeur ni dérapage incontrôlé, Donald Trump cherchera à se retirer avec des marchés au plus haut. Que ces derniers soient alors proches d’une crise majeure provoquée par sa politique, qu’il s’agisse de dette, de levier financier ou de spéculation ce ne sera probablement plus son problème. N’ignorons pas le momentum actuel, ne perdons pas la raison pour autant.