Comment naviguer face au ralentissement de la croissance et à des valorisations sous tension

Seema Shah, Principal Asset Management

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Alors que l’économie américaine ralentit et que l’incertitude perdure, les investisseurs doivent faire preuve d’agilité et d’ouverture stratégique.

 

Durant la dernière décennie, la diversification était conseillée, mais rarement payante. Une exposition concentrée aux géants technologiques américains à très grande capitalisation a généré des rendements bien supérieurs à ceux d’un portefeuille diversifié par catégories d’actifs, secteurs ou zones géographiques. Cette surperformance persistante a entraîné des valorisations excessives, tout en occultant d’autres opportunités potentielles.

Alors que l’économie américaine ralentit et que l’incertitude perdure, les investisseurs doivent faire preuve d’agilité et d’ouverture stratégique. Une diversification géographique et une diversification des actifs s’imposent plus que jamais. 

Le portefeuille traditionnel 60/40, qui a bien résisté ces dernières années, se heurte désormais à un environnement de taux durablement élevés. Les rendements réels pourraient s’éroder, tandis que la volatilité risque de s’intensifier. Cela renforce la nécessité d’élargir la diversification aux catégories d’actifs non traditionnelles, notamment les actifs alternatifs et les marchés privés. 

Une gestion active s’avérera essentielle pour piloter les risques, optimiser les performances et capter les nouvelles opportunités dans le contexte actuel.

Résilience économique en voie d’atténuation

La tendance générale laisse entrevoir un affaiblissement progressif de l’activité au cours des mois à venir. Les dépenses des ménages restent soutenues, mais leur résilience dépendra fortement de la solidité du marché du travail.

Les indicateurs de confiance révèlent un pessimisme marqué depuis le début de l’année, tant du côté des ménages que des entreprises, même si les petites entreprises ont récemment retrouvé un certain optimisme. En parallèle, les données économiques concrètes - ou données «dures» - demeurent relativement solides, malgré quelques signaux d’alerte. 

Néanmoins, à mesure que les effets du conflit commercial se diffusent dans l’économie, il est probable qu’ils finissent par peser sur ces indicateurs. Ces retombées devraient commencer à se manifester d’ici la fin de l’été, bien que le calendrier exact reste incertain. 

Pour l’heure, les consommateurs qui ont un emploi continuent de consommer, portés par une croissance solide des revenus, mesurée à travers les gains horaires moyens et la durée hebdomadaire travaillée. Toutefois, si les tensions sur le marché de l’emploi s’accentuent, un repli de la consommation de détail pourrait suivre rapidement, avec des répercussions plus générales sur l’économie. 

Cela dit, en l’absence de choc exogène, le ralentissement de la croissance semble suffisamment graduel pour permettre aux décideurs et aux investisseurs d’ajuster leurs stratégies avec discernement.

États-Unis: une résilience face aux chocs macroéconomiques

À court terme, l’amenuisement des marges de sécurité rend les marchés américains plus exposés aux perturbations. À moyen terme cependant, la croissance des bénéfices devrait soutenir la progression des marchés. 

Les actions américaines ont effacé leurs pertes antérieures, le S&P 500 atteignant un nouveau sommet historique à la fin du deuxième trimestre. Plusieurs secteurs ont contribué à ce rebond, notamment la finance, l’industrie et les services collectifs. Mais c’est surtout la technologie - portée par les «Mag 7» qui a mené la hausse, grâce à un fort rebond après le creux du 9 avril, dopée par des résultats solides et des gains de productivité liés à l’IA de plus en plus tangibles. 

Cette reprise généralisée des marchés contraste toutefois avec des perspectives économiques marquées par un ralentissement, une inflation persistante et une incertitude politique prolongée. Les effets différés des tensions commerciales devraient se refléter dans les données à venir, ce qui devrait alimenter la volatilité à court terme. 

À plus long terme, cependant, les investisseurs peuvent s’attendre à de nouvelles hausses de l’indice S&P 500. Les secousses liées à l’instabilité politique tendent à rester ponctuelles, tant que les entreprises continuent d’afficher des résultats solides. Et les bénéfices suivent généralement la croissance économique, même modeste.

La récente reprise boursière, dominée par les géants technologiques, a une fois encore tiré les valorisations des grandes capitalisations vers le haut. À l’inverse, les petites capitalisations offrent aujourd’hui un potentiel de valorisation nettement plus intéressant. Une fois que la Fed amorcera une baisse de ses taux, et sous réserve d’un environnement macro toujours favorable, les petites capitalisations devraient tirer leur épingle du jeu. 

Si les marchés mondiaux - notamment européens - ont profité de politiques propices à la croissance, les arguments structurels en faveur des États-Unis, à l’origine de leur surperformance récente, demeurent solides.

Diversification mondiale: une priorité incontournable

Le rebond inattendu du secteur technologique chinois, le virage budgétaire expansionniste de l’Europe et la dégradation des perspectives américaines ont incité les investisseurs à se repositionner vers les marchés internationaux. Le repli du dollar n’a fait que renforcer l’attrait d’une exposition mondiale. 

À l’avenir, la diversification des actifs et la diversification géographique joueront un rôle crucial. L’exceptionnalisme américain reste intact: ses forces structurelles - innovation, échelle, productivité - demeurent des atouts de poids. Mais à mesure que d’autres économies reprennent de l’élan, la surperformance américaine devrait logiquement s’atténuer. 

Cette année, les marchés des actions mondiaux affichent une forte dispersion de performance, l’Europe devançant temporairement les États-Unis. Toutefois, le rebond marqué de la fin du deuxième trimestre a rapidement ramené le marché américain dans une zone de valorisations tendues. Les valorisations américaines comptent désormais parmi les plus élevées jamais enregistrées.

En Europe, la solide performance du premier semestre 2025 a mis fin aux valorisations dépréciées, et, dans le cas de l’Allemagne, les niveaux actuels sont désormais très élevés. La hausse initiale des actions européennes reposait sur des anticipations d’amélioration des fondamentaux au cours des prochaines années, favorisées par l’assouplissement budgétaire. Désormais, face à des valorisations tendues, il faudra probablement des preuves concrètes d’amélioration des perspectives bénéficiaires pour prolonger cette dynamique. 

Dans les marchés émergents, la situation reste très hétérogène. La Chine et l’Amérique latine affichent encore des niveaux de valorisation attractifs, tandis que ceux de l’Inde restent particulièrement élevés.

Dans ce contexte, la gestion active demeure un levier indispensable pour piloter le risque, renforcer les performances et saisir les bonnes opportunités au fil du cycle. Une diversification accrue, sur le plan géographique comme en termes de catégories d’actifs, s’impose alors que les économies mondiales gagnent en dynamisme et que les taux élevés s’installent dans la durée.

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