Vers la démondialisation financière?

Salima Barragan

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Selon Esty Dwek et Patrick Artus de Natixis, elle résultera de la démondialisation réelle.


Crédit photo Patrick Artus © Barande Jérémy EP

Après le verrouillage des pays exportateurs, la mondialisation sera différente. Les entreprises ne souhaitant plus dépendre de leurs sous-traitants étrangers sont incitées à trouver des alternatives régionales voire locales. Qu’implique ce retour à l'approvisionnement domestique sur le plan financier? Patrick Artus, Chef Economiste et membre du Comité Exécutif de Natixis et Esty Dwek, Directrice de la Stratégie de marché chez Natixis Investment Managers Solutions (Natixis IM Solutions), expliquent comment les finances de certains pays seront affectées.

«Comme on l’a vu à plusieurs reprises, et à nouveau avec la crise du coronavirus, les sous-traitants lointains peuvent bloquer les chaînes de valeur mondiales», commente Patrick Artus. Réactives, les entreprises ont déjà trouvé de nouvelles solutions pour honorer leurs carnets de commandes. «Le retour à des chaînes de valeur régionales se voit déjà à travers l’affaiblissement global du commerce mondial, le recul des investissements directs vers la Chine et leur stagnation vers les autres pays émergents ainsi que par le biais de l'affaiblissement du poids des importations des pays de l’OCDE en provenance des pays émergents», précise-t-il.

«Après la crise, il sera insupportable aux Etats européens
de dépendre des productions de médicaments de la Chine ou de l’Inde.»

Certains Etats chercheront aussi à sécuriser leurs industries stratégiques en relocalisant nationalement ou régionalement la production de médicaments, de composants électroniques et de matériaux pour l’industrie numérique. «Après la crise, il sera insupportable aux Etats européens de dépendre des productions de médicaments de la Chine ou de l’Inde», souligne-il. 

Pour rappel, «la mondialisation financière consistait essentiellement en une intégration financière plus forte des pays, avec des dettes et des actifs extérieurs de plus grande taille», explique-t-il. Généraliser la production locale affectera les balances des paiements des pays. «Cela réduira les déséquilibres extérieurs», explique l’économiste. L’équation est simple: si dans chaque pays on produit davantage pour consommer localement, la balance commerciale tend à s'équilibrer. 

«Les pays émergents pourraient imprimer davantage de monnaie
pour se financer, mais le risque sur leur devise est trop grand.»

Comme corollaire, moins de déséquilibre extérieur signifie aussi moins de dettes et d’actifs étrangers. «Si on ramène la production localement, on réduit le commerce mondial ainsi que la demande extérieure pour sa dette. C'est-à-dire qu'il faudra se financer seul ce qui peut se révéler compliqué pour certains pays», explique Esty Dwek. En effet, les Etats-Unis dotés d’une devise de réserve mondiale (et la Fed), ou le Japon (dont la Banque centrale achète quasiment toute la dette) peuvent s’auto-financer facilement. En revanche, l'Italie et la Grèce, ainsi que certains pays émergents pourraient s’exposer à des instabilités financières: «Certains pays déjà très endettés n'ont pas leur propre devise et sont en plus limités dans leurs emprunts. Les pays émergents pourraient imprimer davantage pour se financer, mais le risque sur leur monnaie est trop grand», conclut-elle.

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