Quelles méduses pour 2020?

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Echange de points de vue sur l’économie mondiale entre Patrick Artus (photo) et Bruno Crastes au Forum Natixis à Genève.


Patrick Artus, chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis.

Des risques potentiellement plus élevés que prévu

Lors du Natixis Investment Forum à Genève le 21 janvier dernier, Patrick Artus, chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis, et Bruno Crastes, directeur général d'H2O Asset Management, ont partagé leurs vues sur l’économie mondiale et les risques auxquels elle pourrait se trouver confrontée.

Globalement, le monde se désindustrialise. La production manufacturière est en baisse constante et le secteur industriel présente une croissance structurellement nulle. Ce phénomène pourrait être très problématique pour les économies tirées par ce secteur.

L’économie chinoise ne réaccélérera pas cette année
et l’Inde souffre d’un manque d’épargne privée.

Du côté des marchés émergents, la Chine et l’Inde vont mal. En plus de leur fort endettement, les entreprises chinoises subissent un écrasement de leurs marges bénéficiaires et l’économie, en transition vers une économie de services centrée sur la demande domestique, ne réaccélérera pas. Concernant l’Inde, le pays souffre d’un manque d’épargne privée et doit faire face à un déficit commercial extérieur qui va le forcer à prendre des mesures. La lumière viendra vraisemblablement des pays d’Asie du Sud-Est qui concentrent le potentiel actuel des pays émergents et qui disposent, à court terme, d’une plus grande marge de manœuvre pour résoudre leurs problèmes structurels.

Il ne faut pas oublier le Brexit. De nombreux investisseurs semblent vouloir mettre ce problème de côté ou ne réalisent pas l’importance de cette sortie désorganisée de l’Union européenne. Ce «hard Brexit» implique que la fenêtre de négociations ne pourra rester ouverte que quelques mois. Cela est grandement insuffisant, car pour l’Union européenne il n'est pas question de conclure des négociations à n’importe quel prix. Hormis quelques secteurs comme l’aéronautique, le délai est donc bien trop court pour conclure des accords viables, équilibrés et solides. 

Finalement, malgré le manque apparent d’enjeux majeurs pour les grandes économies cette année, il faudra se méfier du comportement des investisseurs. En 2019, ces derniers ont été prudents, voire trop prudents. En 2020, ils semblent se montrer beaucoup plus optimistes et aventureux. Dans l’environnement actuel, il serait dès lors opportun d’adopter une attitude plutôt réservée et ce, pour trois raisons. Premièrement, il y a beaucoup trop de liquidités sur le marché et donc une instabilité latente. Deuxièmement, le comportement des investisseurs étant très réglementé, il entraîne des comportements stéréotypés qui peuvent se révéler dangereux. Troisièmement, les actifs sans risques sont excessivement rares, ce qui a une incidence directe sur leurs cours (Treasuries, Bunds et Japanese Government Bond).

Le marché obligataire

Grâce aux taux réels négatifs, à une croissance stable mais faible et à une économie qui ne crée toujours pas d’inflation, le cycle économique actuel pourrait durer jusqu’en 2023. Dans ce contexte, rien n’est à prévoir du côté des grandes banques centrales cette année. 

Avec Christine Lagarde, la BCE paraît plus équilibrée,
plus à l’écoute et elle cherche à retrouver des consensus.

Concernant la BCE, l’arrivée de Christine Lagarde apporte un souffle nouveau: la BCE paraît plus équilibrée, plus à l’écoute et elle cherche à retrouver des consensus. Il se pourrait qu’en 2021, la BCE soit la première à remonter ses taux. Ceci renforcerait mécaniquement la valeur de l’euro, ce qui serait très mauvais pour l’économie européenne.

La clé de la santé et du projet européen aujourd’hui est de stopper les flux des épargnes privées du nord de l’Europe, principalement d’Allemagne, vers les Etats-Unis. En effet, deux tiers des flux européens sont concernés par cet exode qui appauvrit l’Europe et impacte directement la croissance de la zone. La création d’un «Eurobond» digne de ce nom pourrait être la solution pour que les investissements européens restent en Europe et soutiennent sa croissance.

Le marché actions

Le premier semestre de cette année devrait être calme. Un risque de déclin des marchés actions est plutôt anticipé dans le courant du deuxième semestre. Dans ce contexte, les stratégies «value» devraient surperformer les stratégies «momentum».

En ce qui concerne les actions européennes, il existe un potentiel considérable de diversification au sein des portefeuilles institutionnels, et notamment ceux des assureurs européens. Le sauvetage de l’économie européenne devrait donc aussi passer par la dérégulation des politiques d’investissement des institutionnels afin de diminuer leur part obligataire qui ne rapporte plus rien et faire de la place pour les actions. Cela contribuerait à pentifier la courbe des taux et serait positif pour la croissance.