Retraite: pourquoi l’inflation va tout changer

Emmanuel Garessus

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La hausse des taux d’intérêt et de l’inflation crée de nouvelles opportunités pour les assurés et les caisses de pension.


©Keystone

Avec des taux d’intérêt et d’inflation durablement supérieurs, les comportements de tous les acteurs de la prévoyance devront changer. Quels gestes doivent prendre les assurés pour se prémunir? Comment les caisses de pension réagiront à ce changement?

Le conseiller en prévoyance VZ présente un cas très parlant: après déduction des impôts et des 2% d’inflation, un capital de 50’000 francs ne vaut plus que 39’012 francs après 10 ans, soit une perte de 10’988 francs. Il est toutefois possible que l’inflation reste supérieure à 2%.

Les assurés du système de prévoyance doivent d’abord être conscients du changement de paradigme. La hausse de l’inflation réduit la valeur d’un capital placé sur un compte en banque. Il faut donc prendre les mesures adéquates pour que ce capital maintienne son pouvoir d’achat. Le but est d’obtenir un rendement nominal supérieur à l’inflation.

«L’assuré doit avant tout évaluer le montant de liquidités dont il a besoin durant les 2 à 3 prochaines années pour ses besoins d’investissement et ses impôts.»

Le changement de régime d’inflation et de taux d’intérêt «ouvre de nouvelles perspectives à la prévoyance professionnelle», affirme Quentin Costa, actuaire auprès de PPCmetrics, à Nyon. Ce processus de normalisation permet de relever les attentes de rendement à long terme. L’actuaire indique à Allnews que «pour les actions, les espérances de rendement à long terme atteignent 5,5% par an, compte tenu d’un taux sans risque non plus négatif mais aujourd’hui à 1,5%.

Les étapes à suivre pour un assuré

L’assuré doit avant tout évaluer le montant de liquidités dont il a besoin durant les 2 à 3 prochaines années pour ses besoins d’investissement (automobile, formation, rénovations du logement) et ses impôts, déclare Roland Bron, directeur de VZ en Suisse romande. Il y ajoutera un coussin de sécurité d’environ 30 à 50’000 francs à conserver en cas d’imprévus. L’inflation s’élève à 3%, le livret d’épargne à 0,2%. Il en résulte une perte réelle de 2,8%. Cette dernière s’accroît avec l’impôt sur la fortune (0,5 à 0,8%). Le but n’est donc pas de disposer de liquidités excessives. Le reste doit être investi afin d’obtenir un rendement réel positif.

La meilleure façon de profiter de la hausse des taux et de l’inflation consiste à procéder à des rachats dans sa caisse de pension, indique Quentin Costa. Non seulement le rendement dépasse la rémunération du compte d’épargne bancaire, mais l’assuré profite d’avantages fiscaux.

Roland Bron confirme ce choix. Il ajoute que l’assuré doit être conscient que ce capital investi n’est pas disponible à court terme.

L’épargne restante peut être avantageusement investie ensuite dans des ETF en fonction de la tolérance au risque et de l’horizon temporel, propose Roland Bron. Les fonds indiciels cotés permettent une bonne diversification à des frais très inférieurs à ceux des fonds de placement actifs. La préférence de VZ est accordée aux fonds indiciels en actions, si l’horizon de placement est long (plus de 10 ans) et si le profil de risque le permet.

Besoins de liquidités à la retraite

Si un assuré prend son capital à son entrée à la retraite, il perd presque de 30% de valeur réelle en dix ans si l’inflation atteint 3% par an. Pour gérer ce capital, VZ recommande d’effectuer une planification intégrant les besoins de liquidités, les besoins pour le budget courant et les impôts avant de procéder aux placements financiers.

A la retraite, le montant de liquidités à conserver devrait couvrir deux années de «lacunes», selon Roland Bron. Ce terme correspond à la différence entre le revenu à la retraite (AVS + rente de la caisse de pension + autres revenus) et les dépenses du ménage. Si la «lacune» est de 25’000 francs, il devrait conserver 50’000 francs en liquidités. Le solde peut ensuite être investi dans un portefeuille diversifié de fonds indiciels, à la manière d’une caisse de pension. L’horizon temporel pour les actions doit être d’au moins 10 ans, selon Roland Bron. Il arrive qu’à la suite d’une très mauvaise année boursière, l’investisseur doive attendre 10 ans pour générer un rendement positif.

L’investisseur devrait s’attendre à une «performance positive» cette année.

En raison de la hausse des taux hypothécaire, les assurés doivent se demander s’il est intéressant d’amortir davantage que ne le demande la banque. Dans cette situation, deux points sont à considérer. Il ne faut pas trop immobiliser sa fortune sous peine de ne pas disposer de liquidités suffisantes au financement des dépenses annuelles. Le deuxième point conduit à faire un calcul entre le coût de l’hypothèque (2% par exemple, réduit des impôts) et le rendement des placements. Si l’assuré peut obtenir un rendement de placement supérieur au coût, mieux vaut ne pas amortir, recommande Roland Bron.

Discussions sur le taux technique

Les assurés ne sont pas les seuls à devoir réfléchir aux effets d’une hausse durable des taux et de l’inflation. Il en va de même pour les caisses de pension.

PPCmetrics a toujours défendu une approche économique de la prévoyance professionnelle. Comme les taux du marché se sont accrus, «il faudrait ouvrir la discussion sur un ajustement à la hausse du taux technique (taux utilisation pour l’évaluation future des rentes)», avance Quentin Costa. Les caisses de pension qui utilisent un taux proche de 1% sont les premières visées par ce changement d’environnement. Le relèvement attendu du taux technique améliore automatiquement le degré de couverture des caisses de pension. L’impact d’une hausse des taux est en effet très significatif sur le passif d’une institution. Plus les taux augmentent et plus la valeur des engagements (donc des rentes futures) diminue.

Avec l’époque des taux nuls ou négatifs, les caisses de pension devaient prendre davantage de risque pour améliorer leur rendement. Aujourd’hui, avance l’actuaire, l’institution a moins besoin de prendre des risques pour atteindre son objectif de rendement. Les obligations sont devenues plus attractives puisque le taux sans risque s’est accru. Il en va de même des actions et des infrastructures, estime Quentin Costa.

Un bon cru 2023?

L’investisseur devrait s’attendre à une «performance positive» cette année, estime Jürg Rimle, responsable de Fidelity en Suisse. La décrue des prix, l’amélioration des conditions d’approvisionnement et la réouverture de la Chine incitent à une attitude constructive même si le ralentissement économique peut provoquer une modeste contraction de l’économie, déclare-t-il à Allnews. Lui aussi s’attend à la poursuite du recul de l’inflation, mais son niveau devrait rester au-dessus de celui d’avant le covid, prévoit-il.

L’investisseur devrait surpondérer les actions, estime Jürg Rimle. La réouverture de la Chine sera un thème majeur à prendre en compte par l’investisseur. L’Asie et en particulier la Chine, malgré la hausse boursière récente, disposent des meilleures chances de progression. Différents pays d’Asie du Sud-Est sont également attractifs, comme l’Indonésie, avance-t-il. Au sein des pays industrialisés, les Etats-Unis offrent un meilleur rapport rendement/risque que l’Europe. Christine Lagarde et la Banque centrale européenne risquent en effet de mettre à mal un atterrissage en douceur de l’économie en raison d’une politique monétaire trop longtemps restrictive.

Les obligations d’entreprise de bonne qualité (IG) permettent aussi, actuellement, d’envisager un rendement supérieur à l’inflation, ajoute le responsable de Fideliy en Suisse.

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