Noir ou blanc sur les places financières

Victor Cianni, Alpian

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Que nous réservent les marchés pour la rentrée? Du vert ou du rouge? Difficile à dire quand les investisseurs voient tout en noir… ou en blanc.

Après avoir longtemps cherché la bande-son idéale pour cette chronique, je me suis dit qu’un petit détour par les années 1990 s’imposait. Là, j’étais sûr de trouver un titre capable de nous aider à affronter la double peine de cette rentrée. Entre le temps maussade et les unes déprimantes, on en vient à regretter nos transats. Sur les marchés, le gris domine, couleur typique quand les opinions divergent et que les données économiques se contredisent. Alors quitte à parler de contrastes, autant le faire avec un détournement musical digne de ce nom: montons le son et laissons «Black or White» de Michael Jackson nous accompagner pour tenter de deviner dans quel sens le vent est en train de tourner.

Si l’on s’attarde sur les performances des marchés en août, le bilan n’est globalement pas si mauvais. Les actions terminent l’été dans le vert (S&P 500: +1,5%, SMI: +3,0% sur août) et les obligations grappillent quelques points de base. Si les actifs digitaux broient du noir, l’or, lui, semble apprécier la rentrée des classes. Bref, sur le papier, un investisseur diversifié a de quoi être satisfait. Mais ce qui laisse un arrière-goût, c’est que cette progression a été laborieuse : après un début de mois chaotique, les marchés ont repris leur souffle… pour finir la saison des vacances visiblement à bout de forces.

A quoi s’attendre dans les mois à venir? Du rouge ou du vert?

Difficile à dire, car, en ce moment, sur les marchés, on raisonne en noir ou blanc. Du côté des économistes, un consensus se dessine autour d’un horizon un peu plus sombre. L’impact des tarifs douaniers sur les prix à la consommation et l’inflation commence à se faire sentir, même si l’ampleur reste pour l’instant bien inférieure aux craintes initiales (en moyenne, +1% pour 10% de tarifs selon une étude de Harvard). Le marché de l’emploi envoie également des signaux de faiblesse, renforçant la probabilité d’une récession. Les investisseurs, eux, choisissent plutôt le blanc, avec trois raisons d’afficher leur optimisme : des consommateurs qui continuent de dépenser, l’intelligence artificielle qui soutient la croissance, et la perspective d’une baisse des taux dès septembre.

Des vues polarisées se traduisent souvent, sur les marchés, par un regain de volatilité à court terme, mais aussi par des écarts de valorisation qui peuvent offrir des opportunités.

Après plus de deux ans de politique monétaire restrictive, le patron de la Fed, Jerome Powell, a laissé entendre qu’il pourrait être temps d’adopter une posture différente, même si l’hésitation reste palpable dans ses propos. Pour rappel, la banque centrale américaine évolue depuis plusieurs mois sur une ligne de crête : continuer à combattre l’inflation, quitte à s’attirer les foudres de Trump et à mettre sous pression les finances publiques, ou soutenir l’économie. Noir ou blanc, peste ou choléra… Ce dilemme trouve écho sur les marchés obligataires, et se reflète dans la forme même de la courbe des taux, qui adopte depuis peu une allure singulière, dite «butterfly»: des taux d’emprunt à court et à long terme élevés, mais des taux moyen terme nettement plus bas.

Ces divergences d’opinion sur la trajectoire des marchés reflètent aussi celles qui entourent la future politique des Etats-Unis et la géopolitique qui en découle. Et là encore, difficile de faire plus dichotomique. Le monde semble scindé en deux camps: ceux qui dénoncent les actions de Trump et alertent sur le risque de voir l’administration américaine glisser vers une dérive autoritaire digne de certains pays émergents, et ceux qui portent le président aux nues. Quant au principal intéressé, il reste fidèle à lui-même. Noir ou blanc, il continue d’imposer des tarifs — au sens propre comme au figuré — à tout ce qui se dresse sur sa route: partenaires commerciaux, dirigeants d’institutions politiques et financières, présidents et présidentes.

Des vues polarisées se traduisent souvent, sur les marchés, par un regain de volatilité à court terme, mais aussi par des écarts de valorisation qui peuvent offrir des opportunités. Je l’avoue: en tant que professionnel de la finance, je trouve ces périodes bien plus stimulantes intellectuellement qu’un marché dominé par un consensus. Certes, nous n’avons pas de boule de cristal pour savoir si le noir ou le blanc l’emportera, mais nous pouvons ajuster les portefeuilles pour ne pas avoir à choisir un camp.

Première approche: embrasser les nuances de gris. Jamais la diversification n’a été aussi pertinente et à tous les niveaux. Sur le plan géographique, d’abord: de nombreux pays, en dehors des grandes puissances, tirent leur épingle du jeu. Même au sein de certains blocs, comme en Europe, les dynamiques évoluent: d’anciens «mauvais élèves» deviennent des modèles. Ensuite, la diversification par classes d’actifs : qui dit incertitude dit primes de risque différentes. Elargir ses horizons peut s’avérer payant. Deuxième approche: miser simultanément sur le noir et le blanc. Par exemple, parier sur une hausse des marchés tout en se couvrant, ou jouer les extrêmes d’un même spectre.

La palette des options est infinie dès lors qu’on reformule le problème autrement. Pour paraphraser Michael Jackson, noir ou blanc, la couleur importe peu, il est plus important d’ajuster son point de vue et son portefeuille. Et sur ce, je vous souhaite une rentrée haute en couleur.

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