Les spéculateurs institutionnels soutiennent le bitcoin

Cyril Gomez

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Les grands investisseurs demeurent globalement acheteurs de cryptomonnaies via les contrats à terme.


© Keystone

Le bitcoin (BTC) s’est apprécié de plus de 35% durant le mois d’avril à plus de 9’280 dollars. Hier, un analyste spécialisé dans les cryptomonnaies, cité par Market Watch, n’a pas exclu une hausse jusqu’à 15’000 dollars à court terme, si la cryptomonnaie parvient à franchir la résistance de 10’000 dollars.
 
Depuis le début de l’année, le BTC a perdu environ 30% sur fond de défiance des régulateurs et des autorités publiques. Les analystes mentionnent également la demande de dollars de la part des détenteurs de BTC, forcés de convertir une part substantielle de leur portefeuille pour régler des impôts liés aux gains réalisés à partir de leurs activités de trading.
 
Mais personne ne trouve d’explications concrètes au récent rebond de la monnaie de l’Internet, l’un des actifs les plus volatils de l’histoire des marchés financiers. D’après la plateforme d’information spécialisée Hacked, la demande institutionnelle serait à l’œuvre, en particulier du côté des traders de contrats à terme (futures) sur BTC, dont la capitalisation boursière est actuellement de 158 milliards de dollars. 
 
Depuis le lancement des futures au Chicago Board Options Exchange (CBOE) en décembre 2017, le volume de négoce moyen s’élève à 6’600 contrats par jour. Mais jeudi, ce chiffre a atteint 18’210 contrats pour l’échéance de mai. Le record précédent était de 15’500 échanges le 17 janvier dernier. Toutefois, à la différence de celui-ci, le récent record ne tient pas à l’expiration des futures. Selon les données de la plateforme de trading de cryptomonnaies TurtleBC, les positions acheteuses sur BTC «demeurent élevées», dès lors que, fin avril, près de 70% des ordres passés étaient acheteurs. Le 19 avril, cette part a même atteint 93%. 

CBOE prévoit d’offrir l’accès à des fonds négociables
en bourse (ETF) sur BTC dans les prochains mois.

D’après le CBOE, des informations supplémentaires doivent être recueillies pour évaluer l’impact de la demande institutionnelle de BTC. Mais ce qui est sûr, c’est que celle-ci pousse les plateformes de marchés régulées à adopter des produits financiers basés sur les cryptomonnaies. Après avoir lancé les contrats à terme, CBOE prévoit d’offrir l’accès à des fonds négociables en bourse (ETF) sur BTC dans les prochains mois, mais doit encore convaincre le gendarme des marchés financiers, la Securities and Exchange Commission (SEC), qui se montre pour l’instant relativement sceptique. 

En attendant, des célébrités de l’investissement tels que Warren Buffet continuent de souligner le caractère insoutenable de ce qu’ils considèrent comme étant une bulle spéculative. Il a récemment répété sur un plateau de télévision qu’il n’était pas possible d’investir dans les cryptomonnaies, mais uniquement de spéculer. Arguant qu’à la différence d’un actif, celles-ci ne produisent rien et que, à la différence d’une monnaie, leur usage reste pour le moins marginal.

En cela, il rejoint le positionnement des analystes du pionnier de l’investissement factoriel, Research Affiliates. Le créateur et provider des indices fondamentaux RAFI a publié une note mercredi dernier, dans laquelle il associe la spéculation sur les cryptomonnaies à l’application pure et simple de la «théorie du plus idiot». Celle-ci consiste à acheter des actifs financiers à prix chers, profitant du momentum du moment, pour les revendre à un prix encore plus élevé à des investisseurs peu regardant des fondamentaux.

Ce que font, d’après les experts de Research Affiliates, les investisseurs marginaux ou initiés, aux dépens des investisseurs moins bien informés ou plus émotionnels. «Est-ce que le bitcoin et d’autres cryptomonnaies parviendront-elles à devenir des réserves de valeur stables?», s’interroge RA. «Peut-être. Ceux qui, parmi nous, sont des libertaires, méfiants à l’égard du contrôle gouvernemental sur l’offre de la monnaie, rêvent d’une telle issue.»

«Combien d’investisseurs détiennent des cryptomonnaies
pour une raison autre que l’espoir que quelqu’un les leurs rachètera
à un prix supérieur dans un avenir plus ou moins proche?»

Mais les analystes de RA invoquent le réalisme et préviennent contre les risque du romantisme dans les décisions d’investissement. Romantisme consistant à croire que le mouvement de spéculation actuel serait le reflet d’une foi collective naissante en un idéal monétaire libertaire. «Combien d’investisseurs détiennent des cryptomonnaies pour une raison autre que l’espoir que quelqu’un les leurs rachètera à un prix supérieur dans un avenir plus ou moins proche?»

Enfin, le BTC souffre d’une mauvaise réputation écologique. Au point que, selon Research Affiliates, elle créerait des distorsions dans l’économie réelle dues à la consommation énergétique qu’exigent des transactions cryptographiques reposant sur la preuve de travail. Le réseau pèse à lui seul déjà 0,25% de la consommation globale d’électricité. Soit 56 milliards de kilowatts/heure ou une année de consommation des ménages résidant à Los Angeles ou encore l’ensemble de la demande d’électricité en Israël.

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