Le marché obligataire américain de nouveau sous pression

Jerome Baillaud, Heravest

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Selon une étude récente de la Réserve fédérale américaine, chaque hausse de 10 dollars du prix du pétrole peut accroître l'inflation de 0,2%.

 

Les marchés sont légitimement inquiets des répercussions sur la croissance d'une hausse généralisée des prix de l'énergie et des problèmes d'approvisionnement potentiels liés à la fermeture du détroit d’Ormuz. Cependant, les rapports ISM de février suggèrent que l'économie américaine était en excellente santé avant le conflit. L'indice ISM des services pour le mois de février a été bien plus robuste que prévu, atteignant 56,1 contre 53,8. Ce résultat a dépassé toutes les prévisions individuelles contribuant au consensus. L'activité commerciale a bondi de 57,4 à 59,9, soit le taux de croissance le plus élevé depuis mai 2024. Les nouvelles commandes sont également restées très fermes à 58,6, tandis que le carnet de commandes a fortement progressé de 44,0 à 55,9. Ces chiffres font suite à l'enquête ISM sur le secteur manufacturier, qui indique que ce dernier pourrait enfin tourner la page de 2 années difficiles. L'indice a enregistré un deuxième chiffre consécutif supérieur à 50, une première depuis fin 2022. Ces deux indices ISM militent pour une croissance du PIB US supérieure à 3% cette année.

Cependant, ce sont les composantes «prix» qui ont retenu notre attention. Dans le secteur manufacturier, les prix payés ont bondi de près de 12 points, avec une forte augmentation de la proportion de répondants signalant une hausse des prix (env. 45%). Cette augmentation est principalement due à la hausse des prix de l'acier et de l'aluminium, qui impacte l'ensemble de la chaîne de valeur. À 70,5, l'indice se situe légèrement au-dessus des pics enregistrés au début de l'année dernière, lors de la mise en place des droits de douane. Dans le secteur des services, la pression inflationniste demeure élevée. À 63,0, l'indice a atteint son niveau le plus bas depuis environ un an.

Selon une étude récente de la Réserve fédérale américaine, chaque hausse de 10 dollars du prix du pétrole peut accroître l'inflation de 0,2%. Les prix du pétrole sont déjà passés de 55 à 80 dollars le baril, soit une pression inflationniste potentielle de +0,5%. L’indice des prix américain pourrait ainsi passer de 2,4% à 2,9%. Si les prix du pétrole dépassent 90 dollars le baril, l'inflation accélérera d’autant plus.

La flambée des prix du pétrole intervient alors que d'autres indicateurs des pressions inflationnistes deviennent préoccupants. Même si les prix du pétrole baissent prochainement, il sera de plus en plus difficile d'imaginer que le prochain président de la Fed Kevin Walsh puisse convaincre les autres membres de la Fed de soutenir de nouvelles baisses de taux tant qu'il n'y aura pas de preuves plus tangibles d'un retour de l'inflation vers les 2%.

Lorsque les tensions s'exacerbent, la Chine joue la carte des terres rares. Les pays du Golfe s'en inspirent. Ces pays (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Koweït) ne possèdent pas de terres rares ; ils disposent en revanche de revenus pétroliers. Ces pays ont épargné 5’000 milliards de dollars grâce à la vente de pétrole au cours des cinq dernières décennies, dont 2’000 milliards ont été investis en actions et obligations américaines. Face à l'intensification du conflit avec l'Iran et au sentiment d'insécurité qui règne en l'absence de la couverture des systèmes de défense aérienne américains, trois des quatre pays du Golfe envisagent de réduire leurs investissements des États-Unis. Ils invoquent les pertes de revenus pétroliers, la baisse du transport maritime et l'effondrement du tourisme comme principales raisons de cette décision.

Il y a moins d'un an, Donald Trump leur rendait visite et obtenait l'engagement d'un nouvel investissement de 2000 milliards de dollars pour la décennie à venir. Il semble peu probable que les pays du Golfe vendent tous leurs investissements, mais ils peuvent réduire progressivement leurs avoirs, comme le fait la Chine depuis 2014.

Ces vents contraires arrivent au moment où une cour américaine ordonne le remboursement des droits de douane indument perçus par le trésor américain ces derniers mois. L’administration US devrait rembourser entre 130 et 170 milliards de dollars.

Le retour de l’inflation mettrait à nouveau la pression sur les obligations longues américaines, encore plus en période de déficit budgétaire

De similitudes avec les années 1970

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