La Chine est en marche

Jerome Baillaud, Heravest

1 minute de lecture

Trois dossiers soutiennent le yuan: des droits de douanes nuls pour 53 pays africains, la conversion en yuan de la dette kényane contractée auprès de Pékin et les stablecoins adossés au renminbi.

Alors que les actions chinoises sont au plus haut depuis fin 2021, l'USD/CNY sans faire grand bruit est désormais à son plus bas niveau depuis novembre dernier. Trois développements récents soutiennent un rebond plus marqué du yuan.

Premièrement, les autorités chinoises viennent d’annoncer que des droits de douanes nuls seront désormais appliqués à 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine, contre 33 précédemment, afin d'utiliser le vaste marché chinois pour soutenir un développement commun. Il s'agit de la dernière mesure prise par la Chine pour soutenir l'importation de marchandises africaines sur le marché chinois.

Pour les pays africains, exploiter le commerce comme outil de développement peut stimuler la croissance de l'ensemble de la chaîne industrielle. Alors que les échanges commerciaux avec les marchés traditionnels tels que l'UE, le Japon et le Royaume-Uni ont continué de croître, les marchés émergents, dont l'Afrique, représentent un important relais de croissance.

Les relations économiques sino-africaines se sont considérablement renforcées ces dernières années.

Au premier semestre 2025, les importations en provenance de ces 53 pays africains ont enregistré une croissance à deux chiffres. Cette politique souligne le rôle grandissant que la Chine souhaite jouer auprès des pays en développement. Les récents changements dans la politique commerciale américaine, marqués par des droits de douane indiscriminés, ne font qu’accélérer ce phénomène.

Dans le même temps, les échanges commerciaux de la Chine avec l'Afrique ont atteint 1180 milliards de yuans (165 milliards de dollars), en hausse de 14,4% sur un an. Sur la même période, les exportations chinoises vers les marchés émergents ont enregistré une croissance à deux chiffres.

La Chine est le premier partenaire commercial de l'Afrique depuis 16 ans. En 2024, les échanges bilatéraux ont atteint pour la première fois les 2100 milliards de yuans.

Le passage en dettes libellées en yuan permettrait au Kenya de réduire de moitié sa charge d’intérêts.

Deuxièmement, le Kenya envisage de convertir sa dette contractée en USD auprès de la Chine en yuan. La dette extérieure du Kenya était, à la fin mars, de 40,5 milliards de dollars dont 35% dus à la Banque mondiale, 20% dus aux investisseurs en euro-obligations et seulement 12% de dollars auprès de la Chine, selon les données officielles. Si le jeu commercial est important, la politique est sans aucun doute également à l'œuvre. Le dollar est devenu la principale monnaie de réserve mondiale durant l'entre-deux-guerres, après que les États-Unis ont accordé d'importants prêts libellés en dollars à l'Europe.

Le fixing du USD/CNY devrait continuer de baisser


 


Les stablecoins constituent un autre terrain de bataille pour l'internationalisation des monnaies des blocs mondiaux.

Troisièmement, un rapport de l’agence Reuters fait état que la Chine cherche à accélérer la création de stablecoins adossés au renminbi. Alors que l'attention se porte fortement sur les stablecoins adossés au dollar américain, comme Tether, après l'adoption du GENIUS Act aux Etats-Unis, la Chine ne procrastine pas. Si les stablecoins ciblent actuellement principalement le secteur des investisseurs individuels, la Chine craint sans doute d’être laissée pour compte si les paiements se démocratisent.

  • L'USD/CNY devrait rapidement repasser sous les 7,00

A lire aussi...