Le point majeur est le coup de massue donné par Donald Trump avec ses 39% de droits de douane sur les biens suisses importés aux Etats-Unis. Sur une base du commerce pondéré, le taux pour la Suisse aurait dû être à 20%.
Malgré un taux de 39%, bien au-delà des 15% pour l’UE, les indices boursiers ont relativement bien résisté. Les analystes financiers et le marché croient que ce taux insensé sera réduit. Malgré des relations dites «merveilleuses», la Suisse a souvent été mise sous pression par les Etats-Unis: comptes en déshérence des clients juifs durant la Seconde guerre mondiale, secret bancaire et liste noire pour la raison de manipulation monétaire.
Selon ses derniers commentaires, notre présidente Karin Keller-Sutter a défendu les intérêts de la Suisse et a dit NON à certaines revendications de Donald Trump, alors que les négociations avançaient plutôt bien. Mais le dernier mot revient à Donald Trump, même si en amont toutes les parties avaient trouvé un d’accord.
Selon certaines sources d’analyse macroéconomique, un taux maintenu à 39% aurait un impact négatif de 0,3% à 0,7% sur le PIB. Le risque est plus microéconomique sur quelques secteurs que macroéconomique. Les Etats-Unis comptent pour 18% des exportations totales suisses. Le Conseil fédéral va mettre en place des mesures de soutien aux secteurs et entreprises touchés durement par cette attaque américaine comme cela avait été fait durant le Covid.
Cela dépendra du sort du secteur pharmaceutique qui a un régime particulier et échappe pour le moment au «racket» des droits de douane américains. Donald Trump veut d’abord que les sociétés pharmaceutiques proposent une baisse drastique des prix des médicaments aux Etats-Unis; à la fin, Donald Trump n’exclut pas des droits de douane jusqu’à 250% s’il n’est pas satisfait. Pas bon pour les sociétés pharmaceutiques et la Suisse, sachant que les produits pharmaceutiques comptent pour 48% des exportations vers les Etats-Unis.
Il y a eu de la confusion sur les exportations d’or raffiné. Dans un premier temps, les douanes américaines ont annoncé que les exportations d’or seraient taxées à 39%, puis quelques heures plus tard, l’administration américaine a exempté l’or de droits de douane comme cela avait déjà été annoncé en avril.
Pour fixer le taux à 39%, la Maison blanche semble s’être appuyée sur les données 2024 pour calculer le déficit américain vis-à-vis de la Suisse et donc fixer le taux des droits de douane. Mais en 2024, la Suisse a exporté des quantités exceptionnelles d’or vers les Etats-Unis, un phénomène lié à Donald Trump; son arrivée au pouvoir a généré une telle incertitude que les investisseurs se sont massivement tournés vers les valeurs refuges comme l’or face au risque inflationniste, du déficit budgétaire américain et de l’endettement américain. Washington ne tient compte que des échanges de biens physiques pour établir les déficits. Si l’on incluait les Big Techs, la Suisse deviendrait l’un des partenaires commerciaux les plus avantageux pour les Etats-Unis.
Selon les sources, la Suisse assure 30%-50% du raffinage mondial de l’or - Metalor à Neuchâtel, Argor-Heraeus, MKS Pamp et Valcambi au Tessin, et le prix et la demande peuvent avoir un impact considérable sur les exportations suisses. En 2024, les exportations d’or vers les Etats-Unis sont passées de 4,5 milliards de dollars à 15,7 milliards. Entre juin 2024 et juin 2025, la Suisse a exporté 61,5 milliards de dollars d’or vers les Etats-Unis. En 2024, les exportations d’or ont représenté 22% des exportations vers les Etats-Unis.
40% du PIB suisse dépendent des exportations suisses à l’étranger, comme l’Allemagne et l’Autriche. Pour les Etats-Unis, ce pourcentage se situe à 10%. L’exportation des services comptent beaucoup en Suisse grâce au trading sur les matières premières et à l’asset management.
Le secteur pharmaceutique et le raffinage de l’or représentent une part importante des exportations suisses vers les Etats-Unis. A eux deux ce sont 70% des exportations vers les Etats-Unis. Pour le moment, ces deux secteurs sont exemptés de droits de douane.
Les principales victimes sont les montres, les machines-outils, les appareils médicaux, les instruments de précision, l’électronique. Nestlé est touché en raison de ses exportations de capsules Nespresso pour une valeur annuelle de 1,1 milliard de dollars. Le risque est grand de perdre des parts de marché aux Etats-Unis si le taux de 39% est maintenu. D’autant plus que les principaux concurrents des entreprises suisses, allemands, italiens, japonais, coréens du Sud, ne subissent «que» 15%.