Le scénario de taux durablement élevés s’est imposé comme la principale préoccupation des marchés cette semaine. La remontée des rendements souverains, particulièrement aux Etats-Unis, ravive les craintes d’un environnement monétaire plus restrictif et durablement défavorable aux actifs risqués. Le taux américain à dix ans a touché 5,20%, tandis que le taux à deux ans a franchi 4,90%. Le Bund allemand à dix ans a également fortement progressé. Cette tension reflète des indicateurs américains meilleurs qu’attendu, une demande insuffisante lors des adjudications du Trésor et une Fed toujours restrictive. Elle a pesé sur les valeurs de croissance, soutenu le dollar et exercé une pression sur l’or.
Pour cette semaine de fin de trimestre, le marché a connu un regain de volatilité que ce soit sur les actions ou sur les taux. L’indicateur de volatilité sur les taux a atteint les points hauts du mois de mars lors du premier mois du conflit au Moyen-Orient. Les taux d’emprunt d’Etat ont continué la tendance engagée, notamment avec les bons indicateurs avancés publiés la semaine précédente. La dernière estimation du PIB américain pour le deuxième trimestre a confirmé la bonne tenue de l’économie, et notamment de la consommation, qui a été révisée à la hausse. Côté emploi, les inscriptions hebdomadaires au chômage sont en baisse et passent sous le niveau de 200'000 cette semaine. Cependant, l’indice PCE, indicateur d’inflation américain très suivi par la Fed, publié ce mercredi pour le mois d’août, s’est établi en dessous des attentes. Cela est en faveur d’un statu quo de la Fed lors de la réunion du mois d’octobre. La situation des consommateurs peut paraître fragile, comme le montre l’indicateur de confiance du Conference Board au plus bas depuis 12 ans. On a ainsi vu les attentes de hausse de taux des investisseurs en octobre entraîner une baisse des taux courts et une repentification de la courbe des taux.
Le phénomène a été le même en Europe. Les taux longs ont aussi atteint des points hauts, la plus forte dégradation étant pour la France. L’écart de taux avec l’Allemagne a dépassé les 140 points de base sur le taux à 10 ans, niveau de 2012 en plein cœur de la crise de la dette en zone euro. Le gouvernement français a présenté son budget pour l’année 2027, avec un objectif de 5% de déficit. Cependant, l’approche des élections présidentielles et le parlement fragmenté rendent difficile le vote de ce budget et augmentent l’inquiétude sur la soutenabilité de la dette française. Cette dégradation s’est transmise aux autres pays de la zone euro qui ont vu aussi leur taux à 10 ans s’écarter de celui de l’Allemagne.
Les nouvelles sur l’approvisionnement en pétrole étaient plutôt favorables cette semaine, les données montrant que le nombre de barils venant du Moyen-Orient se rapprochait du niveau d’avant-guerre. Cependant, cela n’a pas fait réellement baisser les prix, mais a plutôt permis une stabilisation sur des niveaux élevés. De plus, les prix sur les produits transformés, notamment le diesel, sont repartis à la hausse. Plusieurs médias ont évoqué une possible restriction des exportations américaines de diesel. Cette mesure interviendrait si les pays européens refusaient de libérer une partie de leurs réserves stratégiques. Une réunion des responsables européens s’est mise en place pour aborder ce sujet et a permis en fin de semaine une légère détente des prix de l’énergie.
Dans ce contexte, nous conservons un positionnement légèrement positif sur les actifs risqués, compte tenu des fondamentaux solides de l’économie américaine et à l’approche d’une saison de résultats qui devrait soutenir les actions. Nous avons aussi une vue positive sur la duration, qui apporte maintenant un rendement intéressant et peut servir d’actif protecteur en cas de ralentissement de l’économie.