La Fed ignore les signes de désinflation

François-Xavier Chauchat, Dorval Asset Management

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Les opérateurs anticipent désormais des taux de la Fed nettement supérieurs à l’inflation en 2023.


© Keystone

Le «quoiqu’il en coûte» toujours plus déterminé de Jerome Powell contre l’inflation provoque de nouveaux dégagements sur les marchés financiers. Ces pressions sont accentuées par l’impression de panique qui règne en Europe et au Royaume-Uni. Les anticipations de taux d’intérêt sont-elles bientôt en passe d’être suffisamment réajustées?

Plus de complaisance de la part de la Fed

Malgré les signes d’une désinflation naissante et l’ancrage des anticipations d’inflation des ménages, la Réserve fédérale américaine a donc décidé d’accentuer la pression lors de sa réunion du 21 septembre. Elle affirme son refus de toute complaisance tant que l’inflation dépassera son objectif de 2% (elle a atteint environ 6% cet été). La réalisation de cet objectif passe par un rééquilibrage du marché du travail, et donc un net ralentissement économique. Or, les dernières indications disponibles sur l’emploi et l’activité montrent une résilience qui suggère qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

La stagflation et la guerre sont en train de conduire la plupart des pays européens sur la voie d’une politique budgétaire expansionniste et d’une politique monétaire restrictive.

Comme indiqué à plusieurs reprises cette année, les opérateurs de marché n’avaient jamais vraiment cru que la fonction de réaction de la Banque centrale américaine puisse à ce point changer par rapport aux dernières décennies. Cette relative complaisance était surtout visible sur le marché obligataire, marché qui intégrait l’idée d’un retour assez rapide à 2% d’inflation sans que les taux de la Fed n’aient besoin de dépasser 3% à 3,5%. La situation a désormais bien changé, les investisseurs anticipant des taux Fed à 4,75% au printemps, en ligne avec les dernières projections de la Fed, et environ 1,5% au-dessus des prévisions d’inflation 2023. En fonction des données à venir sur l’inflation, le chômage et les salaires, ces taux pourraient cependant continuer à être révisés à la hausse. Le profil rendement/risque des marchés obligataires US n’est donc peut-être pas encore suffisamment attractif à ce stade. C’est vrai aussi de la partie longue de la courbe des taux, où la prime de terme reste faible (les taux à long terme restent inférieurs à 4%).

Changement de discours des banques centrales

En Europe et au Royaume-Uni, la détermination de la Fed exerce une pression de plus en plus forte, via le taux de change, sur un mix inflation-croissance déjà exécrable. Les perspectives de récession liées à la crise du gaz russe ont longtemps freiné la Banque Centrale Européenne et la Banque d’Angleterre, mais la situation n’est plus tenable. La stagflation et la guerre sont en train de conduire la plupart des pays européens sur la voie d’une politique budgétaire expansionniste et d’une politique monétaire restrictive. Sur ce dernier point, on est encore loin du compte, avec des taux réels à court terme encore très négatifs en zone euro comme au Royaume-Uni. Malgré la nette différence de situation économique entre l’Europe et les Etats-Unis, les banques centrales européennes sont donc en train de changer radicalement de discours, comme l’a fait récemment la Riksbank (la Banque de Suède) en montant ses taux de 100 points de base. Et nul doute que les évènements politiques récents en Italie et au Royaume-Uni, avec leurs risques de dérapages budgétaires, accroissent encore la pression. Cette pression sur la crédibilité des banques centrales est particulièrement forte sur la Banque d’Angleterre après les annonces de baisse des impôts de Liz Truss.

Les changements de discours des banques centrales, et en particulier celui de la Fed, ont conduit à baisser sensiblement le taux d’exposition aux actions depuis le 21 septembre dans les fonds flexibles internationaux. Il faut cependant rester vigilant et réactif, les marchés financiers intégrant déjà beaucoup de mauvaises nouvelles à l’aube d’une période qui devrait être malgré tout marquée par un processus de désinflation progressive.

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