L’IA n’est plus un phénomène abstrait

Ann-Katrin Petersen, BlackRock Investment Institute

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L’attention se porte désormais davantage sur les secteurs de l’économie réelle et les entreprises susceptibles d’en pâtir.

Le thème dominant sur les marchés financiers est actuellement le passage de «l’AI-phoria» à «l’AI-phobia». Après l’enthousiasme suscité par le potentiel de l’intelligence artificielle (IA), les inquiétudes liées à son impact sur les modèles économiques existants prennent désormais le dessus.

Une chose est claire: l’IA n’est plus un phénomène abstrait. Les nouveaux agents d’IA sont désormais capables d’assumer des tâches liées aux logiciels et mettent ainsi en péril l’avantage concurrentiel que de nombreuses entreprises du secteur ont mis des années à construire. La récente correction des valeurs logicielles montre que les investisseurs perçoivent désormais l’essor rapide de cette technologie comme un véritable facteur de transformation économique. Un facteur qui remet fondamentalement en question les modèles économiques et distingue clairement les gagnants des perdants.

Alors que la question de savoir si les investissements considérables dans l’IA généreront effectivement des rendements durables continue d’animer les marchés, le centre de gravité se déplace progressivement. L’attention se porte désormais davantage sur les secteurs de l’économie réelle et les entreprises susceptibles d’en pâtir.

La récente correction des valeurs logicielles marque un tournant significatif dans le thème d’investissement lié à l’IA.

Il en résulte une divergence marquée au sein du secteur technologique. Les entreprises de logiciels ont récemment essuyé des pertes significatives, tandis que les fabricants de semi-conducteurs et de matériel nécessaires au déploiement de l’IA ont, eux, bénéficié de cette dynamique ces derniers mois. Cette différenciation croissante ouvre de nouvelles opportunités pour la gestion active.

Par ailleurs, les pressions inflationnistes persistantes aux Etats-Unis ne plaident pas en faveur d’un assouplissement rapide de la politique monétaire. L’inflation devrait davantage se stabiliser autour de 3% que de l’objectif de 2% fixé par la Réserve fédérale. Dans ce contexte, l’évolution des taux d’intérêt influence directement le financement du déploiement de l’IA. Les investissements massifs sont engagés aujourd’hui, tandis que les revenus ne se matérialiseront que plus tard, le recours à la dette venant combler cet écart. Les entreprises à la pointe du développement de l’IA se sont majoritairement financées sur le marché «investment grade» américain. L’augmentation de l’endettement des entreprises accroît l’offre sur le marché obligataire, déjà sous pression en raison des déficits publics élevés aux Etats-Unis. En somme, l’IA, en tant que méga force, pourrait encore accentuer les tensions haussières sur les taux.

Quelles perspectives désormais? Selon nous, la récente correction des valeurs logicielles marque un tournant significatif dans le thème d’investissement lié à l’IA. A l’automne 2025 encore, les acteurs de marché débattaient de la réalité même de l’IA. Ce débat est désormais clos. La recherche des bénéficiaires de cette transformation devrait continuer à alimenter le déploiement massif de l’IA, ainsi que l’endettement qui l’accompagne. Tant que l’adoption de l’IA progressera, il sera nécessaire de développer les capacités, d’assurer l’approvisionnement énergétique, ainsi que les infrastructures de refroidissement et de connectivité. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles nous continuons de considérer l’expansion des infrastructures liées à l’IA comme une thématique d’investissement attractive.

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