L’argent au croisement des mégatendances

Global X ETFs Europe

3 minutes de lecture

L’IA, la défense et les infrastructures énergétiques redéfinissent la demande – et le profil de risque – du métal, selon le stratégiste matières premières Matt Lodge.

Photo de Scottsdale Mint sur Unsplash

 

Dans l’analyse Silver: At the Intersection of Megatrends - Global X ETFs Europe, Matt Lodge, stratégiste matières premières chez Global X, explique que le profil de la demande d’argent est en pleine transformation. Historiquement, sa consommation dépendait de secteurs cycliques tels que l’électronique, la joaillerie ou les flux d’investissement. Aujourd’hui, cependant, de nouveaux moteurs structurels – centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, modernisation de la défense et transition mondiale vers l’électrification – intègrent l’argent au cœur de projets d’infrastructures à long terme.

Pour les investisseurs, cette évolution pourrait se traduire par une demande moins sensible aux cycles économiques à court terme et davantage soutenue par des programmes d’investissement pluriannuels et des budgets souverains.

Parallèlement, la croissance de l’offre reste limitée: le marché devrait enregistrer en 2024 son quatrième déficit annuel consécutif (environ 149 millions d’onces). Les prélèvements cumulés sur les stocks atteignent désormais quelque 678 millions d’onces depuis 2021, tandis que la demande industrielle atteint des niveaux record. Dans ce contexte, les producteurs miniers faisant preuve de discipline financière et disposant d’actifs de qualité pourraient en tirer avantage.

IA et centres de données: du code au béton

Contrairement aux cycles de renouvellement de l’électronique grand public, le déploiement de l’intelligence artificielle ancre la demande d’argent dans des projets physiques pluriannuels, créant ainsi une dynamique durable.

Selon Matt Lodge, la vague de l’IA semble passer du logiciel à l’acier et au silicium. Les géants du cloud («hyperscalers») se développent à une vitesse sans précédent: selon Dell’Oro, les investissements mondiaux dans les centres de données devraient atteindre environ 1,2 billion de dollars d’ici 2029, soit un taux de croissance annuel composé de 21%, pour une capacité supplémentaire de plus de 50 GW. Plus de 130 à 140 nouveaux sites hyperscale sont ajoutés chaque année.

Ces projets verrouillent la demande d’électricité pour plusieurs décennies. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation des centres de données pourrait presque doubler pour atteindre environ 945 TWh d’ici 2030, l’intelligence artificielle représentant à elle seule la moitié de la croissance additionnelle de la demande. Les contrats d’achat d’électricité à long terme – comme celui de 20 ans signé par Microsoft pour relancer le réacteur Three Mile Island 1, ou encore l’accord nucléaire conclu entre AWS et Talen – illustrent la nature durable de ces engagements.

Pour l’argent, les implications sont concrètes. Les serveurs, les équipements réseau, les systèmes de distribution électrique et les infrastructures de refroidissement reposent tous sur des soudures, contacts et barres omnibus à base d’argent. Les goulets d’étranglement touchant les transformateurs – les carnets de commandes ayant triplé chez Hitachi Energy pour atteindre 43 milliards de dollars – illustrent encore davantage la pression exercée sur les équipements du réseau électrique intégrant des composants argentés.

Modernisation de la défense: les achats en première ligne

Matt Lodge examine également le rôle de l’argent dans la modernisation de la défense, où il observe un virage parallèle au sein de l’industrie. Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2,7 billions de dollars en 2024, enregistrant la plus forte hausse annuelle depuis la fin des années 1980. En Europe seulement, la croissance des achats dépasse désormais celle de la R&D: l’Union européenne a enregistré 72 milliards d’euros d’investissements dans la défense en 2023, dont 80% consacrés à l’acquisition d’équipements.

Des programmes tels que ReArm Europe mettent l’accent sur la défense antimissile, l’artillerie, les drones et les capacités cybernétiques – autant de domaines reposant sur des composants électroniques, des connecteurs et des systèmes d’alimentation à forte teneur en argent. L’objectif de l’OTAN d’allouer 2% du PIB à la défense d’ici 2025 pour l’ensemble des Alliés renforce encore ces trajectoires de dépenses pluriannuelles.

Réseaux électriques et solaire: accompagner un monde électrifié

Le rôle de l’argent, à la fois dans la production d’énergie renouvelable et dans le réseau qui la transporte, soutient une demande industrielle durable.

L’expansion de l’intelligence artificielle s’articule avec les grandes tendances liées à l’électrification. Selon l’AIE, la demande mondiale d’électricité devrait croître d’environ 4% par an jusqu’en 2027. Les investissements dans les réseaux devront presque doubler pour dépasser 600 milliards de dollars par an d’ici 2030, Bloomberg NEF estimant même les besoins à environ 811 milliards.

L’énergie solaire demeure la principale histoire de croissance. Un record de 597 GW de capacité solaire a été ajouté en 2024, portant la consommation d’argent dans les cellules photovoltaïques à environ 197,6 millions d’onces, malgré les efforts constants de réduction des quantités utilisées. Parallèlement, les goulets d’étranglement du réseau – transformateurs, postes électriques et appareillages de commutation – deviennent de plus en plus visibles, chacun intégrant des contacts et des barres omnibus argentés.

Facteurs adjacents: santé, 5G et quantique

Au-delà des piliers principaux, des segments plus modestes mais durables renforcent la résilience du marché:

  • 5G/6G: la densification des réseaux multiplie les antennes et les équipements de transmission, dont beaucoup reposent sur des revêtements à base d’argent.
  • Informatique quantique: bien que de niche, le matériel spécialisé cryogénique et RF nécessite des composants en argent.
  • Santé: les usages antimicrobiens de l’argent dans les pansements et les revêtements assurent une demande stable, soutenue par la réglementation.

Bien que représentant des volumes plus modestes, ces applications renforcent la tendance vers une consommation pérenne et programmée.

Implications pour les producteurs et les investisseurs

L’évolution du profil de la demande d’argent, combinée à des déficits structurels d’offre, ouvre des perspectives favorables à moyen et long terme. Fait notable, les producteurs restent prudents: les positions de couverture se situent à des niveaux historiquement bas, tandis que les directions privilégient le retour de capital aux actionnaires plutôt qu’une expansion agressive.

Le secteur mise davantage sur les fusions et acquisitions: environ 3 milliards de dollars de transactions liées à l’argent ont été recensés en 2024, les sociétés minières cherchant à gagner en taille et en flexibilité. Cette approche pourrait réduire le risque lié à l’offre tout en offrant aux investisseurs une exposition accrue à la hausse des prix, via les primes d’acquisition et une croissance maîtrisée de la production.

En résumé

Selon Global X, l’argent n’est plus simplement un actif cyclique lié à l’électronique ou à la joaillerie. L’essor de l’IA, les cycles d’acquisition de la défense et la transition énergétique mondiale intègrent désormais ce métal au cœur des infrastructures de long terme. Dans un contexte d’offre contrainte et de demande élargie, le profil risque/rendement de l’argent évolue d’une manière qui pourrait s’avérer déterminante pour les portefeuilles institutionnels.

A lire aussi...