Des raisons d’être optimistes

Steven Bell, BMO Global Asset Management

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Malgré les inquiétudes persistantes vis-à-vis de l’inflation, les actions devraient continuer à se renforcer.


©Keystone

En ce début d’année, Omicron continue de sévir dans plusieurs grandes économies mondiales même si les taux d’infection semblent être en baisse. La question était de savoir si ce variant se révèlerait aussi dramatique qu’annoncé par certains et s’il parviendrait à freiner la reprise économique mondiale et à déstabiliser les marchés. Les marchés financiers semblent rester optimistes à cet égard. L’évolution des prévisions de croissance pour 2022 au cours des derniers mois est, à ce titre, particulièrement intéressante. 

L’année dernière, les prévisions pour 2022 annonçaient une très forte croissance au Royaume-Uni et une croissance solide pour les Etats-Unis et l’Union européenne (UE). Bien que les perspectives se soient quelque peu assombries, l’arrivée d’Omicron n’a pas radicalement transformé ces prévisions. Les prévisions en termes d’évolution de l’inflation, elles, annoncent une hausse importante au Royaume-Uni, une hausse modeste aux Etats-Unis et une période de stabilité remarquable en Europe. Un point qui mérite d’être souligné car, si l’inflation était modérée en Europe avant la pandémie, sa présence s’est indéniablement fait sentir depuis. Janvier représente un mois important en termes de prix dans l’espace européen et de nombreuses négociations salariales ont lieu entre janvier et avril. Les inquiétudes inflationnistes pourraient ainsi refaire surface au sein de l’UE au cours des prochains mois.

Les pressions sur l’activité économique s’allègent

Il faut noter que, si le nombre de restrictions liées au COVID a récemment augmenté, notamment en Europe occidentale, leur impact est moindre. Le variant Omicron s’est révélé beaucoup plus transmissible que ses prédécesseurs, mais aussi moins sévère, et a frappé de manière disproportionnée les segments plus jeunes de la population. L’introduction prochaine de médicaments antiviraux accordera également une plus grande protection aux personnes les plus vulnérables. Le monde, en somme, est bien mieux protégé contre le virus et ses variants. Leur impact devrait continuer de décroître durant les prochains mois. 

L’industrie manufacturière a connu un fort rebond en Asie – à l’exception de la Chine - et est repassée dans le vert.

Les pénuries d’approvisionnement semblent également être en passe de s’alléger. Selon les indices des directeurs d’achats (PMI), l’industrie manufacturière a connu un fort rebond en Asie – à l’exception de la Chine - et est repassée dans le vert. La production de semi-conducteurs en Corée du Sud, elle, a bondi. La pénurie de ces puces a représenté un défi considérable pour le secteur automobile mais, cette dernière continuant à se résorber, on devrait assister à une saine augmentation de la production. 

états-Unis: l’inflation va continuer à augmenter

Les consommateurs américains disposent d’un pouvoir d’achat conséquent grâce aux économies qu’ils ont pu accumuler pendant les confinements et aux mesures de relance gouvernementales. Certaines pressions persistent, avec par exemple la fin des crédits d’impôts pour les enfants, mais les dépenses de consommation devraient rester solides. Les entreprises sont également en train d’accroître leurs dépenses. Une dynamique rendue possible par des liquidités abondantes, des marges élevées et une pénurie de main d’œuvre, et qui constitue une bonne nouvelle tant pour l’économie que pour le marché boursier. Les pénuries d’approvisionnement sont également en train de s’atténuer aux Etats-Unis, grâce à la reprise de la production de semi-conducteurs en Asie et à la fin des pics de demande associés au «Black Friday» et aux fêtes de Noël. 

Les prix ont également augmenté aux Etats-Unis, notamment ceux des voitures d’occasion. Ces derniers ont doublé en l’espace d’un an. Les prix de location des véhicules, malgré une première baisse, restent élevés. Deux phénomènes dus à la pénurie d’offre de véhicules neufs. Même si ce goulet d’étranglement se résorbe, la pression sur le marché du travail pourrait persister. Car, si l’emploi reste bien en dessous de ses niveaux pré-COVID, il y a toujours une pénurie de main d’œuvre. Une situation qui alimente à son tour l’inflation des salaires. La hausse des coûts locatifs représente un autre facteur important contribuant à la pression inflationniste. 

Autant d’éléments qui laissent entrevoir une hausse persistante de l’inflation globale sur les prochains mois. Une inflation qui, même lorsqu’elle commencera à s’atténuer, restera bien au-dessus de l’objectif de 2% de la Réserve fédérale. Cela signifie que la Fed va devoir adopter une position encore plus ferme et devra accélérer son calendrier de hausse des taux pour maitriser la situation. Les taux d’intérêts réels ont augmenté et continueront à augmenter, ce qui est susceptible de favoriser les actions de valeur par rapport à celles de croissance.

Zone euro et Royaume-Uni: l’optimisme est de mise

Les consommateurs de la zone euro bénéficient, eux aussi, d’un pouvoir d’achat conséquent. Alors que la politique fiscale commence à se resserrer aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, elle a été assouplie en Europe. Cette dernière pourrait donc, en partie grâce aux grandes mesures de relance introduites dans les différents pays, connaître une bonne année 2022 en termes de croissance. Les PMI de l’industrie manufacturière et des services ont, eux, légèrement baissé mais restent largement dans le vert et en phase d’expansion. En fait, le secteur des services pourrait connaître un rebond considérable en Europe.

Les consommateurs britanniques peuvent compter sur un pouvoir d’achat similaire à celui des Américains.

Les pressions négatives sont nombreuses au Royaume-Uni, entre la hausse des impôts, les hausses des taux d’intérêt et la pression inflationniste sur les revenus réels, sans parler des inquiétudes autour de la question du COVID. Mais les consommateurs britanniques peuvent compter sur un pouvoir d’achat similaire à celui des Américains. Malgré la hausse des prix de l’énergie, la baisse des salaires réels et la possibilité de nouvelles hausses de taux, les ménages ont encore de l’argent à dépenser - s’ils se sentent suffisamment en confiance pour le faire. En se basant sur les PMI, les chiffres de l’industrie manufacturière, de la construction et des services ont légèrement baissé, mais la levée des restrictions liées au COVID devrait leur donner un second souffle. Le marché du logement, lui, reste remarquablement fort.

Taux et bénéfices: les prévisions fluctuent

Les marchés financiers ont relevé le niveau anticipé des taux d’intérêt d’ici un an, que ce soit aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou dans l’UE. Aux Etats-Unis, par exemple, le marché est brusquement passé d’une prévision de taux inchangés à la prévision d’une augmentation de 1%. Or une croissance solide et des pressions haussières sur l’inflation devraient entraîner un resserrement bien plus important que cela de la part de la Fed. La situation est moins claire au Royaume-Uni, mais des hausses de taux sont également probables. Il est intéressant de noter en revanche que les taux d’intérêt devraient rester négatifs en Europe.

Les attentes pour 2022 en termes de bénéfices des entreprises ont également été revues à la hausse l’année dernière. Cette année, les analystes les ont déjà revues à la baisse, une demande avancée en parallèle par les entreprises elles-mêmes. De quoi brosser un tableau fort complexe, mais le pessimisme des analystes à l’heure actuelle est tel que les bénéfices pourraient encore s’avérer raisonnablement solides. 

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