Davos – «Game of Zones»

Christian Gattiker, Julius Baer

1 minute de lecture

Rapport sur les risques mondiaux 2026: comment les acteurs les mieux informés perçoivent les failles mondiales, souvent avant les marchés?

©Keystone

 

Chaque année en janvier, tous les regards se tournent vers Davos: le Forum économique mondial (WEF) rassemble les décideurs politiques et donne lieu à des spéculations sur l'orientation des marchés et des politiques futures. Divertissant, certes. Mais pour les investisseurs, un document est bien plus révélateur: le Rapport sur les risques mondiaux du WEF. Il reflète la manière dont les acteurs les mieux connectés perçoivent les failles mondiales, souvent avant les marchés.

J'ai découvert ce Rapport sur les risques mondiaux du WEF à l'approche de la crise financière mondiale de 2008. Ce qui m'a frappé n’était pas tant son caractère visionnaire, mais sa cohérence: des décideurs bien informés signalaient depuis des années la fragilité systémique avant l'effondrement mondial. Depuis lors, le centre de gravité s'est nettement déplacé de l'économie «pure» vers la géopolitique, la technologie, la société et l'environnement. La seule exception notable est celle de l'année 2020: les pandémies ne figuraient pas parmi les principales préoccupations auparavant, ce qui nous rappelle de manière inconfortable que nous ne pouvons pas tout prévoir, mais seulement nous préparer à ce qui apparaît sur nos radars.

La géopolitique est devenue une variable du portefeuille, et non plus un facteur secondaire.

Que nous apprend donc l'édition 2026?

En un mot: la concurrence. Le rapport décrit 2026 comme une «ère de concurrence» caractérisée par l'affaiblissement des mécanismes de coopération et l'incertitude dominante. Sans surprise, les confrontations géo-économiques occupent la première place dans les risques à court terme (commerce, sanctions, contrôles des investissements et utilisation stratégique des chaînes d'approvisionnement), suivies par les conflits armés entre Etats. Le ton général de l'enquête est sombre: 50% des dirigeants s'attendent à des perspectives «turbulentes» ou «tempétueuses» pour les deux prochaines années (ce chiffre passant à 57% pour la prochaine décennie).

Pour les investisseurs, trois conséquences majeures se dégagent. Premièrement, la géopolitique est devenue une variable du portefeuille, et non plus un facteur secondaire: les couvertures ne sont pas facultatives lorsque les conflits et les outils géo-économiques figurent en tête de liste des risques. Deuxièmement, l'intégrité de l'information et les cyber-risques restent très élevés – la désinformation et la cyber-insécurité figurent parmi les risques les plus graves à court terme – de sorte que la résilience est cruciale au niveau des entreprises et pas seulement au niveau macroéconomique. Troisièmement, les risques à long terme restent dominants: les phénomènes météorologiques extrêmes et les risques environnementaux au sens large dominent l'horizon à dix ans, tandis que les conséquences négatives de l'intelligence artificielle sont perçues comme de plus en plus graves au fil du temps.

Dans la pratique, tout cela plaide en faveur des actifs réels comme stabilisateurs, d'une sélection rigoureuse des actions et d'une prime de risque plus faible sur les modèles économiques robustes et une gouvernance solide. Le rapport ne prédit pas l'avenir, mais il dresse un état des lieux.

Et maintenant, que les jeux du WEF commencent…

A lire aussi...