Brexit, de report en report

Philippe G. Müller & Dean Turner, UBS

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Un report pourrait prendre plusieurs formes, avec des répercussions propres à chacune sur l'économie et les marchés.


© Keystone

La semaine dernière, Theresa May, s'est inclinée devant ses ministres qui exigeaient d'écarter l'éventualité d'une sortie de l'Union Européenne (UE) sans accord le 29 mars. Il faut désormais attendre les résultats des votes qui auront lieu entre le 12 et le 14 mars pour découvrir les prochaines étapes. Dans l'immédiat, une conclusion s'impose: un report est inévitable.

Mais avec le Brexit, les choses ne sont jamais aussi simples. Un report pourrait prendre plusieurs formes, avec des répercussions propres à chacune sur l'économie et les marchés.

Le premier vote du Parlement sur le Brexit portera sur une nouvelle mouture de l'accord négocié par la première ministre. Si Theresa May parvient à obtenir suffisamment de garanties juridiquement contraignantes sur la question de la clause de sauvegarde en Irlande du Nord, alors même quelques-uns des députés eurosceptiques les plus virulents devraient voter pour à contrecœur. A leurs yeux, l'accord de retrait est loin d'être parfait, mais il a au moins le mérite de garantir la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

Un report ne devrait pas perturber les marchés, qui se focaliseront
probablement sur le fait qu'il existe enfin un minimum de certitudes.

Il est fort probable que les choses se déroulent ainsi, mais cela signifierait toujours néanmoins une courte prolongation du délai prévu par l’article 50 afin de permettre aux parlementaires britanniques d'adopter les autres lois nécessaires à une sortie en douceur de l'UE.

Dans ce cas de figure, un report ne devrait pas perturber les marchés, qui se focaliseront probablement uniquement sur le fait qu'il existe enfin un minimum de certitudes. L'économie pourrait également enregistrer un semblant de normalisation.

Une prolongation du délai plutôt qu’une sortie sans accord

Les choses deviennent un peu plus intéressantes si les parlementaires n'entérinent pas l'accord. Theresa May donnera alors à la Chambre des Communes la possibilité de voter sur une sortie sans accord le 29 mars, une proposition que les députés rejetteront probablement.

Si tel est le cas, les parlementaires seront alors invités à se prononcer sur une prolongation du délai prévu à l'article 50, ce qu'ils accepteront probablement. En l'état actuel des choses, il n'y a guère d'indices sur les modalités d'une telle prolongation, mais deux scénarios viennent immédiatement à l'esprit.

Un délai court pour tenter d’améliorer l’accord de sortie

Tout d'abord, Theresa May pourrait privilégier l'obtention d'un délai court (trois mois maximum), ce qui est son option favorite. Le gouvernement chercherait probablement à améliorer encore l'accord de sortie pendant cette période. Difficile de prédire s'il y parviendra, mais s'il n'a pas réussi à le faire jusqu'ici, qu'est-ce qui pourrait bien changer la donne? Pas grand-chose, sans doute. Par conséquent, le Royaume-Uni sera probablement confronté à la perspective d'une sortie sans accord lorsque la prochaine date butoir approchera.

Selon certaines rumeurs, l'UE pourrait exiger une prolongation
plus longue, qui pourrait aller jusqu'à deux ans.

Dans un tel scénario, l'impact négatif sur la confiance et sur l'économie sera probablement totalement identique à celui observé récemment et il est peu probable que la livre sterling en profite.

Evidemment, si Theresa May ne parvient pas à sortir de l'impasse pendant le délai supplémentaire, elle pourrait décider de s'en remettre aux électeurs, vraisemblablement en convoquant des élections générales. Une telle décision ne résoudra pas forcement le problème, mais compte tenu de ses répercussions sur l'économie et les marchés, l'incertitude accrue sera probablement un handicap.

Un délai plus long pour favoriser un regain de confiance

En second lieu, selon certaines rumeurs, l'UE pourrait exiger une prolongation plus longue, qui pourrait aller jusqu'à deux ans. Un délai aussi long serait très difficile – mais pas impossible – à accepter politiquement pour Theresa May. Cela mettrait peut-être un terme au bail de Theresa May au 10 Downing Street, mais il semblerait de toute façon que ses jours à la tête du gouvernement soient comptés.

Ce scénario apporterait la certitude dont les entreprises britanniques ont tant besoin, favorisant ainsi un regain de confiance et un rebond de l'activité. Par ailleurs, il est probable que, en cas de démission de Theresa May, les investisseurs se rueraient sur la livre sterling.

Mais encore une fois, l'incertitude quant à la suite des événements ne tarderait pas à resurgir. Les dissensions politiques au Royaume-Uni s'aggraveraient probablement, avec à la clé de nouvelles élections, voire un nouveau référendum. Le regain de confiance pourrait alors s'enrayer rapidement.

La livre sterling a enregistré un vif rebond au cours des dernières sessions. On peut considérer que ce rebond est justifié dans la mesure où l'hypothèse d'une sortie sans accord le 29 mars est quasiment exclue. Néanmoins, il semble hasardeux à ce stade de chercher à prendre le train de la hausse des marchés. Le report du Brexit dissipe une source d'incertitude, mais en fera sans doute naître d'autres.

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