Resserrement de la Fed: une menace exagérée, mais pas dissipée

Philippe G. Müller, UBS

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Il est peu probable que le programme de QT pèse de manière significative sur l'économie mondiale et sur les marchés financiers.


Siège de la Réserve fédérale à Washington. ©Keystone

Le programme de resserrement quantitatif (QT) de la Réserve fédérale américaine – perçu par de nombreux investisseurs comme une menace pour la croissance économique et les marchés – pourrait s'achever cette année, si l'on en croit le procès-verbal de la réunion du mois de janvier de son comité de politique monétaire (FOMC). Il est probable que la Fed annonce bientôt la fin de la réduction de son bilan, probablement à l'occasion de la prochaine séance du FOMC.

C’est donc un autre signe que la Fed prend davantage en compte les inquiétudes des investisseurs. Après tout, c'est lorsque son président, Jerome Powell, a déclaré que le QT était en mode «pilotage automatique» que les actions ont dégringolé en décembre.

Il existe toujours un risque d'erreur de communication de la part de la Fed.

Même si l'on fait abstraction du procès-verbal de la réunion du FOMC, il est peu probable que le programme de QT pèse de manière significative sur l'économie mondiale et sur les marchés financiers. 

Tout d'abord, la réduction du bilan de la Fed n'est pas d'une ampleur équivalente à la relance qui a suivi les turbulences de 2008. Les actifs de la Fed, qui sont passés de 900 milliards de dollars avant la crise à 4’500 milliards de dollars en 2017, ne devraient retomber qu'à 3’500 milliards de dollars. De plus, les investisseurs ne sont plus aussi demandeurs de liquidités, car ils se sentent plus en sécurité. Par conséquent, le QT est moins susceptible de se traduire par un assèchement de la liquidité ou une nette baisse de l'inflation.

Néanmoins, il est encore trop tôt pour écarter la menace du resserrement quantitatif de la Fed ou d'autres banques centrales.

Il existe toujours un risque d'erreur de communication de la part de la Fed. Une communication mal gérée peut ébranler la confiance des investisseurs à court terme. L'ancienne présidente de la Fed, Janet Yellen, avait estimé que le QT était aussi intéressant que de regarder la peinture sécher. Néanmoins, les investisseurs sont sensibles aux inflexions de cette politique.

Les QT de la BCE et de la BoJ pourraient constituer une menace
plus sérieuse, même s'ils n'ont pas encore commencé.

Les QT de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de la Banque du Japon (BoJ) pourraient constituer une menace plus sérieuse, même s'ils n'ont pas encore commencé. La BoJ est encore dans une logique de relance et la BCE se limite à réduire la taille de son bilan rapportée au PIB de la zone euro. Toutefois, lorsque ces deux banques centrales feront un pas vers le QT, les risques s'accentueront. 

Quant à l'assouplissement quantitatif, la BCE et la BoJ ont toutes deux été plus audacieuses que la Fed, en augmentant leur bilan dans des proportions plus importantes par rapport au PIB et en achetant un éventail plus large d'instruments. 

La situation pourrait également être compliquée par la liquidité. Les marchés des obligations d'entreprises européennes ne sont pas aussi liquides que le marché des bons du Trésor américain. Dès lors, lorsque la BCE réduira son bilan, il y a un risque d'un assèchement de la liquidité.

L'évolution future des taux de la Fed reste une source de préoccupation potentielle.

Les investisseurs devraient donc rester attentifs au QT, ainsi qu'à d'autres facteurs de risques tels qu'une rupture des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine, un resserrement du crédit aux États-Unis et un atterrissage brutal de l'économie chinoise. 

L'évolution future des taux de la Fed reste également une source de préoccupation potentielle. Après les récentes déclarations conciliantes de la Fed, les marchés ont exclu de nouveaux relèvements de taux et prévoient même la première baisse du cycle pour 2020. 

Toutefois, il n’est pas certain que le cycle de relèvement des taux de la Fed soit déjà arrivé à son terme. La Fed a promis d'être «patiente», mais pas de mettre un point final à son resserrement monétaire. Les investisseurs en actions pourraient donc être déçus si un nouveau relèvement de 25 points de base devait survenir cette année. 

Compte tenu de ces risques, ainsi que des signes de ralentissement de la croissance économique, une modeste surpondération des actions mondiales, avec une couverture contre les risques extrêmes peut être attendue.

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