Beaucoup d’agitation pour un accord commercial modeste

Alan Mudie, Société Générale Private Banking

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Au vu de ce qu’il contient, l’accord signé entre Donald Trump et Liu He ne devrait plus pousser les marchés beaucoup plus haut pour l’heure.

Conformément aux attentes, le président américain Donald Trump et le vice-premier ministre chinois Liu He ont signé l’accord commercial de «phase 1» tant attendu le 15 janvier. La cérémonie a marqué la fin de plusieurs mois de discussions bilatérales et ouvre la voie à de nouvelles négociations de «phase 2» qui pourraient durer de nombreux mois encore. Qu’en est-il des échanges commerciaux sino-américains? Et quels sont les possibles effets sur les économies et les marchés?

L’accord de 94 pages couvre un certain nombre de points de discorde entre les deux pays. Concernant l’achat de marchandises, dans les deux prochaines années, la Chine s’est engagée à acheter 200 milliards de dollars supplémentaires d’importations en provenance des Etats-Unis en comparaison de 2017, la dernière année avant que le conflit commercial n’éclate. Ce montant se répartit comme suit: 78 milliards de produits manufacturés, 52 milliards dans l’énergie, 38 milliards dans les services et 32 milliards de denrées alimentaires. 

Chine et USA ont réaffirmé leurs engagements de ne pas recourir
à une dévaluation compétitive de leur devise pour soutenir leurs exportateurs.

De plus, la Chine a accepté de ne pas contraindre les entreprises américaines à transmettre leur technologie lorsqu’elles souhaitent accéder au marché chinois. Elle s’est engagée à renforcer ses mécanismes pour assurer la protection de ses droits de propriété intellectuelle, ses brevets et ses marques, et pour faciliter la résolution de conflits. Sur le front de l’alimentation et de l’agriculture, certains obstacles aux importations américaines (essentiellement liés aux normes sanitaires) seront levés et les procédures d’approbation pour des cultures génétiquement modifiées seront simplifiées. 

Pour la partie financière et sur les devises, la Chine et les Etats-Unis ont réaffirmé leurs engagements de ne pas recourir à une dévaluation compétitive pour soutenir leurs exportateurs. La Chine s’est engagée à ouvrir son secteur des services financiers à la concurrence américaine, tandis que les Etats-Unis ont promis un traitement réglementaire équitable des services financiers chinois.

Malgré une portée très large, l’accord n’est guère novateur. Par exemple, la Chine a simplement renouvelé les engagements qu’elle a pris sur le transfert de technologie lorsqu’elle a rejoint l’Organisation mondiale du commerce. En outre, Pékin a déjà réduit les restrictions concernant l’accès aux marchés financiers chinois afin de faire intégrer le renminbi dans le panier des droits de tirage spéciaux du FMI (constitué de devises de réserve). Et la Chine a davantage concentré ses efforts pour favoriser l’appréciation, plutôt que l’affaiblissement, de sa devise ces dernières années.

Les exportateurs chinois peuvent s’attendre à une période de meilleure
visibilité sans nouvelle escalade pour le moment.

Néanmoins, cet accord est une bonne nouvelle pour le commerce international. Les droits de douane qui devaient entrer en vigueur à la mi-décembre sur quelque 180 milliards de dollars d’importations de Chine ont été suspendus. Les droits de douane existants de 15% sur environ 120 milliards d’importations ont été réduits de moitié, même si les droits de douane de 25% sur les 250 milliards restants achetés auprès de la Chine restent en place. Malgré cela, cela signifie que les exportateurs chinois peuvent s’attendre à une période de meilleure visibilité sans nouvelle escalade pour le moment.

En laissant l’essentiel des droits de douane existants en place, l’administration américaine maintient la Chine sous pression pour respecter les engagements pris durant la «phase 1» et progresser dans les discussions de la «phase 2». Le deuxième cycle couvrira des sujets (comme les subventions accordées par la Chine à ses champions nationaux, ses restrictions concernant l’accès à Internet derrière le «Great Fire Wall» ou ses «cyber-intrusions» aux Etats-Unis) jugés trop sensibles pour le premier cycle. Par conséquent, comme l’a indiqué le président Trump, les discussions ne devraient pas se conclure avant les élections de novembre. La guerre commerciale restera donc une source de volatilité potentielle pour les marchés tout au long de cette année.

L’accord conclu la semaine passée a été conforme aux attentes des investisseurs, avec une hausse des marchés actions mondiaux de 13,4% depuis début octobre pour atteindre les plus-hauts historiques. Au vu de ce qu’il contient, il ne devrait plus pousser les marchés beaucoup plus haut pour l’heure. Nous devrions ainsi nous attendre à une période de consolidation. Cependant, l’amélioration du contexte macro-économique, combinée à des politiques monétaire et fiscale accommodantes, devrait continuer de soutenir la surperformance des actions face aux obligations dans les douze prochains mois.

Le déficit commercial US s’est réduit
Déficit commercial US avec la Chine (en $, en milliards)


 

Le yuan s’est apprécié face au dollar US
Taux de change USDCNY