5 idées qui peuvent doubler dans les 5 ans

Emmanuel Ferry, Banque Pâris Bertrand

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Se pré-positionner dans les prochains relais de performance, loin des modes et de la dictature du benchmark.

Les investisseurs se focalisent sur la maturité du cycle économique (plus longue phase d’expansion aux Etats-Unis depuis 1854 selon le NBER) et la maturité du cycle financier (valorisation combinée des actions et des obligations à un plus haut niveau depuis la fin des années 20). L’incapacité des marchés financiers à rémunérer correctement le risque et la sur-implication des banques centrales conduisent à trois phénomènes structurants : abandon de la discipline de prix, capitulation vers la gestion passive, raccourcissement de l’horizon d’investissement.

Pourtant, il n’y a pas de fatalité à s’enfermer dans la combinaison toxique «espérance de rendement faible, risque de perte élevée». Pour doubler son capital sur un cycle de 5 ans, il faut générer un rendement annualisé de près de 14%. Un tel taux d’intérêt semble hors de portée dans les classes d’actifs et thèmes actuellement privilégiés en raison de leur valorisation excessive. Pourtant, il est possible d’identifier des idées susceptibles de réaliser cet objectif très ambitieux, mais il y a trois conditions pour cela:

  1. élargir l’horizon d’investissement;
  2. adopter une approche résolument contrariante;
  3. accepter le risque de sous-performance à court terme (effet courbe en J).
Les dimensions «revenu» et «croissance» peuvent compléter
la dynamique de convergence des valorisations.

Le point de départ est la décote de valorisation. C’est le principal déterminant d’une telle approche, même si les dimensions «revenu» et «croissance» peuvent compléter la dynamique de convergence des valorisations.

  • Idée 1: les marchés émergents Actions avec un biais Value. Les marchés émergents ont déjà connu un bear market dans le cycle actuel (près de -40% entre 2011 et 2016). Il en résulte aujourd’hui une valorisation attractive de 12x les résultats. Si on privilégie le segment des entreprises décotées, le P/E ajusté du cycle économique tombe à 7x, contre 31x pour les Actions américaines par exemple. Un tel écart est unique dans la vie d’un investisseur, d’autant qu’il est possible de combiner qualité, croissance et revenu (rendement du dividende de 5%) dans l’espace émergent.
  • Idée 2: l’or comme substitut à l’actif sans risque. L’or a également connu son cycle baissier entre 2011 et 2015 (-45%). La sortie de son range historique (au-dessus de 1360) suite au biais accommodant de la Fed est un signal fort pour reconsidérer l’or dans une allocation d’actifs, au moment où 40% du benchmark obligataire Global Agg est à taux négatif. Cela confère à l’or un rendement nominal implicite. Le revenu explicite dégagé par une vente régulière d’options contribuera à atteindre plus rapidement l’objectif de doubler son investissement.
  • Idée 3: shorter les sociétés zombies. Le taux d’endettement des entreprises américaines a atteint 47% du PIB. Au cours des 35 dernières années, un tel seuil a systématiquement déclenché une augmentation du taux de défaut au-delà de 10%. L’orientation ultra-accommodante des banques centrales contribue à maintenir en vie des sociétés dites « zombies », incapables de couvrir leurs frais financiers en situation normale. Près de 16% des sociétés seraient dans cette situation aujourd’hui contre seulement 2% à la fin des années 80. Ces sociétés seront les premières à tomber en cas de remontée du coût de la dette et / ou de récession.
  • Idée 4: le platine pour le retournement du cycle de l’offre. Le platine est toujours 62% en dessous de son record de 2008. Sa décote est historique face au palladium et face au secteur automobile, lui-même sur des niveaux extrêmes de valorisation. Le cycle de réduction des capacités de production est quasiment achevé, sachant que près de 70% de l’offre est concentrée en Afrique du Sud. Le marché pourrait rapidement passer en situation déficitaire.
  • Idée 5: les devises émergentes à haut rendement. Dans la quête de revenu à tout prix, le segment des devises émergentes reste très attractif. Un panier constitué du Brésil, Mexique, Inde, Indonésie et Afrique du Sud affiche un portage de plus de 7%. Un tel panier financé en dollar est susceptible de doubler sur un cycle de 5 ans, sous l’effet du portage positif et de l’appréciation des devises. Un tel panier pourra être leveragé 2x afin d’avoir la volatilité du S&P500.

Cette liste n’est pas exhaustive. Identifier de telles opportunités est plutôt la partie facile. La difficulté réside dans la capacité à se pré-positionner dans des idées contrariantes dont la valeur implicite mettra un certain temps à se réaliser. «Les modes passent, le style est éternel». Cette phrase célèbre de Yves Saint-Laurent résume très bien la condition de l’investisseur d’aujourd’hui.