La Bourse de Tokyo s’est envolée de 5% et le yen a plongé de 2% lundi, après l’élection comme cheffe du parti au pouvoir au Japon de Sanae Takaichi, défenseuse d’un fort soutien à l’économie et d’une politique budgétaire expansionniste.
Bourse euphorique, espoir d’une relance économique musclée
A la Bourse de Tokyo, l’indice vedette Nikkei a clôturé en hausse de 4,75%, à 47.944,76 points, après avoir flambé de 5% à un niveau record, et l’indice élargi Topix a grimpé de 3,10%, à 3.226,06 points.
Sanae Takaichi, nationaliste radicale de 64 ans, a été élue samedi à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD), la formation conservatrice au pouvoir, et est appelée à devenir Première ministre.
«Elle devra relever le défi colossal de stimuler la compétitivité économique du Japon, de consolider sa base technologique et industrielle, d’atténuer l’impact du vieillissement démographique, dans un contexte de dette publique colossale», ont résumé les analystes du cabinet BMI (Fitch Solutions).
Pour relancer une activité atone, Mme Takaichi soutient un assouplissement monétaire agressif et d’importantes dépenses budgétaires, via des baisses d’impôt et aides financières.
Faisant écho aux politiques de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe (2006-2007, puis 2012-2020), elle s’est aussi opposée aux hausses de taux d’intérêt entreprises par la Banque du Japon (BoJ) pour juguler l’inflation, estimant que cela pouvait décourager l’investissement.
Une telle politique budgétaire expansionniste peut stimuler les marchés d’actions.
«La solide performance de Mme Takaichi» lors du scrutin «a probablement été une surprise et pourrait alimenter l’appétit pour le risque sur les marchés japonais», a estimé Taro Kimura, économiste chez Bloomberg Economics.
«Takaichi a été la candidate la plus véhémente à soutenir l’émission de dette pour financer les dépenses budgétaires. Elle semble plus encline que les autres à relancer l’économie», a-t-il noté.
Pour autant, soucieuse de rassurer, Mme Takaichi «a sensiblement modéré ses appels à de vastes dépenses et coupes drastiques d’impôt, privilégiant l’appel à des investissements publics judicieux dans l’énergie, l’alimentation, la +sécurité économique+», ont relevé les analystes de Moody’s Analytics.
Alors que le PLD n’est pas majoritaire au Parlement, elle devra aussi composer avec les partis d’opposition.
Douche froide pour le yen et les obligations
Alors que le Japon fait déjà face à un endettement colossal, la perspective de dépenses publiques gonflées et d’émissions accrues de dette plombe le yen et électrise le marché obligataire.
Vers 06H30 GMT, la devise nippone chutait de 1,91% face au billet vert, à 150,25 yens pour un dollar, et tombait à son plus bas niveau historique face à la monnaie commune européenne, à 176,25 yens pour un euro.
Le rendement des obligations souveraines à échéance 30 ans se hissait lui à 3,290% en très forte hausse face à vendredi soir (environ 3,150%), signe de défiance des investisseurs.
Mme Takaichi «a clairement plaidé en faveur d’une politique budgétaire pro-active et évoqué l’opportunité d’une politique monétaire accommodante», ont constaté les analystes de Tokai Tokyo Intelligence.
«Suite à l’élection, le marché considère comme une perspective plus lointaine une nouvelle hausse des taux d’intérêt lors de la réunion d’octobre de la Banque du Japon», de quoi pénaliser le yen, ont-ils souligné.
Marcel Thieliant, analyste du cabinet Capital Economics, se veut plus prudent. Malgré les déclarations de Mme Takaichi, «aucun gouvernement n’a tenté d’influencer ouvertement les décisions de la BoJ depuis plus de deux décennies», a-t-il relevé.
«En fait, tout assouplissement de la politique budgétaire pourrait au contraire renforcer les arguments en faveur d’un resserrement de la politique monétaire», a-t-il observé, misant toujours sur une hausse prochaine des taux.
De même, l’embardée des taux souverains de long terme est moins due à la fragilité des finances nippones qu’à «une baisse de la demande des investisseurs traditionnels», comme les assureurs vie nippons, a-t-il jugé.
Marchés en Asie: records du bitcoin et de l’or, pétrole ferme
Ailleurs en Asie, les Bourses de Séoul et de Chine continentale étaient fermées en raison de congés nationaux. Vers 06H30 GMT, l’indice composite hongkongais Hang Seng cédait 0,59%.
Sur le marché du pétrole, le baril de WTI gagnait 1,10% à 61,55 dollars et celui de Brent de la mer du Nord 1,07% à 65,22 dollars.
De son côté, le bitcoin a atteint un nouveau record dimanche, dépassant 125.000 dollars, alors que la paralysie budgétaire se poursuit aux Etats-Unis.
Valeur refuge, l’or a atteint lundi un nouveau sommet historique, à 3.945,15 dollars l’once.