Gonet: l'actualité des marchés au 9 mars

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,95%, S&P 500 -1,33%, Nasdaq -1,59%, Russell -2,33%, SOX -3,93%, Eurostoxx -1,09%, SMI -1,52%.

L’aversion au risque augmente vendredi sur la planète finance, l’intensification du conflit autour de l’Iran fait craindre aux intervenants que cette guerre démarrée il y a 9 jours ne dure bien plus longtemps que prévu. L’œil du marché reste fixé sur le cours du baril de pétrole, qui grimpe à nouveau fortement ce matin en raison d’une forte montée des tensions géopolitiques durant le weekend. Les marchés craignent surtout des perturbations de l’approvisionnement mondial, notamment autour du détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite environ 20% du pétrole transporté dans le monde. La possibilité d’un ralentissement du trafic de pétroliers ou d’une baisse de production dans certains pays du Golfe pousse les investisseurs à intégrer une «prime de risque» dans les prix, ce qui provoque une forte hausse du baril, j’y reviens.

Les indices d’actions tout autour du globe perdent pas mal de plumes la semaine passée, la volatilité retrouve en parallèle de belles couleurs, le VIX décolle vendredi de 24% à 29,49, ce matin il poursuit son ascension et entre dans la zone tant attendue par les structureurs, actuellement à 34,52. La hausse vertigineuse du pétrole est désormais clairement inflationniste, le marché obligataire en prend acte et pousse les rendements à la hausse, le 10 ans US revient à 4,19%, sa moyenne mobile à 200 jours évolue à 4,20%. Côté monnaies c’est un peu plus calme, la paire EUR/USD se maintient autour de 1,1545 ce matin, cela dit le billet vert reste bien demandé. L’or ne parvient plus à monter, l’once traite à 5099 dollars, la force du billet vert et la poussée de fièvre des rendements obligataires constituent des obstacles trop importants à franchir, même dans le contexte actuel d’aversion au risque.

Vendredi seuls deux secteurs du S&P500 (SPX) parviennent à terminer la séance dans le vert, les biens de consommation de base et l’énergie, tout le reste recule dans des volumes d’échanges plutôt faibles et un breadth franchement mauvais. On va se concentrer sur le marché des futures, ce matin cela bouge à nouveau beaucoup, la hausse violente de l’or noir précipite les futures d’actions vers le sud, l’Europe indique -2,5% à l’ouverture pendant que le future e-mini S&P (ES1) perd 100 points à 6643, sa 200 jours passe actuellement par 6611 pts. Pas mieux sur le Nasdaq100 (NQ1) qui abandonne 1,5% à 24'283 pts contre la 200 dma à 24'319 pts. On le constate, il devrait y avoir du dégât technique à l’ouverture de 14h30 (les Etats-Unis et le Canada sont passés à l’heure d’été, nous ce sera le 29 mars, Wall Street ouvrira donc à 14h30 pendant trois semaines).

Ce matin le baril de WTI Light Crude décolle à 119,48 dollars, pour revenir actuellement à 103,15 dollars. En l’espace de seulement deux séances, il a réussi l’exploit de sortir de son canal baisser à court terme, réintégrer son canal haussier à long terme, casser sa 200 jours à la hausse et reléguer l’impact sur les cours de l’énergie de l’invasion russe en 2022 au second plan.

Pourquoi un tel mouvement revêt-il autant d’importance? La forte hausse du pétrole ravive la crainte d’un nouveau choc inflationniste à l’échelle mondiale. Lorsque le prix de l’énergie augmente, les dépenses liées au transport et à la production grimpent également, ce qui peut freiner l’activité économique et réduire la rentabilité des entreprises. Les marchés asiatiques réagissent déjà vivement, avec des reculs marqués des principales places boursières, en particulier au Japon et en Corée du Sud. Dans le même temps, les investisseurs se tournent davantage vers des valeurs jugées refuges, comme le dollar. Les taux obligataires progressent également, car les marchés estiment que les banques centrales pourraient être contraintes de maintenir des taux d’intérêt élevés plus longtemps si l’inflation repart. Par ailleurs, plusieurs statistiques économiques importantes sont attendues dans les prochains jours, notamment les données d’inflation américaines CPI et PCE, susceptibles d’influencer les futures décisions de la Réserve fédérale.

L’histoire montre qu’acheter les replis lors de crises géopolitiques finit souvent par être payant. Mais lorsque d’autres problèmes apparaissent en même temps, les marchés peuvent rapidement se détériorer, or aujourd’hui plusieurs fragilités sont visibles. La situation globale s’est tendue. Les gagnants du début d’année se sont retournés, le marché américain a semblé plus résistant (ou trop confiant), tandis que l’Europe et l’Asie ont souffert à cause des inquiétudes liées à la dépendance énergétique. La ligne dure de Donald Trump face à l’Iran, combinée à des statistiques d’emploi américaines décevantes, a également perturbé les investisseurs. Selon Bank of America, il ne faut pas s’attendre à un fort potentiel de hausse à court terme car les marchés n’ont pas encore connu de véritable capitulation. Un autre point à surveiller est le Dollar Index (DXY, 99,25). Un passage au-dessus de 100 pourrait signaler un pic de liquidité, repousser les anticipations de baisse de taux et entraîner une hausse des rendements ainsi qu’un choc inflationniste lié au pétrole.

Sur les vingt dernières années, les frappes militaires américaines au Moyen-Orient n’ont généralement pas provoqué de baisse durable des marchés: quelques semaines plus tard, le SPX est presque toujours plus haut. Toutefois, ces épisodes ont souvent provoqué des pics de volatilité, surtout lorsqu’ils s’ajoutaient à d’autres facteurs économiques ou financiers déjà en jeu. Or c’est précisément la situation actuelle. Le thème de l’intelligence artificielle reste central et la prochaine saison de résultats approche, ce qui entraîne d’importants ajustements de positions. La volatilité reste élevée et il y a peu d’actifs refuges. Par ailleurs, le retournement de la surperformance des marchés hors États-Unis observé la semaine dernière pourrait encore se poursuivre, car ce pari était devenu très populaire chez les investisseurs.

Un autre problème potentiel semble venir du positionnement global du marché. Beaucoup de stratégies mises en place en début d’année pariaient contre le dollar. Avec l’escalade du conflit avec l’Iran, les investisseurs se sont réfugiés dans le billet vert, ce qui a créé des tensions. Les portefeuilles étaient fortement exposés et la faible volatilité précédente avait encouragé l’utilisation de levier, ce qui oblige maintenant les investisseurs à réduire leurs positions.

Les flux de marché montrent déjà davantage de prudence. Selon Goldman Sachs, l’activité sur les actions individuelles est restée faible, les investisseurs manquant de conviction. Les ventes ont surtout concerné des thèmes macroéconomiques et le trading sur ETF a été élevé, dans un contexte de faible liquidité qui amplifie les mouvements.

Pour que les marchés se stabilisent dans les prochaines semaines, plusieurs problèmes devront se résoudre. Il faudrait notamment un apaisement du conflit au Moyen-Orient afin que les prix du pétrole se calment rapidement, sinon les effets sur l’économie pourraient s’aggraver. Le principal risque serait une remontée de l’inflation, qui ferait monter les taux, pèserait sur les consommateurs et sur les valorisations boursières. La semaine dernière, même les actifs habituellement défensifs n’ont pas protégé les investisseurs, puisque actions, obligations et or ont tous reculé.

En résumé, le conflit lui-même ne dominera peut-être pas les marchés très longtemps, mais ses effets secondaires commencent déjà à se faire sentir. La prochaine phase du marché pourrait donc être plus marquée par des perturbations de performance que par un retour rapide de la hausse.

On se penche sur la macro de fin de semaine passée. En février, l’économie américaine a détruit 92’000 emplois, tandis que les créations d’emplois des deux mois précédents sont révisées à la baisse de 69’000. Le taux de chômage monte légèrement à 4,4% (+0,1 point). Les salaires horaires progressent de 0,4% sur le mois et de 3,8% sur un an. Le taux de participation à la population active augmente de 0,5 point pour atteindre 62,0%. Les ventes au détail reculent de 0,2% sur un mois, mais restent stables hors automobiles, tandis que l’indicateur de contrôle (qui entre dans le calcul du PIB) progresse de 0,3%. Du côté de la Réserve fédérale, plusieurs responsables s’expriment avant la période de silence précédant la prochaine réunion du FOMC. Christopher Waller estime que la solidité du marché du travail permet à la Fed de patienter, tout en restant prête à agir si les données se dégradent. Mary Daly souligne que la faiblesse des chiffres de l’emploi en février impose de surveiller de près le marché du travail. Adriana Kugler minimise les risques d’inflation et maintient une position accommodante. Beth Hammack considère toujours que les taux devraient rester stables pendant un certain temps.

La semaine qui débute sera plus calme sur le plan macroéconomique en raison de la période de silence de la Fed. Parmi les publications attendues : les anticipations d’inflation de la Fed de New York aujourd’hui, l’indice de confiance des petites entreprises (NFIB) et les ventes de logements existants mardi, l’inflation CPI mercredi, puis jeudi la balance commerciale, les inscriptions au chômage, les permis de construire et les ventes de logements neufs. Vendredi seront publiés les commandes de biens durables, les offres d’emplois JOLTS et la première estimation de la confiance des consommateurs de l’Université du Michigan. Parallèlement, le Trésor américain émettra 119 milliards de dollars d’obligations à 3, 10 et 30 ans.

Airbus s'associe aux allemands Rheinmetall et OHB pour des satellites militaires, selon Bloomberg. Lonza cède sa division gélules et ingrédients de santé à Lone Star pour 2,3 milliards de francs. Boeing proche d'une commande de 500 avions lors du sommet Trump-Xi, selon Bloomberg. Oracle et OpenAI auraient abandonné leur projet d'extension de centre de données au Texas, selon Bloomberg, mais Reuters a obtenu des sources qui disent le contraire. Amazon continuera de proposer Claude d'Anthropic à ses clients cloud hors Défense. Aramco intensifie ses transferts de brut vers la mer Rouge face aux perturbations du détroit d'Ormuz. Petrobras ne discute pas, actuellement, d'une entrée au Venezuela. Tencent réintégrerait le projet de fusion Paramount-Warner Bros avec un nouvel investissement.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en forte baisse. Tokyo chute de 5,2% à la cloche, Hong Kong égare 1,35%, Shanghai perd 0,67%, Séoul tombe de 5,96% et le Nifty50 rend 2,27%. Les futures US perdent entre 1,5% et 1,7%, l’Europe se replie de 2,6% dans les premiers échanges.

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