Malgré la crise énergétique et la guerre au Moyen-Orient, les actions suisses ont légèrement progressé en 2026. Sur le long terme, elles font jeu égal avec l’indice S&P 500, ajusté des changes. Mais la sélection de titres est rendue très complexe par les aléas de la géopolitique. Dans ce contexte, Bonhôte lance le fonds Bonhôte Swiss Equity Momentum, qui propose une gestion active et quantitative pour les actions suisses. Ce fonds combine un facteur principal, le momentum, et des facteurs complémentaires (fondamentaux sociaux et de gouvernance). Pierre-François Donzé, responsable de la gestion d’actifs à la Banque Bonhôte répond aux questions d’Allnews:
Pourquoi définissez-vous le facteur Momentum comme prioritaire dans la gestion de votre nouveau fonds en actions suisses?
Nous nous intéressons aux facteurs de risque depuis plus d’une dizaine d’années. A cette époque ils étaient souvent appelé facteurs exotiques Beta. Dans l’esprit de la Banque Bonhôte, nous nous sommes très tôt intéressé à distinguer le talent du gérant actif (l’alpha) et les primes de risque auxquelles on peut accéder simplement par l’application d’une stratégie systématique. La performance souvent attribuée à de l’Alpha s’explique souvent en grande partie par méthode de sélection représentant une exposition à une prime de risque Smart Beta. Nous avons analysé les facteurs qui nous paraissaient les plus pertinents et nous en avons retenu deux, le facteur Momentum et le facteur Qualité.
Nous pensons que c’est une erreur de croire que l’indice de référence soit une stratégie passive. C’est une stratégie très efficace qui consiste à effectuer des rééquilibrages systématiques, à ne garder que les fleurons de l’industrie et à éliminer tous les mauvais titres. Ce biais du survivant rend l’indice extrêmement difficile à battre.
Cela nous a amené à nous intéresser davantage aux différents facteurs, qu’il s’agisse de celui de la taille (Size), du momentum ou d’autres. Il ressort de notre analyse que deux facteurs se distinguent par leur surperformance à long terme. Nous avons ensuite adapté notre concept aux particularités du marché suisse, ce qui nous a amenés à privilégier le facteur Momentum.
«Le facteur Momentum est le facteur central, avec plus de 50% du poids, mais d’autres éléments sont pris en compte».
Quelles sont les contraintes que vous intégrez au facteur Momentum?
Plus nous accordons de liberté aux stratégies Quants, meilleur en sera le résultat.
Avant le fonds en actions suisses, la Banque Bonhôte a lancé deux autres fonds Quants, à savoir Mega Trend Equity ESG, basé sur le facteur Qualité, combiné à des enjeux ESG, et un fonds Global Bonds ESG, un fonds obligataire basé sur un modèle d’allocation aux sous-classes obligataires.
Quelle est la pondération du facteur Momentum et quel écart acceptez-vous pour ce nouveau fonds par rapport aux indications de ce facteur?
Le facteur Momentum est le facteur central, avec plus de 50% du poids, mais d’autres éléments sont pris en compte. Deux autres éléments le complètent, les fondamentaux et les critères sociaux et de gouvernance (SG), après avoir conclu de notre analyse qu’ils apportaient également une plus-value. Le critère environnemental a ainsi été éliminé.
Les facteurs fondamentaux évoquent en partie le facteur Qualité, mais en fonction du faible poids qui lui est accordé il est plus adéquat de considérer le fonds comme répondant au facteur de Momentum combiné à deux filtres, les fondamentaux et les critères SG.
Concrètement, comment prenez-vous en compte le facteur Momentum?
Notre approche n’est pas calibrée en fonction du facteur Momentum tel qu’il est apparu dans les années 1990, selon la performance des titres dans un cycle de quelques mois. Nous avons capitalisé sur une recherche plus récente, appelée le «fractional Momentum», qui rend le Momentum plus réactif. La principale faiblesse du facteur Momentum (classique) est son manque de réactivité dans les changements de régime boursier. Le «fractional Momentum» permet de mieux prendre en compte la dynamique du prix.
Quel est le résultat des simulations que vous avez entreprises avec ce modèle?
Nous avons travaillé avec des logiciels dédiés au «backtesting». Nous en attendons deux objectifs. Nous ne cherchons pas seulement à obtenir la plus forte surperformance par rapport à l’indice, mais aussi à satisfaire deux contraintes. Nous voulons que ce fonds soit une exposition «Core» dans l’allocation en actions suisses.. Nous ne souhaitons pas présenter une stratégie susceptible de s’écarter massivement de l’indice, à la hausse ou à la baisse. A titre d’illustration si le tracking-error» est de 5, cela signifie que statistiquement dans 5% des cas la performance du fonds peut s’écarter de celle de l’indice, de de plus de10% à la hausse ou à la baisse par rapport à la performance de l’indice. C’est beaucoup. Pour une allocation «Core», c’est trop. Nous avons donc contraint le modèle pour réduire le tracking-error» à environ 2.
«Nous avons capitalisé sur une recherche plus récente, appelée le «fractional Momentum».
Que proposiez-vous jusqu’ici pour l’allocation en actions suisses?
Les investisseurs suisses ont souvent un attachement particulier aux trois poids lourds de la cote (Nestlé, Roche et Novartis), lesquels représentent plus de 37% de l’indice SPI. Leur détention fait sens du fait de cette pondération dans l’indice. Pour le reste, nous avons une allocation en Small & Mid-caps
Face au poids des trois leaders suisses, est-ce que l’alternative aurait pu être un fonds équipondéré en actions suisses?
L’équipondération est une stratégie dite naïve mais très intéressante. Elle correspond à une exposition au facteur Taille (Size). Au plan individuel, il n’y a pas de raison qu’une petite capitalisation en particulier performe mieux que l’indice mais, sous l’angle statistique, Les petites et moyennes entreprises potentiel fortes surperformance qui s’avère supérieur à la moyenne des grandes capitalisations. Une stratégie équipondérée permet de capitaliser sur ce biais de distribution de performances. A l’opposé, un mauvais titre ne peut pas perdre plus de 100% alors qu’une très bonne actions peut gagner bien plus de 100% à la hausse.
Cependant le «tracking error» d’une stratégie équipondérée est assez important par rapport à l’indice, surtout sur le marché suisse. Une stratégie équipondérée conduit à une forte surpondération dans les small caps, pour capturer le facteur Taille, mais une sous-pondération massive dans les grandes valeurs. Une telle stratégie ne peut être utilisée qu’en tant qu’investissement satellite. Il faut en effet savoir qu’il existe des périodes durant lesquelles les small & mid-caps sous-performent de manière significative les larges caps.
Quand lancez-vous le fonds Bonhôte Swiss Equity Momentum?
Le fonds début aujourd’hui. Sa première valeur NAV publiée sera celle du vendredi 24. La période de souscription a été lancée à l’interne depuis 3 semaines.
«Nous privilégions les actions suisses en vertu de leurs caractéristiques défensives et sommes prudents sur les marchés étrangers».
Quelles seront les premières surpondérations initiales?
Nous venons de relancer le processus ces jours pour définir les positions à sur ou sous-pondérer. Nous devons tenir compte de diverses contraintes pour maintenir le «tracking error» dans une fourchette acceptable. Nous disposons du classement effectué avec le «fractional Momentum» sur tous les titres. D’autres facteurs viennent ajuster le signal, comme les facteurs SG et Quality. Il en résulte un portefeuille dans lequel les signaux agrégés nous indiqueront les niveaux de sur ou sous-pondération individuels.
Comment s’adapte votre portefeuille à un choc exogène tel que des développements sur la crise au Moyen-Orient?
Le principe de l’exposition factorielle ne consiste pas à modifier le portefeuille du jour au lendemain. Le changement s’effectue à intervalles réguliers. Mais cela reste un fonds en actions. Il n’est évidemment pas insensible à un choc exogène. Nous avons essayé de construire un portefeuille qui dispose d’un potentiel de sur-performance à long terme tout en restant assez proche de l’indice. Cela implique aussi de respecter des règles par exemple de déviation du poids d’un secteur dans l’indice.
Quelles sont vos convictions sur les actions suisses, sans prise en compte des aspects quantitatifs?
Nous privilégions une sur exposition au marché actions suisse. La situation internationale est délicate tout particulièrement depuis que la présidence Trump affiche un positionnement pour le moins erratique. Il est très difficile d’établir des bases rationnelles d’investissement dans ces conditions. Mais globalement, le marché suisse reste structurellement défensif par rapport aux autres indices mondiaux, en vertu de la qualité des titres qui le composent, de ses marchés matures, de sa grande capacité d’innovation ainsi qu’une sensibilité modeste à la technologie. D’autant que tout investissement en actions étrangères doit intégrer le risque de change qui lui est associé. Le franc fort fait partie des rares certitudes du moment, grâce à sa stabilité politique, à un endettement public très modeste, une bonne gouvernance, un tissu industriel diversifié et une très bonne qualité de la main d’œuvre et de la formation.
Qu’en est-il du marché dans son ensemble?
Nous sommes prudents à ce stade. Le marché est au plus haut malgré un risque d’inflation. Nous avons connu une inversion de la courbe des taux américains durant plusieurs années qui s’est achevée l’année passée. L’inversion de courbe des taux a très souvent annoncé une récession aux Etats-Unis.
Par ailleurs le rationnel économique est relégué au second plan en ce moment. On observe des mouvements de marchés peu de temps avant des annonces majeures. Ce qui laisse à penser que certains intervenants disposent d’informations sur les annonces à venir du Président américain. Les marchés sont donc inefficients aujourd’hui.. Nous maintenons donc un biais défensif.
Est-ce que vous sous-pondérez les actions, mais surpondérez la Suisse?
Oui. Nous privilégions les actions suisses en vertu de leurs caractéristiques défensives et sommes prudents sur les marchés étrangers, sans être encore baissiers à ce stade.
Quels sont les frais de gestion du nouveau fonds?
La commission de gestion est de 0,6%, auxquels s’ ajoute 20 points de base pour la banque dépositaire, ainsi que divers frais tel que l’audit. Au total, le TER sera inférieur à 1%, ce qui sera inférieur à d’autres fonds actifs similaires sur le marché suisse. Il faut préciser que le turn-over du fonds sera sera supérieur à 50% par année.