De la guerre commerciale à la guerre des changes

Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

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Alors que le Président Trump veut faire plier la Chine, les marchés craignent les conséquences d’une guerre commerciale totale.

L’escalade des sanctions commerciales prend de l’ampleur et c’est seul le fait de l’Amérique. Le Président Trump a demandé d’identifier pour 200 millards de dollars de produits chinois supplémentaires qui pourraient faire l’objet d’une surtaxe de 10%. Celle-ci s’ajouterait aux 84 milliards déjà touchés. De son côté, l’Europe fait entrer en vigueur les hausses de tarifs sur des produits américains très politiquement ciblés. L’Inde, elle-même, se joint à l’Europe et annonce des hausses de 70% sur un nombre très restreint d’importations agricoles à compter d’août.

La Chine promet de répondre à ces nouvelles décisions américaines par des mesures tant quantitatives que qualitatives. Elle connaît cependant un double dilemme: trouver assez de produits américains à taxer d’une part, faire face à un risque économique d’autre part. Selon plusieurs études parues récemment, les sanctions américaines pourraient coûter à la Chine jusqu’à 0,5% de son PIB. La croissance du pays déjà attendue en ralentissement cette année à 6,5% contre 6,9% affichés l’an passé, serait donc la première touchée.

On peut se demander si ce n’est pas la Banque Centrale
de Chine qui pourrait devenir l’arbitre principal?

Gare aux répercussions. La Chine est la deuxième économie du monde, la première (et de loin) de sa région, et le plus gros contributeur à la croissance mondiale. Si son pouls ralentit, celui de ses fournisseurs aussi.

L’onde de choc commerciale commence donc à se faire sentir sur le reste du monde et se traduit par des mouvements de changes significatifs. L’euro, le dollar australien, le dollar canadien, le won, le yen et le yuan chinois entre autres, sont  désormais sous pression. L’indice dollar qui mesure l’évolution de la devise américaine face à un large panier de devises, a progressé de plus de 6% pour retrouver son niveau de l’été 2017. C’est d’autant plus marquant que la Réserve Fédérale continue de resserrer sa politique monétaire, aggravant du même coup la menace de crise pour certaines économies émergentes dépendantes du dollar.

Il est certainement bien trop tôt pour parler de guerre des changes. Ces fluctuations récentes sont plus subies que voulues. Pourtant les marchés parient sur l’affaiblissement des devises des pays à change flottant à la fois pour parer le contrecoup économique des sanctions commerciales et anticiper l’attentisme des banques centrales. Au bout du compte, on peut se demander si dans le duel sino-américain, ce n’est pas la Banque Centrale de Chine qui pourrait devenir l’arbitre principal? Car jusqu’ici, les autorités monétaires tentent d’endiguer la spéculation contre le yuan, certainement pas de l’activer.

La position américaine est fortement influencée
par les enjeux de politique intérieure.

S’il devait en être autrement, on entrerait de plain-pied dans une guerre commerciale totale rappelant, de triste mémoire, la loi Smoot-Hawley qui avait provoqué dans les années 1930 une contraction massive du commerce mondial, couplée à l’abandon généralisé de l’étalon-or ainsi que des dévaluations en chaîne des économies du monde.

Il n’est pas sûr qu’on en soit déjà là. L’Administration américaine continue de défendre une stratégie punitive dont elle affirme qu’elle a pour but de conduire ses partenaires commerciaux à la table des négociations. On ne peut pas dire que cette tactique fonctionne mais il faut bien admettre que les rétorsions commerciales annoncées sont plutôt graduées jusqu’ici. Dans ce bras de fer, la position américaine est aussi difficile à déchiffrer car elle est fortement influencée par les enjeux de politique intérieure et la perspective des élections de mi-mandat. Alors, bien que les négociations soient au point mort, rien ne dit qu’elles ne vont pas reprendre. Comme en témoigne son attitude durant la crise des enfants migrants, le Président Tump est toujours capable de volte-face, se présentant alors comme celui qui apporte la solution au problème qu’il a lui-même créé.