Novembre, mois décisif pour les marchés qui tutoient le sommet

AWP

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«Est-ce que la récession manufacturière est en train d’atteindre un plus bas? C’est la question qui va continuer d’animer les jours à venir», estime Jeanne Asseraf-Bitton de Lyxor AM.

Les marchés allemand et français, déjà proches de leur sommet annuel, vont-ils encore accélérer pour terminer l’année en beauté? Les fondamentaux et la géopolitique seront les juges de paix des investisseurs à l’orée d’un mois de novembre qui s’annonce crucial.

«Pour que les marchés continuent à la hausse, il faudrait de réels signes que l’économie mondiale réaccélère», estime auprès de l’AFP Olivier Raingeard, directeur des investissements chez Neuflize OBC.

Si les indices PMI publiés jeudi en Europe et aux Etats-Unis ont fait état d’une stabilisation de la croissance de l’activité manufacturière, après une forte détérioration ces derniers mois, rien ne dit pour l’instant que celle-ci soit le prélude à un rebond.

«Est-ce que la récession manufacturière est en train d’atteindre un plus bas ?», résume auprès de l’AFP Jeanne Asseraf-Bitton, responsable de la stratégie d’investissement de Lyxor AM.

C’est la question qui détermine la propension au risque des marchés ces dernières semaines et va continuer de les animer dans les jours à venir, selon la spécialiste.

Dans l’hypothèse où le creux sur l’activité manufacturière a bien été atteint, nous pourrions avoir «une très belle fin d’année», juge-t-elle, mais s’il s’avère que «nous avons encore quelques mois de dégradation devant nous, nous risquons de vivoter sur les niveaux» actuels.

De ce point de vue, les nombreux indicateurs attendus la semaine prochaine aux Etats-Unis seront cruciaux, à commencer jeudi par le PIB du troisième trimestre et les chiffres de la consommation pour septembre, avant l’ISM manufacturier et le rapport mensuel sur l’emploi vendredi.

Les publications trimestrielles, déjà très nourries ces derniers jours, vont se poursuivre avec plusieurs poids lourds de la cote parisienne, à l’instar de L’Oréal, M6, Orange, Airbus, Suez, TF1, Total, BNP Paribas, Safran, Air France ou encore Sanofi.

Outre-Manche, les investisseurs dissèqueront les comptes des banques HSBC et Lloyds Banking Group. Seront également au programme les géants pétroliers BP et Royal Dutch Shell ou encore le groupe aérien IAG.

Brexit: quelle durée d’extension?

«Malgré des résultats qui sont (jusqu’à présent globalement) meilleurs que prévu, nous avons quand même un ralentissement de la croissance bénéficiaire des entreprises sur une base annuelle qui est assez significative», observe M. Raingeard.

Pour autant, «les marchés gardent le cap» grâce à «un soutien monétaire sans faille de la part des banques centrales, une conjoncture qui montre quelques signes de stabilisation» et «une diminution du risque politique», que ce soit sur le front du Brexit ou de la guerre commerciale sino-américaine, avance-t-il.

Le fait que les parlementaires britanniques aient approuvé cette semaine l’accord de Brexit négocié par Boris Johnson «est quand même quelque chose d’important», même si ces derniers ont demandé un délai pour avoir le temps d’analyser le texte dans le détail, relève de son côté Mme Asseraf-Bitton.

Alors que le scénario d’un hard Brexit paraît désormais très peu probable, tous les regards sont tournés vers l’UE qui doit se prononcer en début de semaine prochaine sur la durée d’un nouveau report du Brexit. Dans le même temps, le Premier ministre Boris Johnson essaie d’organiser des élections législatives anticipées pour le 12 décembre afin de dénouer la situation. Reste à savoir s’il sera en mesure de convaincre l’opposition et de réussir son pari.

«Il sera important malgré tout de savoir si les Européens accordent un délai technique ou davantage car alors cela ouvrirait la porte plus grande à de possibles amendements», analyse la spécialiste.

La décision de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) jeudi, une semaine après la dernière réunion de Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), qui n’a réservé aucune surprise, sera un autre temps fort de la semaine.

Nous verrons si la Fed «confirme son soutien sans faille à l’économie américaine», explique M. Raingeard. «Va-t-elle baisser ses taux de 25 points de base ou au contraire temporiser ?»

Quoi qu’il en soit, poursuit-il, «le mouvement haussier de fin d’année ne viendra sans doute pas de l’action monétaire, mais plus certainement d’une poursuite de la détente du risque politique», en particulier entre Pékin et Washington.

Car «il est évident», pour Mme Asseraf-Bitton, que tout ce qui vient améliorer ou détendre la situation sur le front de la guerre commerciale est favorable à la croissance».