Systématique en tous points

Nicolette de Joncaire

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«Nous croyons plus dans la rigueur des process que dans l’art de la prévision» explique Emmanuel Ferry à propos de Pâris Bertrand Systematic AM.

Avec la récente modification de son actionnariat1, la Banque Pâris Bertrand a décidé de donner davantage de visibilité à son pôle d’asset management, Pâris Bertrand Systematic Asset Management. Non qu’il soit récent: il est né avec la banque en 2009 et gère déjà 1,7 milliards de francs (sur un total de 6 milliards pour l’ensemble du groupe). Quant à ses premiers fonds UCITS, ils ont été lancés dès 2012. C’était toutefois un «secret bien gardé» sur lequel Emmanuel Ferry, CIO de la banque et directeur du pôle asset management, nous donne aujourd’hui quelques éclaircissements.  

Pourquoi être resté si discret sur le pôle Asset Management?

Les compétences du groupe Pâris Bertrand s’étendent sur trois domaines: la gestion de fortune (WM), la gestion d’actifs (AM) et le merchant banking qui inclut le private equity. En vérité, les stratégies développées par l’Asset Management ont le même âge que la banque. Elles ont d’abord été développées pour répondre à des besoins internes de gestion. La décennie passée a permis de démontrer la pertinence de notre approche de gestion. La visibilité que le groupe choisit de donner aujourd’hui à l’asset management est fondée sur une volonté de mettre en avant sa marque propre pour en accélérer le développement.

Notre gestion s’apparente à un processus industriel, reproductible
qui ne dépend ni de la chance, ni d’un talent individuel.
Le nom Pâris Bertrand Systematic Asset Management est à la fois révélateur et intriguant. Que couvre-t-il?

Vous le savez, notre banque est née en 2009, au lendemain de la crise alors que les investisseurs avaient subi des pertes importantes. Notre volonté était, de ce fait, de construire une approche de gestion capable de les protéger des prochaines crises.  Notre asset management est né au sein d’une banque privée dont l’ADN est de préserver le capital et d’aligner les intérêts avec nos clients. Nous avons la conviction qu’il faut éviter toute gestion émotionnelle et les biais de comportement qui en découlent. Si on cherche à battre les marchés, il faut réunir un processus systématique, une gestion active et une diversification élevée. Nous croyons plus dans la rigueur des process que dans l’art de la prévision. Notre gestion s’apparente à un processus industriel, reproductible qui ne dépend ni de la chance, ni d’un talent individuel. La recherche est au cœur de notre de notre process d’investissement et associe une expertise fondamentale à des techniques quantitatives pour construire des solutions calibrées qui auront la capacité de traverser les cycles de marché.

Sur quelle logique fonctionne ce process?

Dans l’univers multi-asset, notre stratégie phare appelée SMART repose sur un moteur d’allocation qui suit les tendances haussières la plupart du temps (tout en hiérarchisant ces tendances et leurs forces et en évitant les «bruits» du marché) et sait désinvestir quand les tendances sont baissières. Cette approche de gestion nous permet d’avoir une très grande latitude d’exposition sur tout le spectre des classes d’actifs. Quitte à ne conserver qu’une position cash en cas de stress extrême et de corrélation à la baisse de l’ensemble des classes d’actifs... Cette stratégie d’allocation d’actifs est calibrée pour délivrer un objectif de LIBOR +5 à 7% et une perte maximale de 10%.

Combien avez-vous développé de stratégies et de quels types?

Nous en avons développé quinze dont cinq sous forme de fonds UCITS irlandais. La gamme multi-assets comprend deux fonds (long only et absolute return). Notre expertise actions repose sur le programme d’investissement appelé WISE, qui couvre des stratégies Core et opportunistes. Notre expertise cross-asset couvre aussi des stratégies niches, comme celle sur l’or.

Une société de gestion à taille humaine est parfaitement
capable de se mesurer aux grands groupes.
Comment fonctionne votre stratégie sur l’or?

Nous avons développé une stratégie innovante sur l’or comme actif de diversification. L’objectif est de générer un rendement additionnel sur l’or avec un alpha de 3 à 5%. Ce rendement provient d’un programme de vente d’options sur l’or.

Qui a développé les moteurs de gestion?

Tous les développements sont menés en interne par une équipe de recherche et de gestion très stable qui possède une véritable intelligence collective. Chaque membre de l’équipe PB SAM maitrise une compétence fondamentale, une compétence quantitative et sait coder. Avec les outils technologiques actuels, les barrières à l’entrée se sont abaissées. Une société de gestion à taille humaine, si elle réunit les bonnes expertises, est parfaitement capable de se mesurer aux grands groupes, tout en n’utilisant que des données financières publiques comme matière première. L’un des atouts de cette approche est bien évidemment que nous sommes indépendants de toute recherche externe, ce qui présente un avantage certain dans le contexte de MiFID2.

Quelle est la nature de votre clientèle?

Une partie de notre clientèle vient de la banque privée Pâris Bertrand, le reste est une clientèle institutionnelle composée d’une quinzaine de caisses de pension, d’un fonds souverain,de gérants indépendants et banques privées.

Sur quel segment de l’Asset management la Suisse peut-elle se faire une place?

En Europe, la culture de l’equity est à Londres et la culture obligataire à Paris. La force de la culture financière suisse est sa vision globale des marchés et son aptitude à systématiser les process. Ce qui en fait le lieu idéal pour l’allocation d’actifs. Les Suisses sont d’excellents assembleurs de briques élémentaires et, ce n’est pas négligeable, dominent encore le wealth management ce qui met à leur disposition un pool d’actifs considérable. Dans le domaine cross-asset, les petites structures sont plus créatives et plus agiles que les grandes qui fonctionnent en silos.

 

1 Début septembre, le Groupe Eric Sturdza annonçait avoir cédé sa participation dans Pâris Bertrand Sturdza, devenu Banque Pâris Bertrand. La société de gestion alternative Investcorp Europe a pris une participation minoritaire dans cette dernière. Vers le communiqué