Pendant des décennies, les obligations souveraines ont occupé, de façon incontestable, le centre d’une allocation obligataire cœur. Les Bons du Trésor américain, les Bunds allemands et les Gilts britanniques ont historiquement constitué les actifs refuges par excellence et, à ce titre, le socle naturel de la construction de portefeuille. Ils sont en effet liquides, adossés à des Etats politiquement stables, sans oublier le fait qu’ils sont fondamentalement solides et considérés comme exempts de risque.
La question centrale pour les investisseurs obligataires n’est pas de savoir si les obligations d’Etat demeurent importantes. Car c’est bien le cas. Il s’agit plutôt de déterminer si cette dette souveraine doit encore dominer l’allocation cœur, alors que la situation budgétaire de nombreux pays développés se dégrade et que l’incertitude politique s’accroît. A l’inverse, les bilans des entreprises suivent une trajectoire d’amélioration.
La réponse plaide donc de plus en plus en faveur d’un rééquilibrage, afin de tenir compte de l’évolution respective de ces bilans. Avant la pandémie, les niveaux d’endettement des Etats et des entreprises outre-Atlantique étaient comparables, légèrement inférieurs à 80% du PIB. Depuis, un net mouvement de convergence s’est opéré: la dette publique a atteint 100% du PIB, tandis que la dette des entreprises s’est améliorée, pour revenir à 71%.
Les segments les plus rémunérateurs des marchés du crédit devraient ainsi passer d’une allocation satellite à une allocation cœur au sein des portefeuilles. Cette évolution contraste avec les allocations obligataires cœur traditionnelles, historiquement davantage concentrées sur la dette souveraine.
Se positionner pour un monde de croissance nominale élevée
Construire des portefeuilles plus équilibrés entre dette souveraine et dette d’entreprise revient également à se repositionner dans un environnement de croissance nominale plus élevée. Les responsables politiques sont de plus en plus contraints de viser une forte croissance nominale afin de réduire le poids de la dette, alors que l’ère de l’austérité budgétaire semble désormais révolue.
Dans le contexte actuel d’incertitude géopolitique, la diversification des portefeuilles, tant sur le plan géographique que sectoriel, devient de plus en plus importante.
Cette dynamique est particulièrement visible aux Etats-Unis, où la croissance nominale dépasse 6% depuis deux trimestres. Elle s’est traduite par une volatilité contenue des marges de crédit, les entreprises publiant leurs chiffres d’affaires en termes nominaux, lesquels demeurent donc robustes.
A l’inverse, la volatilité des taux d’intérêt tend à être plus élevée dans un tel environnement. L’indice BofA U.S. Treasury, qui mesure la performance du marché des Bons du Trésor américain, a ainsi enregistré une volatilité moyenne de 5,6% entre 2020 et 2026, contre seulement 3,6% entre 2012 et 2019.
Des opportunités au-delà du segment investment-grade
Les rendements «all-in» restent élevés sur les marchés du crédit, y compris sur le segment investment-grade: ils s’établissent aujourd’hui autour de 5%, contre une moyenne d’environ 2,5% depuis la crise financière mondiale de 2008. Toutefois, une décomposition du rendement du marché investment-grade montre que l’essentiel du risque pris relève en réalité du risque souverain, avec une faible exposition additionnelle au risque de crédit des entreprises (corporate). Par conséquent, une allocation cœur devrait répartir plus équitablement le risque souverain et le risque corporate.
Le marché investment-grade présentant une sensibilité relativement élevée aux taux d’intérêt, davantage d’opportunités de valeur relative peuvent être identifiées ailleurs, notamment au travers d’une approche multisectorielle du crédit. Celle-ci consiste à investir de manière sélective, par exemple, dans les obligations à taux variable, les obligations notées BB, la dette subordonnée ou les CLO (Collateralised Loan Obligations; obligations adossées à des prêts). L’objectif est de générer un revenu de qualité grâce à des sources de rendement diversifiées, afin d’obtenir des performances résilientes tout au long du cycle.
Dans le contexte actuel d’incertitude géopolitique, la diversification des portefeuilles, tant sur le plan géographique que sectoriel, devient de plus en plus importante.
Sur le plan sectoriel, une opinion constructive à l’égard des valeurs technologiques semble pertinente. L’on observe toujours la domination de la «Tech Street» sur la «Main Street», en particulier aux Etats-Unis, où les investissements technologiques devraient continuer à progresser durablement en proportion du PIB.
L’univers mondial des obligations convertibles est particulièrement bien positionné pour tirer parti de cet environnement. Il offre des opportunités nombreuses et attractives sur plusieurs secteurs de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle: matériel informatique et semi-conducteurs, infrastructures et logiciels de cybersécurité, fournisseurs de services cloud de nouvelle génération, énergies du futur et matériaux critiques.
Dans un marché difficile comme celui de 2026, une approche multisectorielle du crédit a démontré toutes ses qualités.
Une recomposition des allocations en faveur des bilans les plus sains
A mesure que les risques souverains s’intensifient, les investisseurs devraient réorienter leurs portefeuilles défensifs vers des actifs de rendement diversifiés et de qualité, en privilégiant le crédit. Le niveau élevé des rendements, la solidité des fondamentaux des entreprises et une exposition sélective à la duration offrent un portage attractif et des avantages en termes de diversification, tout en maintenant une protection contre les chocs susceptibles d’affecter la croissance.