Gonet: l'actualité des marchés au 7 octobre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

5 minutes de lecture

Dow +0,49%, S&P 500 +0,58%, Nasdaq +0,45%, Russell -0,59%, SOX +0,34%, Eurostoxx +0,48%, SMI +0,62%.

 

Le marché des actions semble reparti pour nous faire une Pantani dans la montée vers Verbier, au mépris de pas mal de vents contraires. De là à affirmer qu’il a pris de l’EPO il y a un pas qui ne se franchit pas aussi aisément que cela.

Dans les faits, l’indice S&P500 (SPX) réalise hier sa quatrième séance consécutive de hausse. Le Nasdaq100 (NDX) fait mieux avec 6 à la suite. En Europe on n’est pas en reste, le Stoxx Europe 600 (SXXP) monte depuis trois jours. Et pourtant, face à la horde de joyeux taureaux se présente une armée particulièrement inquiétante, constituée de rendements obligataires élevés, d’un dollar fort, d’indicateurs internes de marchés de plus en plus médiocres, d’un baril de pétrole dont le prix refuse mordicus de reculer significativement et de l’approche des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, dont pas grand monde ne peut imaginer qu’elles apporteront de la clarté et de la sérénité Downtown Manhattan.

Alors qu’est-ce donc qui incite les intervenants à appuyer chaque jour un peu plus sur le bouton vert? Mais l’espoir pardi! L’espoir que l’intelligence artificielle nous emmène au nirvana boursier et surtout que les Cassandre de service, empêcheuses de monter en rond, aient tort en comparant le phénomène autour de l’IA à la spéculation massive autour de la construction de chemins de fer aux Etats-Unis, qui avait créé une bulle financière financée par la dette, son éclatement en 1873 avait provoqué une longue crise économique. En 2026 on préfère manifestement se dire que la croissance massive générée par les géants de la tech et leurs vassaux va se poursuivre. En l’état cela se défend, notamment lorsqu’on observe les récentes statistiques des exportations de semi-conducteurs de la Corée du Sud, ou encore les trimestriels de Foxconn annoncés hier, qui crèvent le plafond. En revanche, l’histoire boursière nous a appris qu’un marché qui se concentre sur quelques locomotives se retrouve inévitablement un jour au pied du mur. Or on sait que c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur (je sors…), or donc un des principaux points de vigilance actuellement est probablement la concentration croissante du marché. Nvidia, Apple et Microsoft représentent désormais plus de 21% de la capitalisation boursière du SPX à elles trois, un ange boursier passe… Record battu et de loin, dans les années 1980 IBM, AT&T et ExxonMobil pesaient 13,4% à leur sommet.

En une semaine Nvidia a progressé de 4,5% alors que depuis le 13 août Meta a gagné 24%. En parallèle la santé, les banques, la consommation de base et les petites capitalisations sont dans le dur. On observe en parallèle que moins de la moitié des membres du S&P500 évoluent au-dessus de leur moyenne mobile à 200 jours, cela signale une participation de plus en plus étroite dans la hausse. Il semble que les investisseurs misent sur la solidité financière et les perspectives de bénéfices des grandes entreprises de l’IA pour résister aux taux élevés, même si celles-ci s’endettent désormais massivement pour financer leurs investissements. La capitalisation cumulée des Sept Magnifiques atteint ainsi un record proche de 25’000 milliards de dollars. Cette concentration rend le marché vulnérable à une déception sur les dépenses, la génération de trésorerie ou la concurrence dans l’IA. Malgré ces risques, les investisseurs restent fidèles à la technologie. Petite comparaison qui ne vous servira à rien pour aborder le marché ce mercredi mais ô combien utile dans les diners: 25'000 milliards de dollars, cela correspond à plus du double des capitalisations boursières cumulées des bourses de Londres, Paris, Francfort, Madrid, Milan et Zurich (ce passage est à lire en écoutant «Un autre monde» de Téléphone).

Résumons: le monde boursier est de plus en plus dépendant de la tech et ses géants.

Le SPX établit un nouveau record à la cloche hier soir, il n’est même pas suracheté. Son podium du jour se compose des utilities, de la consommation discrétionnaire et de l’immobilier. Le breadth est positif sur le SPX et négatif sur le NDX, qui atteint lui aussi un niveau inexploré en clôture et s’apprête à entrer en territoire suracheté, pendant que la volatilité est littéralement envoyée aux oubliettes, le VIX perd encore 3% et clôture à 15, un niveau que Thérèse Securities qualifie de tout de même très calme. Le marché semble confiant à l’approche de la saison 3 des trimestriels, ce d’autant que SpaceX chercherait à lever 40 milliards de dettes pour s’offrir des puces Nvidia. Alors certes les esprits chagrins opposeront que toute cette dette privée cela commence à faire beaucoup, aussi parce que les rendements de ces émissions commencent à atteindre des niveaux que ne dédaignerait pas un investisseur purement actions, de 7% voire plus, une concurrence en vue pour le joyeux royaume des actions?

La partie courte de la courbe des taux US est stable ce matin, le rendement du 2 ans se maintient légèrement au-dessus de 4,80%, en revanche cela reste bien tendu sur le 10 ans (5,31%) et le 30 ans (5,69%). Une adjudication de 39 milliards de dollars d’obligations du Trésor américain à dix ans précèdera la publication des minutes de la Fed ce soir à 20h et testera la demande à ce niveau de rendement.

La France reste un point de fragilité. L’écart de rendement entre les obligations françaises OAT et allemandes Bund à dix ans se réduit d’un niveau supérieur à 150 points de base à 130 bps ce matin après les engagements budgétaires de Marine Le Pen. Toutefois, l’examen du budget en commission parlementaire commence aujourd’hui et le gouvernement se dit prêt à recourir aux dispositions constitutionnelles permettant une adoption sans vote du Parlement si les négociations s’enlisent.

Côté monnaies le dollar reste solide, la paire EUR/USD évolue à 1,1226, son principal support se situe à 1,1111, puis juste en-dessous se trouve la 200 jours (@1,1100). Le billet vert gagne plus de 6% depuis fin janvier et atteint son plus haut niveau depuis plus d’un an face aux principales devises, soutenu par les anticipations de hausses de taux de la Fed, la remontée des rendements américains et la faiblesse de l’euro. Cette vigueur peut refléter à la fois la confiance dans l’économie américaine et une recherche de refuge face aux tensions obligataires mondiales: les difficultés budgétaires des autres grandes économies limitent l’attrait des alternatives au dollar, malgré l’endettement élevé des Etats-Unis. Les entrées de capitaux étrangers dans les actions américaines renforcent également ce soutien. Un dollar fort risque toutefois de peser sur les bénéfices du S&P 500, dont environ un tiers provient de l’étranger: une appréciation de 10% pourrait réduire les bénéfices de 2 à 4%, en diminuant la valeur des revenus étrangers convertis en dollars. Les craintes de dépréciation du billet vert et le mouvement de défiance envers les actifs américains se sont donc atténués, mais les déficits et la dette restent des risques susceptibles de revenir au premier plan.

Le Brent progresse à 101,52 dollars le baril, les investisseurs mettant en balance l’augmentation du trafic dans le détroit d’Ormuz et la multiplication des attaques iraniennes contre les navires.

Pour sa part l’or semble perdu dans la traduction, le métal jaune s’est stabilisé autour de 4130 dollars l’once, il ne s’en éloigne plus depuis le 28 septembre.

On fait un point banques centrales: les responsables de la Fed affichent des positions contrastées sur la poursuite des hausses de taux. Mary Daly avertit hier que le choc économique lié à la forte demande en intelligence artificielle pourrait être plus large et plus durable que prévu par les marchés, accentuant les risques inflationnistes. Philip Jefferson et John Williams estiment au contraire que la Fed dispose de temps pour évaluer l’économie avant de décider de nouvelles hausses, après les faibles créations d’emplois de septembre. Lorie Logan plaide pour au moins cinquante points de base de relèvement supplémentaire afin de concilier les objectifs de stabilité des prix et de plein emploi.

L’envolée des exportations sud coréennes de semi-conducteurs, en hausse de plus de 260% sur un an en septembre, confirme que les investissements dans l’intelligence artificielle restent soutenus, ce qui favorise les valeurs technologiques mondiales à l’approche des résultats du troisième trimestre. À court terme, les marchés asiatiques sont néanmoins sous pression, pénalisés par un pétrole cher, un dollar plus ferme et la hausse des rendements obligataires, tandis que les fabricants de mémoires restent en retrait. Les investisseurs surveilleront tout signe de réduction des dépenses des grands groupes américains du cloud, d’autant que l’élargissement des écarts de crédit révèle quelques tensions financières. La demande de matériel d’IA demeure toutefois solide: un éventuel ralentissement apparaîtrait probablement dans les exportations coréennes et taïwanaises avant d’être confirmé par les entreprises. Pour l’heure, ces données indiquent que le boom reste intact.

Au menu macro-économique de ce mercredi, aux États Unis, le taux hypothécaire moyen à trente ans de la MBA est publié à 13h00, suivi des stocks de pétrole brut et d’essence de l’EIA à 16h30, puis du compte rendu de la réunion du FOMC à 20h00.

Shell évacue une partie de ses salariés des plateformes du golfe du Mexique menacées par une tempête, tandis que HSBC envisagerait d’importantes suppressions de postes dans la gestion de fortune britannique liées à sa transition vers l’IA. Un essai clinique avancé sur le VIH mené par ViiV Healthcare, soutenu par GSK, atteint son objectif principal. Paramount Skydance finalise le rachat de Warner Bros. Discovery pour 110 milliards de dollars. SpaceX chercherait à lever 40 milliards de dollars pour acheter des puces Nvidia, tandis qu’Apple préparerait des appareils domestiques connectés en partenariat avec LG Electronics. Chevron prévoit de céder des actifs intermédiaires dans le cadre de la restructuration du Bakken, avec des pertes estimées entre 3 et 4 milliards de dollars, et Uber rachète ezCater pour 2,3 milliards afin de développer la livraison de repas aux entreprises. Enfin, le bénéfice trimestriel de Samsung devrait être multiplié par neuf, avec des marges stables dans les puces, et Costco figure parmi les entreprises publiant leurs résultats du jour.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Tokyo rend 0,92% à la cloche, Hong Kong perd 0,58%, Shanghai est toujours fermée, Séoul abandonne 1,98% et le Nifty50 égare 0,46%. Les futures SPX et NDX évoluent autour de l’équilibre, l’Europe recule de 0,8% dans les premiers échanges.

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